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Monsieur Hygiène et salubrité: «mon nom est Nanfack Victor, je suis l’inspirateur du Jeudi Propre au Cameroun ».

 

Dschang, 18 juillet (Sinotables.com) – Après avoir donné la voie à Bertoua, où il était en service au MATGENIE (Parc National de Matériel de Génie Civil), Nanfack Victor, depuis qu’il a pris sa retraite soigne les routes et les entrées des concessions de son village, Nteuh.  A force de le voir travailler sur cette route, on finit un jour par s’arrêter pour comprendre qui il est.

Il ne s’est pas constitué en association, pourtant il mène une activité quotidienne au profit du village Nteu, dans le groupement Foto, Commune de Dschang. Il s’agit  d’un engagement citoyen en faveur de sa communauté ; et Nanfack Victor s’y donne le cœur joie, muni de sa pelle, houe, râteau, trident. Un arsenal acquis des fonds personnels.

Nanfack Victor est né en 1949 à Foto. Titulaire du BEPC, il a travaillé au MATGENIE jusqu’à la retraite, avant de se reconvertir dans ce qui a toujours été sa passion : l’hygiène et la salubrité de son village.

« J’ai mon Brevet ; et j’ai été jusqu’en classe de seconde. C’était ici à Dschang, au Collège d’Enseignement général. Au MATGENIE j’étais à la facturation. Je l’ai apprise sur le tard. J’ai travaillé tour à tour à Bafoussam, Yaoundé, et Bertoua où j’ai pris ma retraite en 2009 », dit-il avec un aire de nostalgie.

Depuis 2009, date de son départ à la retraite, Nanfack Victor a opté pour la préservation de l’environnement. Chaque jour, en matinée ou en après-midi, il se consacre au remblai des nids de poule sur la chaussée, à tailler les fleurs au bord de la route ou d’un domicile, ou à aller de concession en concession pour parler de la propreté, de l’hygiène et de la salubrité.

« Dès que j’ai pris ma retraite, j’ai choisi de revenir au village pour me reconvertir, c’est-à-dire pour m’adapter à la nouvelle vie que je mène : j’enlève les nids de poule sur le route, je taille les fleurs, je cure et reprofile les rigoles, je débroussaille les bords de la route quand il le faut. Je vais même parfois dans des familles pour tailler les fleurs. Je voulais que le village puisse tirer profit de ce que j’avais entrepris de faire ailleurs et qui a porté d’énormes fruits. »

Nanfack Victor est porté par un désir démesuré de faire quelque chose pour autrui. Car si tu ne fais rien, tes muscles s’atrophient. Il faut pouvoir dépenser cette énergie que nous avons reçue de Dieu et de la nourriture que nous consommons chaque jour.

« Il faut coopérer à mon environnement. J’habite quelque part. Il faut que je regarde l’aspect de mon environnement sur le côté hygiène. Il doit être sain et m’offrir des conditions de vie agréable. Chacun doit veiller à ce que son cadre de vie et de travail soit propice à son épanouissement personnel et à celui des voisins.»

Une  envie irrésistible de soigner l’environnement 

Il y a d’abord cette maman prête à tout pour sacrifier pour la propreté de sa cuisine et des vêtements de ses fils, puis cette enclin à l’altérité qui habite Nanfack Victor. Mais une fois engagé, il y a ces passants qui s'arrêtent ou passant en vous souhaitant 'beaucoup de force".

« Mon amour de l’hygiène et de la salubrité n’est pas forcément dû au fait que j’ai travaillé au MATGENIE. Dès l’enfance j’ai accompagné ma maman dans ses travaux champêtres et domestiques. J’ai eu une maman très laborieuse, organisée et extrêmement propre. Le père n’était pas non plus paresseux»

Recruté au MTGENIE, il va faire ses premières armes dans la ville de Bertoua où il se fait remarquer aussi bien par les populations que par les autorités. Il en garde des beaux souvenirs, même si personne, ne lui a adressé la moindre lettre de gratitude.

Il n’en a pas besoin. Mais il est fier lorsqu’il vous parle de la route du Lycée Bilingue de Toula Ndzong à Nteu. C’est son dada quotidien. Et pour cela il a eu droit à une lettre de félicitations du directeur de l’école publique de Ndzon. Mais il se contente des avantages que lui procure son travail.

« Les avantages sont multidimensionnels. A travers le travail je fais du sport. Les gens font aussi du sport. Et quand ils font du sport ils dépensent de l’énergie. Et quand l’énergie est perdue, ils engagent des dépenses pour l’énergie perdue dont personne n’a tiré profit si ce n’est eux-mêmes. J’ai voulu faire du sport et permettre à quelqu’un d’autre d’en tirer profit, que ce soit dans mon voisinage, dans mon quartier ou dans mon village. »

Mais parfois, l’homme a envie de tout abandonner, à cause de l’insouciance des uns et de l’égoïsme des autres. Ces femmes qui s’entêtent à cultiver les bords de la route, ces hommes qui déposent le fumier sur la route.

Heureusement, quelques enfants admirent l’engagement de Nanfack Victor. Alors parfois ils acceptent de se joindre à lui pour quelques heures de salubrité et de nettoyage sur la route principale et des ruelles du village.

« Actuellement on se plaint du manque d’emploi. C’est vrai quand on dit qu’il n’y a pas de travail. Mais chacun de nous ou des gens peuvent se mettre ensemble pour créer leur emploi, en s’organisant pour faire comme j’essaie de faire ici. Il y a des gens qui ont besoin des gens dévoué pour entretenir leur résidence. Ce n’est qu’un exemple.»

Donner un peu de soi-même pour sa communauté

Cet engagement citoyen de Nanfack Victor ébranle la communauté et mérite d’être copié. Car l’environnement c’est le bien-être, la santé, et l’espoir d’une vie à l’abri des maladies. Elle est la manifestation de son amour pour son village, du sentiment d’altruisme  qui ronge cet acteur social qui se souvient des clins d’œil d’Adolphe Lélé Lafrique qui, depuis le bord de sa voiture alors qu’il était gouverneur de la région de l’Est, pour l’encourager à persévérance.

« J’ai essayé de beaucoup travaillé partout où je suis passé, surtout à Bertoua. Si bien que la campagne de Ville propre l’a été parce que j’ai donné l’exemple. Quand le gouverneur a vu que ça lui plaisait il a fait une lettre pour demander un concours du quartier le plus propre. Par la suite il a instauré le jeudi propre dans tout Bertoua ».

D’autres gouverneurs ont eu la même admiration. Un jour on a demandé aux gens de se préparer pour l’habitation la plus propre de la ville de Bertoua. Puis plus tard on a migré pour le quartier le plus propre, avant de chuter sur je « Jeudi propre ». Notre environnementaliste estime avoir inspiré les autorités dans leur démarche.

« Je n’ai pas échangé avec les autorités sur le travail que je faisais, mais quand ils passaient ils regardaient et manifestaient leur joie, leur satisfaction. Mais les gens n’arrêtaient de me féliciter. J’ai compris que les autorités pouvaient venir de nuit voir de plus près sans qu’on le sache. Et quand ils voient que c’est bien, ils ont décidé qu’on le vulgarise  dans toute la ville. Parce qu’il s’agissait d’une belle initiative.»

"J’ai voulu faire du sport et permettre à quelqu’un d’autre d’en tirer profit, que ce soit dans mon voisinage, dans mon quartier ou dans mon village."

Si nous ne faisons rien, personne ne le fera à notre place. Nous sommes dans notre quartier, dans notre village et nous y sommes les premiers acteurs du développement. Il faut apprendre à penser le développement pour nous-même et par nous-même.

Son rêve est de disséminer à tous les habitants de son village l’envie de préserver l’environnement. De le soigner pour garantir non seulement le mieux-être mais pour montrer l’exemple aux générations futures.

« Au départ il faut s’ajuster. Il faut faire la paix avec Dieu. Dieu vient détruire l’égoïsme dans la vie de l’Homme.  L’Homme est par essence égoïste. Avec Dieu au centre de ma vie, je parviens à donner à quelqu’un. Je montre aux autres que l’on peut voir le monde autrement. Quand les routes sont crevassées partout, j’essaie d’enrayer l’obstacle. Lorsque je travaille pour la communauté, il y en a  qui m’imitent. Parce que je peux le faire à partir de rien. Parfois je le fais seul, parfois je divise mon pain avec les enfants qui acceptent de m’assister. Ces enfants quand ils finissent de travailler ils se rendent compte qu’il ne s’ennuie plus. »

Mais s’engager pour la communauté à l’instar de Nanfack David, certains se demandent s’il ne bénéficie pas des subventions de l’État. Lorsqu’il peut, il  explique à  ceux qui s’en préoccupent comment il se fait rémunérer pour son entreprise.

« Le fait de donner tout mon cœur au bien-être de ma communauté me rapporte une grande joie. Mon salaire c’est ma santé. Quand vous avez fini de faire du sport vous vous réjouissez. Et quand je me réjouis, je suis heureux de constater qu’autrui partage cet avantage. Mais c’est également comme un roman que j’écris pour que les gens puissent lire.  Tout le monde peut servir à quelque chose.

Augustin Roger MOMOKANA