François Mefinja Foka est le  Directeur général de l’UCCAO (Union Centrale des Sociétés des Coopératives agricoles de l’Ouest).  Il nous parle l’impact des changements climatiques sur la culture caféière, et la politique de survie et de redéploiement de l’UCCAO, et la place de la culture cacaoyère dans sa politique de diversification des cultures.

Quel est l’état de la situation?

Les effets du changement climatique sur la production caféière sont de plus en plus perceptibles depuis plus d’une décennie, marqués par l’apparition de certains fléaux sur caféiers (insectes champignons, et mauvais herbes) ainsi que des perturbations climatiques qui s’observent d’années en années. Ces effets ont ainsi des répercussions sur la production et notamment les rendements observés qui sont de plus en plus bas.

Les pluies ne sont plus régulières : vous savez, le café est très sensible à l’eau et lorsque les pluies apparaissent plutôt (entre février et de mi-mars) comparé aux années antérieures, les caféiers fleurissent immédiatement. Par la suite survient une courte saison sèche d’environ 3 semaines (entre fin avril et début mais) qui malheureusement entraine les avortements des fleurs. Comme conséquence, la production sera réduite  puisqu’une bonne partie des fleurs auront chuté avant la formation des graines.

Attaques des chenilles défoliatrices et des fourmis sur caféiers : Les changements climatiques ont entrainé depuis un certain temps l’apparition des chenilles qui dévorent les feuilles des caféiers empêchant la plante d’effectuer la photosynthèse, ce qui conduit à la réduction de la production. Les fourmis quant à elles attaquent les grains de caféiers en dénaturant sa qualité.

Comment les planteurs gèrent ils la situation?

Les producteurs de cafés ont vraiment du mal à gérer les effets du changement climatique. Néanmoins, ces derniers font de plus en plus recours aux pesticides pour gérer les problèmes de maladies tout en essayant de varier les molécules contenus dans lesdits pesticides.

Par ailleurs, certaines techniques de culture sont de plus en plus adoptées et notamment les associations de caféiers avec les plantes pérennes (avocatiers, bananiers-plantains, et autres arbres fourragères). Ces espèces ont une double finalité à savoir : créer un microclimat favorable aux caféiers, mais aussi restaurer les sols à partir des feuilles mortes de ces arbres qui retombent sur la terre.

Quelles sont les conséquences sur la production ?

Comme nous l’avons développé plus haut, les conséquences du changement climatique sur la production peuvent se résumer en deux points :

– La baisse de la production par la réduction substantielle des grains de caféiers qui atteignent la maturité;

– la baisse de la qualité des cafés récoltés, traités et mis sur le marché par les paysans.

Quelle évaluation en faites-vous?

Globalement, le caféier arabica semble plus menacé aux effets du changement climatique comparé au caféier robusta. En effet, le caféier arabica est une plante de haute altitude et donc plus productive en présence de basse température comme celle retrouvée à l’Ouest et au Nord-Ouest Cameroun alors que le caféier robusta nous le savons est une plante de plaine et par conséquent plus propice aux températures élevées.

Nous comprenons donc que si la température terrestre continue de monter, le caféier arabica serait plus disposé à disparaitre que le caféier robusta. Paradoxalement, le café arabica est très recherché pour son arôme et  le prix d’achat tant au niveau du producteur que sur le marché international est élevé comparé au caféier robusta, d’où un accent devrait être mis sur l’encadrement de la production du caféier arabica.

Existe-t-il des pistes de solutions?

Les solutions possibles existent pour lutter contre le changement climatique.

-Au niveau local, il faudrait mener les actions ci-après :

-Sensibiliser les producteurs à l’identification et à l’interprétation des effets du changement climatique dans leurs exploitations caféières ;

-Promouvoir la densification des plantations caféières avec les arbres pérennes, mais surtout fruitiers ayant un double rôle : économique et protection de l’environnement ;

-Redéfinir le calendrier agricole des caféiers (arabica et robusta) dans les différents bassins de production ;

-Promouvoir la fertilisation organique qui augmentera la rétention d’eau dans le sol et la résistance de la plante aux maladies

-Au niveau stratégique,

-Produire des semences de caféiers plus résistantes aux variations climatiques tout en étant productives (à haut rendement) ;

-Créer des mini stations météorologiques au niveau des bassins de production pour mesurer les variations climatologiques ;

-Elaborer un programme de relance de la production du café arabica spécifiquement car c’est elle qui court plus de risque de disparaitre.

Comment se porte la filière café?

Depuis l’effondrement des cours des matières premières des années 1986/1987 qui a vu les prix de cafés et de cacao perdre plus de trois quarts de leurs valeurs, a entrainé la libéralisation des filières, la dévaluation du franc CFA et la réduction de l’encadrement, les populations des régions concernées ont perdu le grand intérêt que suscitait la production de cette culture de rente, malgré un grand nombre d’efforts qui se sont multipliés depuis lors.

Selon le plan de relance des filières cacao et cafés adopté en 2014, le Gouvernement s’est assigné un objectif de 600 000 tonnes de cacao et 160 000 tonnes de cafés. A cette date, les chiffres ne nous confortent pas tant en ce qui concerne les cafés que le cacao. Nous sommes aujourd’hui à 300 000 tonnes de cacao et à peine 30 000 tonnes pour le café.

Ces chiffres montrent clairement que la filière caféière ne se porte pas bien et si rien n’est fait, le café finira par disparaitre pour laisser place à d’autres cultures.

La nouvelle donne avec les changements climatiques revient encore empirer cette situation qui ajoutée à la situation économique préexistante, paupérise de plus en plus le producteur de cafés aujourd’hui. L’incertitude climatique d’aujourd’hui a encore plus d’effet sur les caféiculteurs que l’incertitude économique puisqu’on pourrait assister à une disparition totale de la variété arabica pourtant plus prisée.

Comment envisagez-vous les perspectives

Comme perspective, l’UCCAO envisage de mobiliser ses efforts sur la transformation du café. Ceci sous-entend bien sûr qu’il y ait du café à moudre. C’est pour cette raison que l’UCCAO a créé une ferme d’environ 76 hectares dont 22 déjà déforestés. Sur cette dernière superficie, l’UCCAO a déjà mis en place 11 hectares de caféiers dont 1 hectare d’une nouvelle variété de caféiers dite « Latino » en cours d’essai avec l’IRAD et 10 hectares de caféiers arabica JAVA comme parcelle de démonstration et d’expérimentation. A ces caféiers sont associées les plantes de couverture comme le bananier-plantain, les avocatiers, les manguiers et goyaviers.

Nous comptons de cette manière contribuer à la recherche de nouvelles variétés plus productives ainsi qu’à l’augmentation de la production caféière au Cameroun. Nous prêchons aussi par l’exemple.

L’UCCAO a aussi lancé avec le Conseil Interprofessionnelle des cafés et du cacao, la formation des jeunes en caféiculture dans le cadre du « Programme New Generation ». Ce programme consiste à former les jeunes de 18 à 40 ans dans la caféiculture, les appuyer en intrants et matériels agricoles et les accompagner pendant au moins 3 ans. Par cette action, l’UCCAO entend augmenter la production du caféier arabica au Cameroun. Cette idée de promotion par la jeunesse a été perçue depuis longtemps dans notre groupe et le projet « New Generation » nous conforte dans ce domaine, mais les moyens ne suffissent naturellement pas.

Nous avons aussi initié plusieurs projets que nous avons soumis à l’étude du gouvernement à travers les départements techniques concernés à savoir le MINRESI, le MINEPAT et le MINADER. Ces projets tendent à réduire la pénibilité du travail du caféiculteur et à accroître la production. Nous attendons toujours leurs réponses.

Source photo: businessincameroon.com

Propos recueillis par Joseph KAPO (Collaboration)