V- Si tu vas à la chefferie Bansoa, tu trouveras la peau de notre père. Oui la peau d’une panthère. En effet mon père, m’a-t-on rapporté, souffrait du mal du ventre. Ce mal le terrorisait tout le temps. Tant et si bien que la vie fini par le dégouter.
Il fut même hospitalisé à plusieurs reprises à Dschang. Lorsqu’il ne put plus le supporter, il passer un deal avec son ami le roi des Bansoa. Il stipulait qu’il allait, pour céder sa peau, tuer neuf personnes. Ce qui a été fait.
C’était un grand jour pour la chefferie de Bansoa. Les premières personnes à faire leur apparition à la place du palais royal surprirent une panthère couchée dans une case conique à l’entrée.
La nouvelle fut portée au roi qui ordonna qu’on lui apportât la peau du terrible et précieux animal. Ainsi fut lancée chasse à la panthère. Les chasseurs la visaient avec la lance. Elle ne quitta pas sa loge, mais fit successivement neuf bonds qui lui permirent, à chaque occasion, d’attraper une personne qu’elle égorgea et la vida de son sang. Ainsi furent tués neufs pauvres chasseurs livrés à mon père qui mourut à son tour transpercé par une marée de flèches.
Une fille de mon père qui, deux jours plus tôt était allé à Badatchio revenait au village. En cours de route elle rencontra une panthère. Celle-ci entra en brousse pour laisser passer la jeune fille. Lorsqu’elle fut passée, la fille se retourné et vit que l’animal continuait son chemin.
La même nuit la maladie de notre père prit une tournure inhabituelle. Personne, parmi ses fils ou ses nombreuses femmes, n’avait conscience de ce qui s’était passé dans la journée ou encore de ce qui allait se produire dans quelques instants. Cette nuit-là, dans la maison de Mo’ Megui, notre racontait sa rencontre avec la panthère aux autres enfants de notre père.
Au même instant, dans sa case, mon père raconta à ses frères comment certaines filles sont courageuses. Il souhaitait que parmi ses enfants il y en ait qui ne tremblent pas devant quelque animal que ce soit ; racontant comment un jour, alors qu’il se rendait chez son ami à Bansoa, il croisa une jeune fille à qui il céda le passage. Il admirait le courage de cette fille. Il ajouta que lorsque viendra le moment de s’en aller, il offrira sa peau à son ami le roi des Bansoa.
Chez Mo’Megui la nuit autour du feu se poursuivait. Nous étions là à raconter des devinettes et des contes de chez-nous. C’est ce qui meublait nos soirées d’enfance. On décidait en journée de se retrouver chez telle ou telle femme de notre père et le soir chacun honorait à ce rendez-vous.
– Tu n’as pas eu peur, ma fille ? Lui demanda Mo’ Megui ?
– Peur de quoi, lui rétorqua notre sœur qui ajouta, Moho nous a toujours dit que si tu rencontres quelqu’un en route, ne lui demande rien et poursuit ton chemin.
Pendant qu’ils y étaient encore, des cris de pleurs leur parvinrent de la case à palabre. Moka venait de rendre l’âme. Lors que ses frères se mirent à raconter ses derniers propos, la sœur raconta comment elle avait rencontré l’animal. On résolu qu’il s’agissait de Moka. Il avait « ouvert son totem ». Pendant le deuil, la nouvelle parvint de Bansoa selon laquelle on avait tué une panthère au palais royal.

(A suivre)