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Lettre ouverte à Son Excellence Monsieur Paul Biya, Président de la République du Cameroun. Par Antoine Takafo

 

« Il y a péril en la demeure ». Des sujets qui fâchent. Antoine Takafo, libretiste comme il se définit, écrit au président de la République. Justement pour dénoncer l’absence de considération totale dont sont l’objet d'anciens athlètes et les artistes camerounais.

 

Appel à débarrasser le  Cameroun de l’image de ce pays qui immole ses héros.

 

Excellence Monsieur le Président de la République,

Permettez que d’entrée de  jeu, nous expliquions pourquoi en lieu et place d’un courrier sous plis fermé nous avons opté pour une lettre ouverte. Notre démarche s’explique par le fait que, dans l’environnement actuel marqué par la bataille sans merci pour la succession à laquelle se livrent les membres de la classe dirigeante,  nous n’avons pas la conviction que cette correspondance vous serait parvenue.

Excellence Monsieur le Président de la République,

En Juin 2014, les lions indomptables avaient pris part à la coupe du monde au Brésil. Quelques mois avant cette compétition vous les galvanisiez en ces termes : « … Chers lions indomptables, vous vous êtes qualifiés pour la phase finale de la coupe du monde de football 2014 au Brésil. Nous vous souhaitons de suivre les pas de vos illustres devanciers des campagnes glorieuses d’Espagne en 1982 et d’Italie en 1990. Faites nous vibrer encore. Le peuple est avec vous … » .

Pour ce qui est de la coupe du monde 1990, cette équipe avait atteint les quarts de finale, une grande première pour une équipe africaine. Cette participation fût si honorable qu’elle rapporta deux places supplémentaires à l’Afrique. Cette prestation historique faisait de facto des joueurs qui étaient de cette expédition des héros pour notre pays. La république a-t-elle été reconnaissante à leur endroit ? C’est avec une émotion négativement vive que nous répondons : non.

La plupart des joueurs qui nous ont fait vibrer lors de ce mondial vivent aujourd’hui dans la précarité. Les cas les plus illustratifs étaient ceux de Louis Paul MFEDE et de Benjamin MASSING, tous de regretté mémoire. Personne n’ignore le rôle que ces derniers avaient joué lors du premier match contre l’Argentine de MARADONA, équipe championne du mondial précédent.  Les dribles déroutant de MFEDE, et l’engagement physique de MASSING resteront à jamais gravés dans nos mémoires. Ils méritaient une reconnaissance particulière du Cameroun. Ce qui n’a pas été le cas. MFEDE est revenu au Cameroun quelques années plus tard dans un état qui suscitait de la pitié. Il nous avait été rapporté qu’il sortait de prison.  Il est décédé quelques temps après dans la misère. MASSING Benjamin, lui aussi est retourné au Cameroun alors qu’il n’arrivait même plus à payer son loyer. Il avait d’ailleurs eu le courage de le dire lors d’une interview à Canal 2 International. Il vient lui aussi de passer l’arme à gauche dans les mêmes conditions que MFEDE.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Cette lettre ouverte n’est plus ni moins qu’un cri d’alarme. Ils ont choisi de jouer au football pour gagner leurs vies, certes. Mais ne perdons pas de vue qu’en pratiquant le sport pour gagner leur vie ils défendent par la même occasion l’image du Cameroun à l’international. Du coup, ils méritaient un traitement particulier. Déjà, leurs primes sont difficilement payées. Mais en fin de carrière, ils sont laissés à leur propre sort. Vous convenez avec nous que la diplomatie du sport réussie aujourd’hui là où la diplomatie classique n’avait aucune chance de prospérer. La médiation menée avec succès par Samuel ETO’O  entre le Cameroun et la CAF, dans le cadre du différend qui les opposait relativement à la CAN 2019, est là pour le démontrer.

Excellence Monsieur le Président de la République,

C’est le lieu de nous autoriser une digression pour vous tenir informer que les filles qui ont pris part à l’Afro basket à Yaoundé et qui ont porté la parole de leur coéquipières pour revendiquer leurs primes ont été victimes des affectations disciplinaires. Est-ce que c’est cela qu’elles méritent après avoir apporté des victoires au Cameroun? Réclamer son salaire est-il une faute ?

Fort de ce qui précède, nous vous suggérons, Excellence,  d’instruire  vos collaborateurs de mener de toute urgence une réflexion sur le traitement que le Cameroun devra désormais réserver à tous les sportifs  camerounais qui nous ont défendu valablement les couleurs de la République une fois que ces derniers seront en fin de carrière. Comment des personnes que nous considérons à raison comme des héros peuvent-elles mourir dans la pauvreté et la misère sous le regard indifférent de leur pays à qui ils ont rapporté des lauriers ? Il s’agit de l’ingratitude qui n’est pas de nature à encourager les autres. Marc Vivien FOE n’était pas de l’expédition de 1990. Il n’est pas mort dans la misère. Mais il est mort en mondovision lors de la coupe de confédération en France alors qu’il défendait les couleurs de son pays. Qu’a fait notre pays pour sa progéniture  et son épouse ? La reconnaissance du Cameroun, au-delà des obsèques grandioses devait être substantielle et connue de ses concitoyens car il était doté d’un esprit patriotique qui fait tant défaut aux Camerounais en général et à bon nombre de ceux qui nous gouvernent. Il faut rappeler qu’avant et pendant la mi-temps du match où il trépassa, il avait dit ceci à ses coéquipiers : « Nous devons gagner ce match, même s’il faut que quelqu’un meurt ». Il est finalement mort pour la patrie. Son pays l’a oublié et la reconnaissance ne vient que de l’étranger. En France par exemple, le meilleur joueur africain de League 1 reçoit chaque année le prix Marc Vivien FOE. Combien de Camerounais se souviennent des circonstances et du jour de son décès ? Quel dommage ! Quelle image !

Excellence Monsieur le Président de la République,

Vos collaborateurs donnent toujours l’impression que c’est vous qui décidez de tout et que par conséquent si vous ne dites rien ils ne font rien. Vous pourriez donc leur demander de se pencher sur ce dossier. Il y a péril en la demeure. Le drapeau du Cameroun sur le cercueil de ces héros et la présence de vos représentants personnels lors de leurs obsèques ne suffisent pas. Une fois à la retraite, ils devaient véritablement tirer profit des loyaux services rendus à la nation. Il est inadmissible que pendant que les dirigeants de la FECAFOOT et les Ministres qui parfois distrait sans vergogne les primes des joueurs  sans vergogne les primes des joueur et à l’actif de qui on ne peut mettre un seul acte patriotique roulent carrosse, que ces guerriers tirent le diable par la queue jusqu’à la mort. On pourrait enrichir la lettre en rappelant que les héros d’une société, tous les domaines confondus, sont ceux qui impulsent généralement le progrès en ce sens qu’ils inspirent la postérité. Vu ainsi, il n’est pas à exclure que le retard du Cameroun soit en bonne partie inhérent au fait que ce pays ne valorise guère ses modèles (héros).

Certains nous traiteront probablement de fou après avoir lu cette lettre. Ce serait sans compter avec cette pensée d’HELEN Rowland qui écrivait : « Les folies que l’on regrette sont celles que l’on n’a pas commises quand on en avait l’occasion ».

Excellence Monsieur le Président de la République,

Vivement que la préoccupation que nous avons exprimée dans cette lettre trouve auprès de vous un écho favorable.

Recevez mon salut militant et fraternel.

Antoine TAKAFO

Yaoundé, 30 Janvier 2018

Librettiste

Tel : 699 29 18 35/ 672 71 65 35

Lettre ouverte à Son Excellence Monsieur Paul Biya, Président de la République du Cameroun. Par Antoine Takafo – Sinotables