Foteuti Voufo Pierre à Sinotables.com: « Chacun saura combien on a mis dans le compte et qu’est-ce qu’on a fait de cet argent. »

Foteuti Voufo Pierre est le président du comité technique d’organisation du festival culturel du peuple Foto, dans le département de la Menoua. Ce festival qui se tiendra du 25 au 30 mars est baptisé Ndwet Nto’oh.  Il s’est confié à Sinotables.com.

Sinotables.com : Dites-nous, Monsieur le président, où en êtes-vous avec les préparatifs du festival Ndwet Nto’oh ?

Foteuti Voufo Pierre : On est entrain de sortir de la phase d’information. Nous pensons que toutes les populations sont déjà informées de ce que nous allons faire au festival. Actuellement chaque commission, y compris la commission danse  traditionnelle qui est chargée de sélectionner les groupes qui presteront au festival, fait son travail. Mais le plus dur reste les collectes de fonds. Les taux sont déjà fixés, aussi bien pour les individus que pour les différents villages.

Dites-nous, comment est-ce que vous vous organisez pour cette collecte de fonds ?

J’ai fait un courrier pour relater, pour présenter l’historique du festival depuis 1960. Tous les 2 janvier on célébrait ce que l’on appelait la “Fête du Chef Foto”. C’était un festival. Il était annuel. Et entre temps il y a eu essoufflement. Le nouveau chef, Sa Majesté Momo Soffack 1er a décidé de réveiller la fête. On a tout mis en place. On a informé toute la communauté Foto de l’intérieur comme de l’extérieur. D’ailleurs, Sa Majesté était récemment en Europe pour informer la diaspora. Il a parcouru plusieurs pays.

Nous, à notre tour, avons suffisamment informé les Foto du Cameroun. J’étais à Yaoundé. J’étais à Banyo. J’ai réuni les gens à Douala pour leur parler du festival. Je suis allé dans quelques réunions ici à Dschang : la réunion des chefs et  trois réunions des élites. Et dans les différentes funérailles où je suis présent, je communique. On me laisse un temps pour communiquer.  Je pense, tout le monde est au courant de ce que nous sommes entrain de faire.

J’ai entendu parler d’un pagne pour le festival.

Le pagne du festival est déjà disponible. Nous avons déposé plus de 2000 pagnes à Dschang. Le pagne coûte 7800 francs CFA en détail, et 7600 francs CFA pour ceux qui prennent en gros, c’est-à-dire à partir de 100 pagnes pour aller revendre. Vous trouvez le pagne à MC² Foto et à la Chefferie. Donc, les revendeurs peuvent passer là-bas pour prendre les pagnes contre les espèces.

Nous avons 2000 pagnes à Douala et 1000 pagnes à Yaoundé. Ce qui fait en tout 5000 pagnes. Les villes comme Bafoussam, Bamenda, Banyo, Nkongsamba, Garoua, entre autres peuvent envoyer leurs commandes. Le Gabon a déjà envoyé sa commande. Ils veulent 100 pagnes. Le temps est court.

Quelle est la date exacte du festival ?

La date c’est du 25 au 31 mars 2018. Plusieurs activités sont prévues : la foire exposition, les consultations médicales, les mariages collectifs, les conférences-débats, l’organisation d’une soirée pour primer l’excellence scolaire (les mentions Bien au BEPC, Probatoire, BAC, et quelques doctorants qui se sont distingués. Nous n’avons pas la capacité de primer tout le monde. On s’arrête à ce niveau pour encourager l’excellence scolaire), la danse. Et nous pensons organiser le dernier jour, de 22heures à l’aube, une soirée de gala. Cette soirée de gala sera payante : 25000 francs CFA pour les personnes seules et 40 000 francs CFA pour les couples. C’est une soirée qui sera bien organisée. On y aura des  humoristes.

Il s’agit d’une soirée réservée aux élites, président ! Où est-ce que le paysan de… de Leffé, par exemple, ira trouver 25000 francs CFA pour payer son ticket d’accès ?

Les paysans vont participer à la foire en journée. Après la foire ils seront reçus. Ils vont manger et boire. La soirée va accueillir 500 personnes. On ne peut pas dire que les 73000 Foto viendront à la soirée de Gala.

Je parle du coût d’accès. Il n’est pas à la portée de tous les Foto et c’est cela qui m’intéresse de comprendre pourquoi.

Toute personne qui donne ses 25000 francs CFA sera admise à la soirée. Nous ne pouvons pas dire qu’on va faire une soirée gratuite. Il y aura quelques billets gratuits pour sa majesté et quelques-uns de ses invités. quelques personnes qui se sont fait distinguer. Le PCO ne va pas payer. C’est ce qu’on a dit et c’est tout.

Revenons sur le nom de baptême du festival. Vous avez dit qu’avant c’était la « Fête du Chef Foto ». Pour quoi aujourd’hui « Ndwet Nto’oh » ?

Avant on appelait cela la « Fête du Chef Foto ». Aujourd’hui nous avons réveillé la fête, et il fallait lui donner un nom. Voilà pourquoi il s’appelle « Ndwet Nto’oh ». Pourquoi « Ndwet Nto’oh » ? Parce que le ndwet est une plante utilisée par les initiés pour soigner certaines maladies mystiques. Les gens qui souffrent d’une maladie qu’on ne peut pas soigner facilement à l’hôpital. Le ndwet les purifie et ensuite ils vont se soigner à l’hôpital. Une femme qui a des difficultés pour accoucher, on utilise le ndwet pour la purifier. Un enfant qui est toujours malade et dont on ne voit pas la maladie, on utilise le ndwet pour le purifier.

Purification. Le groupement Foto souffre-t-il d’un problème qui nécessite la purification ?

Hein ? Le groupement Foto n’a pas un problème de purification. Le groupement Foto avait un problème quand notre chef Nelo, au moment il devait être tué par les Allemands, a demandé qu’aucun fils Foto ne doit jamais faire chemin  ou sympathiser avec le Blanc.  Cela a affecté les Foto pendant des années. Les initiés ont utilisé le ndwet pour laver la malédiction. Aujourd’hui tout le monde voit le changement. On retrouve les fils Foto dans tous les postes, à tous les niveaux. Le ndwet a fait son travail. Je disais tantôt que le ndwet sert à purifier. Il y a des enfants qui portent une malédiction. Ils ne réussissent pas à l’école et on ne comprend pas pourquoi.  Des filles qui n’arrivent pas à trouver de mari. On utilise le ndwet pour les purifier. Le ndwet n’a pas une formule totalement scientifique, mais une formule traditionnelle. Et je ne peux pas vous en dire plus.

Vous avez fait allusion à la pendaison du roi Nelo par les Allemands. Et le « Ndwet Nto’oh » intervient au moment où “Dschang Fête Ses 100 Ans”. Où est-ce que vous inscrivez  votre festival dans les manifestations du centenaire ? Y a-t-il une collaboration ?

C’est une coïncidence. Nous avons fixé la date du festival sans tenir compte du centenaire.  Et ça coïncidé que le centenaire aura lieu en novembre 2018. Et le ndwet  aura lieu en mars.

Je vous rappelle que le centenaire s’étale sur toute l’année, de février à décembre 2018.

Mais le clou du centenaire c’est en novembre. Justement, nous avons pris contact avec les responsables du centenaire. Ils nous ont promis de nous assister. Actuellement ils sont entrain de négocier à Londres pour faire venir des médecins et des médicaments pour les journées de consultations médicales.  Ça, et d’autres avantages qu’ils vont apporter, c’est ce que nous profitons du centenaire de Dschang. Ils vont aussi, pendant que nous célébrons nos festivités, sélectionner certaines danses Foto qui participeront au festival du centenaire. J’ai demandé aux groupes de danse de bien se préparer, parce que parmi eux on va sélectionner. Et s’ils ne font pas une bonne préparation ils ne feront pas partie. Parce que ce n’est pas seulement les groupes de danse Foto qui seront au centenaire. On va sélectionner dans tous les villages. C’est ce que nous profitons du centenaire de Dschang qui est en préparation.

Quel est le poids de la diaspora dans la célébration du festival Ndwet Nto’oh?

Sa majesté le roi Momo Soffack vient de faire une tournée de deux semaines à la diaspora. Il était à Paris. Il était à Bruxelles. Il était en Italie. Il était en Suisse. Il était en Allemagne. La diaspora a promis qu’elle sera présente. Elle aura une délégation au festival. Et je crois que nos fils et frères de la diaspora ont même déjà cotisé une bonne partie de leur contribution que le chef a ramenée et qui va nous permettre de continuer le travail sur le musée. Parce qu’on ne peut pas organiser une telle cérémonie quand le musée n’est pas achevé.

Justement j’allais vous demander quelle est la principale retombée de ce festival, ce sera quoi ? Le musée ?

Il y aura l’ouverture du musée. Et l’autre, c’est qu’Il y a des fils Foto, dans les différentes villes du Cameroun, qui ne reviennent pas au village, c’est-à-dire qui n’ont pas cette chaleur du village. Ils vont profiter de cette semaine pour revenir au bercail, pour voir leur village, s’intéresser et nous apporter leur savoir-faire après. Voilà les retombées du festival. Je disais tantôt que le problème c’est la collecte des fonds.

Vous avez déjà collecté beaucoup d’argent ?

Il y a des villes comme Bamenda qui ont déjà cotisé. A Yaoundé ils sont entrain de se préparer. A Douala les gens commencent déjà à cotiser. A Dschang, je demande à nos frères et sœurs, les chefs de villages et les présidents de comités de développement de se mettre au travail. Parce que ce n’est pas le PCO qui va venir collecter l’argent. Je peux venir, avec mon équipe, pour sensibiliser s’ils me demandent de le faire. Mais en attendant qu’ils collectent l’argent. Ils se sont mis d’accord avec sa majesté le roi que chaque village va cotiser 400 mille. Nous attendons qu’ils cotisent ces 400 mille. Mais moi je ne veux que le reçu de versement. J’ai dit qu’on ne donne l’argent à personne. J’ai ouvert un compte à MC² Foto. Vous cotisez l’argent, vous partez le verser dans le compte logé à MC² Foto et vous m’envoyez le reçu pour que je puisse récapituler. Parce qu’à la fin je vais présenter un rapport de tout le festival. Les élites ne sont pas comprises dans les 400 mille que les villages vont cotiser. Chaque élite va cotiser entre 150 mille en montant, suivant son poids. Chacun donne selon ses moyens. On a besoin que tout le monde bouge. On a besoin que tout le monde bouge. Le nerf de la guerre reste l’argent. Le gros de l’argent que nous allons recevoir servira pour terminer le musée. Il y a certaines langues qui sont entrain de dire qu’on cotise l’argent pour manger. Pour quoi cotiser autant d’argent pour manger ? L’argent ce n’est pas pour manger. Il y a des activités à mener. Et si jamais il y a un surplus d’argent, nous allons regarder dans certains villages : ce qui leur manque le plus on va les aider à l’avoir ou à l’obtenir. Quand je demande qu’on mette l’argent directement dans le compte, c’est pour une gestion transparente.

Nous voudrions avoir une idée du thème du festival.

Nous savons que Sa Majesté le roi a sept ans de règne. Il a pris le trône en 2010. Il a reconstruit le palais royal. C’est vrai, nous l’avons aidé. Tout le monde voit les efforts qu’il est entrain de faire. Il est entrain de construire le musée. Nous devons le suivre. C’est le développement, le renouveau du village Foto. C’est la prise de conscience des Foto, du village et de la diaspora. Je disais que nous ne devons pas dépendre de l’aide. Quand on veut organiser un événement tout le monde veut l’aide. Qu’est-ce que nous avons d’abord mis sur la table avant de demander de l’aide ? Comment pouvons-nous grandir, comment pouvons-nous imposer en ne comptant que sur l’aide pour tout faire ? Notre part doit d’abord être sur la table. Je ne dis pas qu’on doit cracher sur l’aide. Mais l’aide doit venir en second lieu. Chacun doit mettre la main dans la poche. L’autre jour nous sommes allés à Yaoundé pour une levée de fonds pour le foyer des Foto de Yaoundé. J’ai intervenu et j’ai lancé le coup d’envoi. J’ai donné 500 mille.  La cotisation, séance tenante, a donné 15 millions. Nos frères et sœurs commencent à comprendre. Continuons sur la même lancée. Et que personne ne dise pas que l’autre va donner. Commençons à donner nous-même, et nous allons atteindre nos objectifs.  Nous avons besoin de 200 millions francs CFA pour terminer le musée et organiser un festival digne de ce nom.

Je demande au président de nous dire qui il est.

Je m’appelle Voufo Pierre. Sa Majesté le roi Momo Jean Claude, paix à son âme, m’a ennobli en me donnant le titre de Foteuti. Je suis un opérateur économique à Douala. Je suis propriétaire de l’entreprise Semem Distributors SATM. Nous faisons dans la quincaillerie industrielle, les OPI et nous avons une usine où nous produisons les tôles, les pointes, le fer à béton. Ça c’est l’activité que je mène au quotidien.

Votre mot de fin !

On m’a imposé de prendre la direction du festival. Et c’est sa majesté, les notables et les sous-chefs. C’est donc le village. Ils se sont réunis et m’ont dit que c’est moi qui vais être le président du comité d’organisation. J’ai accepté. Et je leur rassure qu’ils ont quelqu’un de loyal. Si j’ai demandé qu’on mette l’argent dans le compte, c’est pour la transparence. Chacun saura combien on a mis dans le compte et qu’est-ce qu’on a fait de cet argent. Qu’est-ce qui est resté après le festival, qu’est-ce qu’on va faire avec.

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA

Foteuti Voufo Pierre à Sinotables.com: « Chacun saura combien on a mis dans le compte et qu’est-ce qu’on a fait de cet argent. » – Sinotables