Louis Soubigou a regagné la France lundi dernier, aux termes de trois mois de stage à l’AMGED (Agence municipale de gestion des  déchets), un établissement public de la Commune de Dschang.

Le thème du stage de cet étudiant-Ingénieur à l’École nationale supérieure en génie des technologies industrielles (ENSGTI) de l’Université de Pau (France) portait sur la stratégie de gestion des boues de vidanges dans la commune de Dschang.

Vendredi 31 août dernier, Louis Soubigou a présenté le fruit de ses recherches aux responsables de la municipalité conduits par le Maire Sa Majesté Donfack Beaudelaire, et en présence de Barthélémy Ndongson, le Directeur de l’AMGED (Agence municipale de gestion des déchets).

  Qui est Louis Soubigou ?

Je m’appelle Louis Soubigou. Je suis un étudiant ingénieur français en stage à l’AMGED pendant trois mois, de juin à août 2018. J’ai travaillé sur la gestion des boues de vidange dans la commune de Dschang.

Les boues de vidanges, qu’est-ce que c’est ?

Les boues de vidanges c’est l’ensemble des matières qui sont issues des fosses septiques ou des latrines traditionnelles et qui sont généralement composées des excrétas humains et d’autres déchets ménagers qui pourraient tomber accidentellement dans les fosses.

Quelle est la situation dans la commune de Dschang ?

Pour l’instant la filière de gestion des boues de vidange à Dschang n’est pas organisée. Les ménages s’organisent comme ils le peuvent, c’est-à-dire avec des solutions parfois non satisfaisantes du point de vue sanitaire ou de l’hygiène. Mais aujourd’hui, la commune s’engage à travailler sur sa stratégie de gestion des boues de vidange. On essaie dans un premier temps de comprendre tous les besoins en assainissement des personnes vivant à Dschang ; et ensuite de mettre en place des solutions pour la collecte et pour le traitement qui soient adaptées.

Quelles solutions avez-vous concrètement apportées en tant que stagiaire ?

Mon travail a été de proposer une base de réflexion pour l’élaboration de la stratégie. D’abord j’ai travaillé sur un premier diagnostic de la situation, en allant sur le terrain pour m’entretenir avec les habitants, afin de savoir quelles étaient leurs pratiques et connaitre leurs besoins. Ensuite j’ai analysé les différentes solutions possibles avoir pour la collecte, pour le traitement  et la valorisation, afin de mettre en avant les avantages et les inconvénients  et proposer une ébauche de celles qui me semblent plus adaptées aujourd’hui ; et enfin j’ai proposé aussi une suite de travaux à mener pour l’avenir,  des études pour complémenter le travail que j’ai fait et pour fixer certaines choses qui permettront à la commune d’avoir une stratégie  efficace et adaptée.

Présentez-nous cette ébauche telle que vous l’avez vue ?

Mon travail était assez court. Il était sur trois mois. C’est en cela qu’il est une ébauche. C’est une première idée de ce qui se passe à Dschang. Mes travaux seuls ne sont pas suffisants pour être conscients de toutes les problématiques de la population. Pourtant ils constituent le point de départ d’un travail qui devra être affiné par les agents communaux ou leurs stagiaires.

Quel est le potentiel de Dschang en matière des boues de vidange ?

De mon point de vue à ce stade du projet, ce qui me semble intéressant pour la commune c’est de mettre en place des lits pour sécher les boues de vidange. Et d’incorporer ces des boues séchées  au compost qui est fabriqué actuellement via le Projet MaGeTV pour fabriquer finalement un compost de meilleur qualité et en plus grande quantité. Pour moi la plus grande opportunité pour la commune c’est la fabrication du compost à partir de ces déchets liquides.

Parlons des caractéristiques des latrines que vous avez dénombrées pendant votre étude.

En fonction des quartiers où l’on va on a des caractéristiques assez diversifiées. Dans les quartiers assez organisés ou plutôt favorisés les gens ont souvent des toilettes modernes avec une chasse d’eau, des fosses septiques, des dispositifs assez sains d’un point de vue environnemental ; par contre dans les quartiers moins favorisés on retrouve généralement des latrines traditionnelles, c’est-à-dire un trou dans le sol avec une petite dalle en béton et à partir duquel les gens font leurs besoins. C’est déjà moins satisfaisant du point de vue hygiénique. Enfin ceux qui sont près des cours d’eau ont tendance à brancher des tuyaux pour déverser leurs boues directement dans les cours d’eau. Voilà un peu les différentes pratiques que l’on peut rencontrer à Dschang.

Ce faisant vous avez produit quelques statistiques, Monsieur Louis Soubigou !

Les quelques chiffres que j’ai pu produire, encore une fois il s’agit des premières estimations, sont assez approximatifs. Mais on se rend compte qu’il y a à peu près 28000 m3 de boues qui sont produites chaque année à Dschang. Qu’il y en aurait à peu près 36500 m3 qui serait vidangeables par des opérateurs avec des camions. Mais à l’heure actuelle seulement 1920 m3 sont vidangées. Vous comprenez qu’il y a des efforts à faire pour exploiter complètement ce gisement de boues de vidange et soulager les ménages des boues qu’ils stoquent chez eux.

Le maire de Dschang a longuement applaudi votre présentation, et s’est  même levé pour vous serrer la main. Pour vous, il s’agit d’un sentiment de soulagement ?

J’étais très content, très ravi de travailler pour la commune de Dschang.  J’ai trouvé qu’il y avait une ambiance très chaleureuse, très accueillante. J’ai eu aussi beaucoup de plaisir à découvrir la culture de la Menoua, spécifiquement. C’est donc beaucoup de joie que j’éprouve avant de partir; et un peu de tristesse parce que je m’en vais lundi. Spirituellement j’aurai toujours des attaches ici, mais physiquement il va falloir que je retourne en France pour mes études dès le début de septembre. Dans tous les cas je reste très proche des gens de la Menoua. La réaction du maire, d’ailleurs il l’a dit, est une preuve que le travail a apporté des pistes de solution à la  problématique des boues de vidange.

En trois mois vous avez sûrement découvert une bonne partie des recettes gastronomiques de la Menoua. Laquelle de toutes vous a particulièrement marqué?

Mon coup de cœur c’est le taro avec la sauce jaune. Ça, j’aime beaucoup. Après le condrès du bœuf, c’est cool ; sans oublier le couscous maïs aux aubergines, et le Ndolè. Tous sont des plats qui m’ont plus et que j’espère, de temps en temps, trouver dans les restaurants camerounais en France.

Quid des manifestations traditionnelles ?

J’ai pu voir quelques mariages, quelques réunions ; et un enterrement aussi. L’enterrement c’est moins gai, mais ça m’a permis de voir quelles étaient les pratiques des gens ici. J’ai beaucoup apprécié être intégré à cette culture camerounaise qui est vraiment très riche.

Et au niveau de l’encadrement du stagiaire que vous êtes ?

J’ai essentiellement travaillé avec M. Barthélemy qui m’a donné un certain nombre d’objectifs et de directives ; et qui m’a aidé à organiser certains entretiens avec  notamment les délégations départementales. Il m’a beaucoup encadré dans ce projet. On a aussi eu la chance de recevoir un expert français [Pierre-Henri Dodane] que vous avez interrogé précédemment. Il m’a aussi enseigné beaucoup de choses sur l’assainissement international et orienté mes travaux pour qu’ils correspondent bien aux besoins de Dschang.  Donc dans l’ensemble l’encadrement était très bien réalisé. A noter qu’il y a eu des moments où j’ai eu besoin de prendre des initiatives, mais c’était aussi quelque chose d’important pour moi de développer cet esprit travailleur autour de moi.

Vous repartez lundi. Que va-t-il vous manquer du Cameroun ?

Comme je vous le disais, quelque chose qui m’a beaucoup marqué et que j’ai particulièrement apprécié ici c’est la convivialité entre les personnes, la solidarité qui peut y avoir, la partage, le contact social très facile qu’il y a. Ce sont des qualités que l’on ne retrouve pas, malheureusement, en France. Ça c’est la chose qui va le plus me manquer.

Bon voyage !

Merci beaucoup.

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA