S.E. Merzak Bedjaoui, L’ambassadeur de la République d’Algérie au Cameroun  était le 06 juillet dans le Noun, à l’occasion de la 3ème édition de Foumban film festival, où il a assisté à la projection du film sur “La Bataille d’Alger”. Ce film réalisé en 1969 occupe une place de choix dans le gotha des films historiques.

Le diplomate a saisi l’occasion pour appeler l’ONU  à organiser un référendum d’autodétermination en République arabe sahraouie démocratique (Rasd), ancienne colonie espagnole annexée par le Maroc. Notre correspondant s’est entretenu avec S.E. Merzak Bedjaoui.

Qu’elle est l’originalité de “La Bataille d’Alger” ?

“La Bataille d’Alger” a permis la libération du peuple algérien du joug du colon Français. C’est la guerre de tout un peuple parce que sans lui, le Front de libération national (Fln) fondé par Ben Bella et doté d’une armée de libération nationale (Aln) en 1955 qui a conduit le peuple vers son émancipation, autodétermination, n’aurait pu rien faire. Les immigrés (ouvriers) algériens vivant en France ont participé à la guerre de libération. Ce sont leurs cotisations financières qui ont permis d’acheter les armes pour combattre le colonisateur Français. Il y a eu 1500000 morts, le colonisateur est entré par les armes et il sorti par les armes. “La Bataille d’Alger” n’est pas l’unique guerre qu’a connu l’Algérie, depuis l’entrée de la France en Algérie en 1830, il y a eu 173 guerres, le nombre de morts se chiffrent 7 millions de victimes. La décolonisation de l’Algérie a somme toute  inspiré les peuples épris de paix, de liberté, et de justice dans la quête de leur souveraineté.

Est-ce à dire que la décolonisation a été un facteur de décolonisation ?

Certes, il ne faut pas en douter, l’exemple algérien a servi de lutte de libération pour les pays d’Asie, d’Afrique (Mozambique, Afrique du sud, Namibie, Guinée Conakry et Bissau, Angola) et d’Amérique Latine. Pourquoi je dis ça ? L’Algérie étant considérée comme le joyau de la couronne française, son émancipation ne pouvait alors qu’inspiré les peuples épris de paix, de liberté et de justice dans la recherche de leur indépendance vis-à-vis de l’oppresseur. Le leader historique de l’Anc en Afrique du sud, Nelson Mandel est venu en Algérie s’entrainer à la guérilla, rentré dans son pays, 6 mois plus tard, il a été arrêté et écroué.

Pourquoi la projection du film, “La Bataille d’Alger” a été mis en relief au cours de ce festival?

Nous avons tenu à montrer ce film parce que la bataille d’Alger qui a permis l’accession à l’indépendance de l’Algérie  est un exemple de sacrifice du peuple algérien. L’Algérie a toujours revendiqué le droit à l’autodétermination des peuples. Aujourd’hui, tous les  peuples épris de paix et  justice doivent acquérir leur indépendance, je pense par exemple au Sahara occidental, c’est-à-dire à la République arabe sahraouie démocratique (Rasd) qui doit s’autodéterminer. Les Nations unies doivent organiser y un référendum d’autodétermination  en ce sens qu’il  reste aujourd’hui la seule colonie  en Afrique.  Nous le disons parce que  nous-mêmes, sommes passés par là. En mars 1962 au plus fort du combat  entre le colonisateur français et le Front de libération national algérien, il y a eu un cessez-le-feu. Le général de Gaulle a  organisé un référendum d’auto détermination : il a dit qu’il a obtenu un cessez-le-feu avec le Fln  mais il va consulter quand même le peuple, peut-être qu’il optera pour  son  rattachement à la France. C’était ça l’idée. Le peuple algérien  a voté à 99, 99 % pour l’indépendance de l’Algérie.  L’esprit  patriotique du peuple algérien a servi  pour mes amis nationalistes camerounais dans la lutte pour l’indépendance du Cameroun. Félix Roland Moumier  a rencontré les responsables du Fln  au Soudan, Caire et à Bamako au Mali. Nous avons retrouvé dans les correspondances des Upécistes et des gens du Fln  qu’une somme de 200 000 Francs Français avait été offerte aux Upécistes  par les responsables  du Fln à titre d’effort de guerre.  Beaucoup de militants de l’Upc sont venus s’entrainer à la guérilla dans notre pays. C’est  cette histoire commune que nous avons que j’essaye aujourd’hui  de  déterrer et d’épousseter  avec vous dans ce festival.  Nous sommes entrain de travailler pour la déclassification des archives détenues aujourd’hui  en France. Il  faudrait que l’on récupère  notre mémoire pour réécrire notre histoire. Parce que ce sont les Africains qui doivent écrire leur histoire. »

Entretien avec Filbert AZAP NDONGO