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Joel Moumbe Sagne à Sinotables.com : « Nous voulons mettre en place une synergie avec les acteurs identifiés qui travaillent sur le développement de l’agriculture biologique »

 

Profession: Maître composteur. Joël Moumbe  Sagne est un expert dans la valorisation des déchets non solides ou encore biodégradables.  Il s'occupe du pôle de valorisation et de la commercialisation des déchets de Dschang. Notre journal l’a rencontré en prélude au séminaire international sur le compostage que la ville de Dschang abrite du 29 au 31 mars prochain.

Pour quoi un séminaire international sur le compostage, on se serait attendu à avoir un atelier avec les autres communes du Cameroun ?

Il est sans doute important de préciser qu’il s’agit du deuxième séminaire international sur le compostage, le premier s’étant tenu à Dalaba en Guinée Conakry en Mars 2014.  Initiative de l’association Compostri qui accompagne les projets de compostage sur le territoire nantais et ailleurs, les rencontres internationales sur le compostage comme celle qui se tiendra à Dschang du 29 au 31 mars 2018 se tiennent sur un territoire où l’on développe un projet de compostage et constituent une opportunité d'engager une démarche de développement local de l'agroécologie. Ce Séminaire co-organisé cette fois avec l’Agence Municipale de Gestion des Déchets de Dschang (AMGED) s’inscrit alors à la suite des ateliers de formation et de partage d’expérience organisés par la Commune de Dschang au profit des autres communes du Cameroun comme cela était le cas en Janvier 2017 lors de l’atelier de formation des agents des communes moyennes du Cameroun à la gestion et valorisation par compostage des déchets ménagers tenu à Dschang.

Comment justifiez-vous le thème de ce séminaire ?

Le thème de ce séminaire « compostage des bios déchets pour redonner vie à nos sols » se justifie simplement par le fait que nous voulons raviver dans les mémoires que le sol, socle de notre agriculture a une vie qui très souvent au regard des pratiques agricoles (utilisation des pesticides, insecticides et autres produits chimiques) est ignorée. Le bio-déchet, comme son nom l’indique, c’est un déchet en vie, plein de vie, bio quoi !!!! Changer le nom ! Du Déchet devenir Résidu. Du Résidu devenir Matière. De Matière être Organique. Les deux jumelés ; ça donne Matière Organique, c’est tout de même mieux que Ordures Ménagères puisque c’est de cela qu’il s’agit.

Qui sont les participants ? Et les bénéficiaires ?

Les porteurs de projets de compostage en Afrique, en Europe, les universitaires, les services sectoriels et programmes de l’Etat, les Collectivités territoriales décentralisées de la France et du Cameroun, les partenaires au développement, les organisations de la société civile et les ONG nationales et internationales et j’en oublie…

Quel impact ce séminaire pourrait-il avoir sur votre activité et sur la valorisation des déchets au Cameroun ?

Le premier impact sur notre activité est la grande visibilité. Pour la valorisation des déchets au Cameroun, ce séminaire pourrait non seulement susciter d’autres communes mais aussi influencer les politiques publiques nationales en permettant pourquoi pas à l’Etat de mettre en place un dispositif pour appuyer les municipalités qui mettent en place cette initiative qui permet aux villes moyennes de résoudre la question de salubrité urbaine et de contribuer à la lutte contre les changements climatiques.

On parle de plus en plus du compost comme condition pour une véritable agriculture biologique. Est-ce à dire que dès qu'une culture a été pratiquée avec du compost le produit est d'emblée biologique ?

Je voudrais d’entrée dire qu’un produit issu de l'agriculture biologique est soit un produit agricole, soit une denrée alimentaire. Le mode de production exclut l'usage des produits chimiques de synthèse, des OGM et limite l'emploi d'intrants (produits apportés aux terres et aux cultures comme les engrais, les insecticides, etc...) L’agriculture biologique au sens stricte n’est pas universelle et fait référence à une démarche, à une norme, à une certification. Toutefois un marché de produits biologiques peut se constituer autour des producteurs utilisant comme intrant le compost dont les normes de production sont arrêtées et ce compost fait l’objet d’analyses au laboratoire comme c’est le cas avec le compost de Dschang.

De 2007 à ce jour, on peut dire que la gestion des déchets par la commune de Dschang a pris du galon, mais l’on se demande bien qui sont-ils ces gens qui travaillent au quotidien pour transformer les déchets ?

Vous l’avez si bien dit depuis 2007, les exécutifs municipaux de la ville ont pris la gestion des déchets au sérieux. Des partenaires ont accompagné leurs actions et on a ainsi eu  la construction d’une décharge municipale en 2008, fruit du partenariat avec Nantes Métropole,  l’amélioration du traitement des déchets grâce à un partenariat entre ERA – Cameroun, GEVALOR et le CEFREPADE en 2010 ayant abouti à la mise en place d’une unité pilote de compostage au quartier Ngui, un partenariat avec l’association TOCKEM en 2011 pour l’amélioration du service de collecte et de pré-collecte des déchets dans la ville et depuis 2014 en partenariat avec l’Union Européenne, le projet de Maîtrise de la gestion, du traitement et de la valorisation des déchets solides municipaux dans la Commune de Dschang (MaGeTV)centré sur le traitement et la valorisation des déchets collectés par la Commune, mais aussi le traitement individuel à l’échelle des communautés se trouvant dans les zones rurales et en périphérie de la ville. Et comme vous avez parlé de ces gens qui travaillent au quotidien pour transformer les déchets, c’est l’occasion pour moi de féliciter ces précollecteurs qui travaillent avec les tricycles et ces collecteurs qui sont derrière les camions acheminent au quotidien les déchets sur les plateformes de compostage ; ces composteurs présents sur les plateformes qui trient, forment des tas, retournent et criblent pour permettre d’avoir le produit fini le compost. Toute cette chaine permet de rentre effectif cette acception anglo saxon « from waste to wealth »

Quel sont les perspectives de la valorisation des déchets dans la commune de Dschang, vous entrevoyez quelque chose de plus grand et diversifié, est-ce que par exemple vous vous lancerez un jour à la production du bio dans le souci de montrer la voie et l'impact du compost?

Comme perspectives de la valorisation des déchets dans la commune de Dschang, la première c’est véritablement le passage à échelle pour traiter environ 5000 tonnes de déchets par an, le second c’est mettre en place une synergie avec les acteurs déjà identifiés sur le territoire qui travaillent sur le développement de l’agriculture biologique afin que le compost produit trouve destination. La dernière perspective toujours en lien avec la valorisation c’est de mettre en place d’autres filières de valorisation pour les autres composantes des déchets de la ville puisque jusqu’ici, seule la matière fermentescible qui constitue près de 75% des déchets de la ville est valorisée ; ceci permettra ainsi d’envisager à long terme un « zéro déchet » à Dschang.

Ressortons par les statistiques du projet de Maitrise de la Gestion, du Traitement et de la Valorisation des déchets solides municipaux de Dschang (MaGeTV)  au cours de l'année qui vient de s'achever et les prévisions. Parlez-nous également de la demande en compost et comment se distribue-t-il?

Dans l’année 2017, en termes de chiffre sans être exhaustif, le projet MaGeTV c’est : 3487,57 tonnes de déchets traités sur les plateformes de Ngui et Siteu, 164,77 tonnes de compost produit, près de 4.500 00 FCFA de recettes de vente de compost, 1256 abonnés au service de précollecte payante. La demande de compost se fait croissante et la production aussi donc les commandes des agriculteurs de la Menoua sont attendues puisqu’il le dire ici, la grande quantité de compost jusqu’ici vendue était faite aux agriculteurs venant au-delà du département de la Menoua et même de la région de l’Ouest. Le compost est disponible pour la grande campagne agricole en préparation et pour les autres campagnes et coûte 2000 FCFA le sac de 50 kgs, avec la possibilité d’être livré par le véhicule du projet. L’adoption du compost par les populations de la Menoua participera à ce vœu de développer localement une économie verte.

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA