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Barthélemy Ndongson à Sinotables.com : « Dans de nombreuses villes africaines, la filière de boues de vidange est le parent pauvre de l’assainissement»

 

M. Barthélémy Ndongson est le directeur de l’AMGED (Agence municipale de gestion des déchets) de la ville de Dschang). Il a récemment séjourné à Dakar, dans le cadre d’un voyage d’étude qui lui a permis d’apprendre de l’expérience du Sénégal en matière de gestion des boues de vidange.

Vous revenez de Dakar, au Sénégal, où vous avez effectué un voyage d’étude sur la  gestion « des boues de vidange ». Qu’est-ce-que les « boues de vidange » ?

Les boues de vidange sont un mélange d’excrétas et d’urines stocké dans des ouvrages d’aisance (fosses septiques et latrines). Dans de nombreuses villes africaines, la filière de boues de vidange est le parent pauvre de l’assainissement.  En effet les efforts consentis par les Etats dans la filière sont le plus souvent concentrés à la promotion des toilettes améliorées, oubliant, de ce fait, les parties avales de la filière qui sont le transport et le traitement des produits avant rejets dans la nature.

Qu’avez-vous appris, de concret, de ce voyage ?

Le voyage d’étude a été l’occasion pour nous de nous imprégner de l’avancement du Sénégal dans la filière, et nous nous sommes rendu compte qu’il s’agit d’un secteur à prendre désormais en compte dans la vision future de notre municipalité.

Existe-t-il un problème « boues de vidange » dans la commune de Dschang ?

Le problème de gestion de boues de vidange est réel dans la Commune de Dschang, car nous n’avons ni de structure vidangeur ni de centre de traitement de ces boues une fois extrait des fosses septiques. Ceci malgré le fait que dans la ville de Dschang, nous comptons une vingtaine de structures hôtelières et plusieurs mini-cités.  En plus nous avons constaté que  les vidangeurs qui viennent de Douala ou de Bafoussam par moment pratiquent des prix au-dessus de la capacité à payer des ménages pauvres (plus de 180.000 FCFA/vidange), et les produits vidangés sont versés en plein air et parfois dans les rivières ; ce qui est un danger pour les populations.

Comment Dschang compte-t-il mettre à profit ce voyage?

Il est important de noter ici que Dschang a été sélectionné après la consultation restreinte par l’AIMF (Association internationale des maires francophones) en janvier 2018 auprès des villes membres pour être appuyé dans sa volonté de répondre aux problèmes d’assainissement dans son territoire en mettant en place une filière de Gestion des boues de vidange (GBV). Ceci étant, le Maire de Dschang vient de prendre un arrêté municipal pour mettre en place une commission interne qui devra se pencher sur ce sujet et nous comptons d’ici 2020 élaborer un document stratégique qui nous permette d’aller vers les bailleurs de fonds. Le voyage du Sénégal nous a ainsi permis de voir concrètement sous quel angle nous allons orienter notre vision dans ce domaine (mode de gestion et type d’ouvrage).

Dans un document clé de Dakar, l’organisateur parle d’adapter l’expérience sénégalaise aux réalités de Dschang. Comment cela est-il faisable ?

Il faut noter qu’à nos jours Dschang a une forte expérience en gestion des déchets solides municipaux et produit du Compost à base de ces ordures ménagères. Nous pensons que les boues de vidange peuvent fournir du compost plus riche en azote et phosphore que celui des ménages. Pour cela nous pensons associer les deux produits (compost et boues de vidange) avant de le mettre à la disposition des agriculteurs. Par ailleurs, nous avons apprécié le mode de gestion sénégalaise ainsi que son organisation.

Plus près de nous, à Bangangté, la mairie exploite déjà les « boues de vidange » dans la cadre des toilettes écologiques. Quelle différence y a-t-il entre l’expérience Dakaroise et l’expérience Bangangté ?

 Effectivement Bangangté a bénéficié d’un projet sur la mise en place des toilettes écologiques pour produire du compost comme Dschang, dans un  projet dont l’AIMF était partenaire technique et financier. Je crois que Bangangté est encore dans la phase projet, sinon il s’agit ici de deux modes de traitement différents et sur deux types de structures également différentes, l’un sur les latrines à fosse sèche et l’autre sur les produis des fosses septiques.

L’expérience Dakaroise porte sur la gestion des produits des fosses septiques.

Une certaine information voudrait que la Commune de Dschang a été élue au projet « boues de vidange »  par l’AIMF.  A quoi cela renvoie-il?

La Commune de Dschang a effectivement été élue au projet de l’AIMF portant sur l’initiative pour la santé et la salubrité en ville. Cette initiative qui a pour objectif principal d’accompagner 07 villes de son réseau dans l’élaboration de leur document de stratégie en matière de gestion des boues de vidange.

L’une des récriminations que l’on vous fait c’est que vos projets  ne se préoccupent guère du problème de chômage ambiant dans la municipalité, Monsieur le Directeur ?

 Je pense que vous n’aviez pas la bonne information. Les impacts des projet que la Commune de Dschang développe depuis quelques années avec ses partenaires, à titre d’exemple le projet MaGeTV qui bénéficie de l’appui financier de l’Union européenne, Nantes Métropole et d’autres partenaires tels que GEVALOR, ERA-Cameroun et SYCTOM nous a permis de recruter 57 personnes à nos jours, le projet PIGeDEA, ce projet a permis de recruter 8 personnes.

Bref, les projets sont élaborés pour répondre d’abord aux besoins des populations. Pour ce qui est du projet sur la gestion des Boues de Vidange, nous pensons qu’il va permettre à la Municipalité de Dschang de mettre en place un Gestion partenariale publique-privé où chacun trouvera son compte. Ce projet suscitera la mise en place de l’activité de vidange par les vidangeurs,  puis de construire une station de traitement des boues qui sera surement gérée par des organisations de la société civile bien outillées en la matière ou en délégation de service public. En tout cas, dans la stratégie il sera question de prendre en compte les populations pauvres, les parties prenantes y compris l’université de Dschang et de placer la municipalité au centre de l’action.

Je vous remercie de votre disponibilité.

J’espère avoir répondu à vos préoccupations sinon merci pour l’intérêt que votre journal porte sur l’action municipale.

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA

 

Barthélemy Ndongson à Sinotables.com : « Dans de nombreuses villes africaines, la filière de boues de vidange est le parent pauvre de l’assainissement» – Sinotables