Monsieur GUETHEU TEBOU Patrice est le PCA (Président du Conseil d’Administration) de l’Alliance franco-camerounaise de Dschang dont l’assemblée générale ordinaire a lieu ce mercredi 12 décembre à 14H.
Ce banquier, puisqu’il est le Directeur du marché à la BICEC (Banque Internationale du Cameroun, pour l’Epargne et le Crédit) où il siège également au Comité exécutif a accepté d’évaluer ses quatre premières années à la tête du Conseil d’administration de l’Alliance Franco-camerounaise de Dschang.

Comment se porte l’Alliance Franco-Camerounaise de Dschang ? Ça représente quoi en termes de membre, de personnel et de budget annuel ?

L’Alliance Franco-Camerounaise de Dschang se porte bien, et pourrait mieux se porter avec la contribution de tous et de chaque composante du Département de la Menoua. L’AFCD est une association de droit camerounais, dont les axes d’actions sont la culture, l’éducation et le loisir. Elle est coiffée par une Assemblée Générale des membres, composé aujourd’hui de 920 membres contre 350 en 2014. Cette Assemblée Générale est appuyée par un Conseil d’Administration qui définit la politique générale implémentée au quotidien par un personnel de 04 permanents et 02 intérimaires.
Notre structure fonctionne grâce aux subventions que nous recevons de nos partenaires dont les principaux sont l’Ambassade de France et la Mairie de Dschang avec une subvention moyenne des FCFA 14 000 000 pour les deux. Depuis 2014, pour pallier à la baisse sans cesse croissante de la subvention, et dans le souci de nous rendre autonomes, nous avons placé notre mandat sous le signe de la recherche des fonds propres, c’est-à-dire des fonds générés par l’Alliance elle-même. De ce fait, nous avons redynamisé par exemple les cours de FLE, en faisant faire des formations par le responsable de ce pôle d’activités, et l’on est passe de 4 ou 5 candidats à plus d’une trentaine par session. Désormais aussi, d’autres examens et formations dans le domaine du Français permettent de générer des fonds propres. Il s’agit du DALF, DELF, TEF, du cours de Français pour personnes de langue Anglaise, pour ne citer que celles-là.
Le budget de la dernière année budgétaire de l’Alliance était de FCFA 50 M était donc porté à 72% pour le travail du personnel de l’Alliance et ses membres, ce qui est historique car par le passé, l’Alliance ne vivait principalement que de la subvention et des fonds de projets.


Concrètement, comment évaluez-vous le bilan de votre gestion à la veille de l’assemblée générale qui profile à l’horizon ?

Nous avons hérité d’une Alliance à l’agonie, avec une côte d’endettement de plus de 29 millions de francs CFA, avec un personnel cumulant des arriérés de salaires de près de 6 mois. Mon équipe et moi avons tout mis en œuvre pendant notre premier mandant (2014-2016) pour sauver L’AFCD de la mort attendue par tous. Raison pour laquelle notre liste avait été baptisée la RENAISSANCE. Puis nous avons même réussi l’exploit d’instaurer des primes de bon rendement chez un personnel complètement aigri et révolté du fait du non-paiement de leur salaire.
Quelques réalisations telles que la réfection de la salle des spectacles et des Conférences Manu Dibango, l’achat des ouvrages pour les élèves, étudiants, chercheurs, peuvent être rapidement citées. Grâce à la confiance renouvelée de nos membres, nous avons obtenu notre deuxième mandat qui nous a permis d’assainir davantage la gestion et le fonctionnement de l’institution et compléter le tableau élogieux de notre parcours jusqu’ici.
Nous avons, à ce jour, les comptes de l’Alliance franco camerounaise de Dschang sont bons, et je puis vous dire aussi que les membres, pour la plus part, sont satisfaits de notre travail. N’est-ce pas là un bilan positif ?

M. le PCA de l’Alliance franco-camerounaise de Dschang


L’AFC D aujourd’hui ressemble beaucoup plus à un malade qu’à l’indigent que l’on voudrait présenter aux populations. Divisions internes, difficultés de financements, lobbies politiciens, etc. Pourquoi ne ferme-t-elle pas ses portes ?

Dans une façon de voir se projette une façon d’être. Ceux qui veulent voir les progrès de l’Alliance depuis 2014 vont les voir. Les partisans de la théorie du verre à moitié vide ne verront jamais rien. Chacun sait ce qu’il vient chercher à l’AFCD, et malheureusement les objectifs poursuivis par certains ne sont pas toujours d’intérêt général, mais nombrilistes. L’AFCD possède un si fort potentiel qui ne demande qu’à être développé et valorisé, car j’en ai bénéficié et je l’ai expérimenté. Lorsque je pense qu’il y en a qui milite pour la fermeture de ce joyau culturel et éducatif, je suis stupéfait. C’est à cette mission de continuer à faire rayonner ce joyau, que s’attelle les membres du CA et le personnel en place, à qui je profite ici pour adresser mes vifs remerciements, pour la cohésion, la confiance mutuelle, le dévouement total que chacun a investi pour arriver à ce niveau de réalisation.
Il reste toutefois de nombreux chantiers à initier ou à terminer. Je sais que ce n’est pas facile. Heureusement que les membres ont un esprit de discernement et savent où se trouve la vérité. L’Alliance n’est pas malade, elle se porte en très bonne santé d’ailleurs. Par contre, et pour le regretter, je crains que ce soient les yeux et les esprits qui la regardent qui soient malades.

Si vous devriez solliciter un troisième mandat, quelle carte proposez-vous aux électeurs pour les deux prochaines années ?
Nous proposons un plan simple, qui se décline en 10 points qui s’inscrivent tous dans la continuité de notre travail jusqu’ici :
1) Préserver les acquis en consolidant les investissements déjà réalisés ;
2) Optimiser la gestion du personnel afin d’accroître l’épanouissement socioprofessionnel du personnel et le rendement de l’AFC ;
3) Digitaliser : accentuer la visibilité de L’AFC (à partir de la numérisation de sa bibliothèque, l’amélioration de son image sur le plan local, national et au-delà de nos frontières) ;
4) Actualiser la bibliothèque de l’AFC en fonction des nouveaux programmes dans l’enseignement primaire, secondaire et des nouvelles filières de l’Université de Dschang ;
5) Accroître et diversifier les partenaires de l’Alliance (administration, établissements scolaires et universitaires, médias, mairie, Campus France) ;
6) Promouvoir les langues nationales à partir de l’enseignement de quelques-unes d’entre elles ;
7) Capitaliser les énergies à travers un bénévolat des membres de L’AFC ;
8) Accompagner de façon optimale et bénéfique tous les ateliers se réclamant de l’AFC ;
9) Accentuer les programmes des tout petits en créant une aire de jeux attractifs dans les jardins de l’AFCD ;
10) Instaurer le livre de l’année ;

Quel programme ambitieux ! Certains reprocheraient à votre équipe de n’avoir pas organisé les élections à date. Vous l’avez fait pour quelle raison…Vous avez peur de perdre votre place ?
Perdre ma place (sourire) ? Ma contribution à la survie de l’AFCD est certes exaltante, mais j’ai d’autres ambitions que celle de tirer un quelconque épanouissement à la tête du Conseil si ce n’est pas servir. Aussi les textes de l’Alliance, ont prévu le vote d’une liste et c’est en Conseil d’Administration que les membres élisent leur président. Vous comprenez que ce n’est pas forcément gagné d’avance. Vous pourrez peut-être vous rapprocher des membres actuels du Conseil d’Administration sans doute que plusieurs d’entre eux, vous diront que je ne suis pas attaché aux artifices éphémères que procurent ce titre, mais plutôt aux réalisations concrètes et pertinentes que tout le monde peut aisément évaluer…
Mes prérogatives m’obligent à prendre des décisions, surtout à devoir assumer les conséquences de mes choix…
En tant que Président de l’AFCD, Citoyen Camerounais sensibilisé à la situation sécuritaire et politique qui prévalaient à ce moment, il m’était difficile de porter sur mes frêles épaules une Assemblée Générale Elective, sous fond de tensions, avec un risque d’embrasement, qui aurait pu être envenimée, instrumentalisée par des personnes aux desseins inavoués. En ma qualité de Président de l’AFCD j’ai pris mes responsabilités pour éviter un embarras aux autorités du département de la Menoua et de la ville de Dschang précisément. Ensuite il fallait conjuguer avec mon emploi de temps qui sur la fin de l’année s’est resserré, et enfin sur la disponibilité des étudiants qui représentent plus de 80% des membres actifs. D’où le report de 02 mois.
Quoi qu’il en soit nous y sommes, les élections se feront le 12 décembre 20183. Mes concurrents auront enfin la tribune nécessaire pour exprimer leurs ambitions et corriger, éventuellement, durant leur mandat nos erreurs.

Le PCA dresse son bilan à la tête de l’Alliance

Quelle place l’Université de Dschang occupe-t-elle dans votre politique de gestion de l’AFCD ?

Une place centrale :
– C’est notre partenaire local pour les cours de langue ;
– C’est un relai réciproque d’activités ;
– Nous servons d’appui à l’université par notre fonds documentaire qui s’enrichit en cohérence avec les attentes des étudiants ;
– C’est un vivier de membres pour l’AFCD.
La relation avec l’Université de Dschang c’est également une convention pour le FLE, qui avait été signée avec l’Université de Dschang, pour la mise à niveau des étudiants désireux de poursuivre des études en langues, notamment pour le public des étudiants de langue anglaise. Cette initiative du Sénateur FOMETHE Anaclet alors recteur de l’Université de Dschang, concrétisait une promesse et un engagement fort, pour l’éducation et l’intégration complète des étudiants de langues anglaises.

Quel est le risque qui peut constituer une menace ou un handicap pour le rayonnement de l’AFCD ?

La poursuite des intérêts égoïstes par ceux qui veulent diriger l’Alliance, des membres du personnel, qui s’éternisent à des postes dans plan de carrière, l’utilisation de l’AFCD, pour mener des combats politiques ;
L’assistanat : si nous ne recherchons pas des fonds propres, à travers les AGR (activités génératrices de revenus), le renforcement et la diversification des partenaires locaux, nationaux et internationaux, la survie sera menacée.

Qui peut, et comment devenir membre de l’AFCD ?

Monsieur et madame tout le monde, qui présente une intégrité morale, et qui justifie du paiement d’une adhésion. Les inscriptions se font à notre secrétariat, les différents tarifs peuvent y être consultés.
Je profite de la tribune pour inviter toutes les populations désireuses de mener ou découvrir des activités éducatives et de loisirs, désireuses d’explorer les langues, et passionnées des lectures, de se rapprocher de l’Alliance pour vivre une expérience unique.

Quelle projection faites-vous de l’Alliance franco-camerounais de Dschang à l’horizon 2025 ?

Une Alliance prospère, qui aura capitalisé sur ses ressources propres, sur une relation plus approfondie et répondant au mieux aux attentes des membres, et une relation efficace avec l’Université de Dschang. Mais avant ‘l’assainissement doit se poursuivre.

Je vous remercie, Monsieur le président, d’avoir prêté de votre temps aux questions de Sinotables.com.

C’est moi qui vous remercie d’avoir sollicité cet entretien pour servir la bonne information. Aussi je félicite la qualité de votre travail que je suis depuis plusieurs années.

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA