Ce que l’on reproche généralement aux Nations Unies et aux Etats membres des forces du maintien de la paix, c’est leur incapacité à protéger les femmes victimes d’agression sexuelle par une justice exemplaire et sans complaisance contre les auteurs de violences (agressions sexuelles). Ainsi les protecteurs envoyés par les Nations Unies dans les théâtres de crise se muent en bourreaux des populations civiles.

Comment lutter efficacement contre les dérapages observés dans les rangs des soldats déployés par les Nations Unies dans les théâtres de guerre pour assurer la protection des civiles ? L’épineuse préoccupation vient de faire, heureusement, l’objet d’une thèse de doctorat/PhD à l’Université de Dschang, Faculté des Sciences juridiques et politiques.

Le mérite revient au Colonel Didier Ndongmo Sipa dont la thèse porte justement sur « Military Justice Within the context of a United Nation’s peacekeepeng in Africa: Focus on the prosecution of sexuel violence offences in the Democratic Republic of Congo, 1998-2016. » Les soldats aussi osent-ils donc?

A travers 338 pages, devant le jury présidé par le professeur Issa Abiabag (Université de Douala), ayant comme rapporteurs les professeurs Gnimpieba Tonang (Université de Dschang), Samalang Irene (Université de Buea), le candidat au titre de Docteur PhD a enfoncé la justice militaire dans le cadre d’une opération du maintien de la paix et de la stabilité. Et c’est bien lorsque ce type de travail est mené par un membre de la grande muette. Le chercheur a bénéficié de l’encadrement du professeur Amadou Monkaree.

Pour convaincre, le chercheur s’est concentré sur le cas de la République démocratique du Congo dont « l’injustice » de la justice militaire face aux agressions sexuelles perpétrées par les soldats des Nations Unies déployés (MINUSCO) pour le maintien de la paix et de la stabilité au pays de Kabila. Le choix de la RDC n’est pas fortuit. Il s’agit d’une pratiquement du carrefour de la région des Grands Lacs d’un, et de deux d’un pays dont les deux dernières décennies sont marquées par une guerre « sans issue », à causes des intérêts à la fois des puissances étrangères et des milices locales.

Le Docteur Colonel Didier Ndongmo Sipa qui parle du « paradoxe onusien », propose des voies de sortie de cette crise qui n’honore ni les Nations Unies ni les Etats qui une fois les coupables renvoyés dans leur pays, peuvent paisiblement reprendre leur activité militaire normale. L’on se souvient du cas des soldats violeurs de la RCA. Le juge, sans état d’âme pour les victimes, a tout simplement classé le dossier.

Selon le chercheur, la nécessité s’impose de créer un Tribunal Spécial hybride, c’est-à-dire modulable en fonctions des contextes, pour lutter contre ce qui aux yeux du monde est à la fois une injustice et une faiblesse pour les Nations Unies qui, pourtant, déploient de gros moyens matériels et financiers, pour leurs mission en territoire de guerre.

Pour son travail, le Docteur Didier Ndongmo Sipa a obtenu la plus haute note, c’est-à-dire la Mention Honorable avec félicitations du jury. Selon les examinateurs le travail présente des innovations, notamment dans la méthodologie et la présentation. L’espoir est que l’auteur et l’université en fassent large écho, afin que ses résultats puissent permettre aux décideurs d’éradiquer le ver qui ronge le fruit.

Augustin Roger MOMOKANA

A SUIVRE L’ENTRETIEN AVEC LE DOCTEUR COLONEL Didier NDONGMO SIPA.