Nous, citoyens camerounais, acteurs de la société civile et acteurs politiques, faisons tous l’amer constat que la situation dans notre pays a atteint des proportions de crise inimaginables.
Notre pays fait face à des crises multiformes à de multiples niveaux.

Il s’agit notamment :
De crises politiques et sécuritaires et dans au moins six des dix régions du Cameroun.

De violations graves des droits et libertés fondamentales à l’égard des acteurs de la société civile, des journalistes, des acteurs politiques et des citoyens ordinaires.

De la dégradation de la base socio-économique de nos communautés, notamment celles qui sont directement touchées par les différentes crises sécuritaires.
Crises politiques et sécuritaires

La plus grave d’entre elles est celle qui sévit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis plus de deux ans et qui touche progressivement les autres régions du Cameroun. Les citoyens de ces deux régions sont au quotidien confrontés à une violence incessante et intense dont les conséquences se traduisent par des pertes en vies humaines, des enlèvements, des

viols, des tortures, des arrestations arbitraires et plus encore. La violence dans ces régions a complètement détruit les économies locales et grandement fragilisé le tissu social.

Nous condamnons tous les actes de violence commis par des groupes séparatistes armés dans ces régions.

Nous notons également que la politique de nos gouvernants a été le principal détonateur de la violence dans ce conflit et a continuellement violé les droits des civils non armés dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest au cours des deux dernières années, notamment en brûlant des villages, en tuant des citoyens non armés et en arrêtant illégalement des milliers de jeunes hommes et de jeunes femmes.

Les régions du Nord, de l’Adamaoua et de l’Est souffrent des attaques de groupes armés composés de ressortissants de l’Afrique centrale et du Cameroun. Ces groupes ont enlevé des centaines de personnes dans ces régions exigeant dans la plupart des cas des rançons exorbitantes et ont décimé des cheptels de bétail. Le gouvernement n’a pas vraiment pris en compte la gravité de ce problème et trois ans après, il n’a toujours pas apporté de solution adéquate.

En raison de ces conflits, il y a aujourd’hui au Cameroun :

Plus de 750 000 personnes intérieurement déplacées.

Environ 50 000 réfugiés camerounais au Nigeria.

Plus de 15 millions de personnes qui font face à une insécurité alimentaire aiguë.

Une vulnérabilité accrue des femmes et des filles.

Une violation aggravée de droits et libertés fondamentales.

Le gouvernement du Cameroun viole constamment les droits de ses citoyens. Au cours des trois dernières années, ces violations ont augmenté de manière significative. Les réunions et activités de certains groupes de la société civile ainsi que celles des partis politiques ont été interdites.

Des manifestants non-violents ont été soit violentés, blessés, ou emprisonnés.

Aujourd’hui il y a notamment, des milliers d’activistes anglophones en prison ainsi que plus d’une centaine de membres du Mouvement pour Renaissance du Cameroun (MRC).

Presque tous ont été arrêtés en violation des lois et ont vu leurs droits violés en détention, y compris le refus d’avoir accès à leurs avocats, et ont subi des traitements inhumains, etc.

Dégradation du tissu socio-économique
Ces conflits ont tous eu un impact désastreux sur les économies locales dans les régions affectées, aussi bien que sur l’économie nationale. La Cameroon Development Corporation (CDC), le deuxième plus grand employeur dans le pays n’a pas pu payer tout le personnel pendant plus de 06 mois et voit 90% de ce dernier menacé par le chômage.

La production agricole est grandement réduite dans l’ensemble du pays, causant ainsi une insécurité alimentaire aiguë pour plus de 50 % de la population.

La dégradation du tissu social et communautaire n’est pas en reste.
Au Sud-ouest et au Nord-ouest, la plupart des soldats aussi bien que la plupart des combattants séparatistes sont âgés de moins de 25 ans, utilisent des armes à feu et prennent des décisions pour des communautés entières.

Ces jeunes hommes ont tous appris à tuer de manière terrifiante. La torture et le meurtre sont devenus pour eux des mécanismes de résolution de conflits.

La nation n’a jamais été aussi polarisée. Puisque les citoyens ne peuvent plus compter sur le gouvernement central pour assurer une protection et des solutions à leurs problèmes fondamentaux, ils opèrent désormais un repli identitaire caractérisé.

Les tensions entre les groupes ethniques sont plus que jamais exacerbées, certaines d’entre elles entraînant des conflits violents. Les discours haineux et tribalistes sont prolifiques dans les médias sociaux et médias traditionnels camerounais, certains journalistes et certaines stations de radio appelant au nettoyage ethnique en toute impunité.

Jamais la stabilité de notre nation n’a été aussi mise à rude épreuve et notre nation en si grand danger.

En guise d’illustration, ce récit des femmes…
«Je m’appelle Elizebeth Nkwah
Je m’appelle Melany Kah.

Nous sommes des femmes des régions du nord-ouest et du sud-ouest.
Nos enfants meurent, nos familles sont dans la brousse. Nous apprenons des mots dont nous n’avions jamais entendu parler auparavant. Nous sommes des réfugiés et des déplacés internes.

Nous dansons au son des coups de feu. En tant que femmes, nous avons appris à enterrer les morts. Nos marchés et nos champs sont vides.
Nourrir nos enfants est un défi quotidien.
Camerounais, vous ne nous voyez pas?

Êtes-vous aveugle à notre douleur et notre souffrance? Sommes-nous dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest vraiment vos frères et sœurs?
Nous sommes fatigués d’enterrer nos enfants. Fatigué de nous cacher dans nos maisons. Fatigué de la violence le matin, la violence l’après-midi, la violence la nuit. Nous sommes fatigués.

Nous sommes venus ici aujourd’hui pour vous demander de vous joindre à nous pour mettre fin à cette violence.

Nous sommes venus ici aujourd’hui pour vous demander de vous mettre à nos côtés, d’élever votre voix avec nous, de crier avec nous, d’agir avec nous. Levez-vous et agissez jusqu’à ce que nous mettions un terme au meurtre et à la mort.

Levez-vous et agissez jusqu’à ce que nous mettions un terme à la violence. Levez-vous et agissez jusqu’à ce que l’armée et les groupes armés aient posé leurs armes.

Mères, pères, frères, sœurs, filles et fils, nous sommes les Mères de cette nation.

Nous vous demandons de vous joindre à nous dès aujourd’hui et jusqu’à ce que la justice et la paix soient rétablies au Cameroun! »
Mesures à prendre

Cher/e camerounais/e
Face à cette situation, en tant que citoyens camerounais, acteurs de la société civile et acteurs politiques, nous vous demandons de vous joindre à ces femmes, de vous joindre à nous pour sauver notre Nation.

Nous devons transcender nos clivages ethno-sociaux, chapelles politiques et religieuses en évitant toute forme de division pour demeurer unis. Nous devons nous unir et défendre les droits, les principes et les valeurs fondamentales qui sont les nôtres.

Nous ne resterons pas les bras croisés devant une poignée de personnes qui violent les droits fondamentaux qui nous sont pourtant garantis par notre Constitution. Nous ne resterons pas les bras croisés à regarder nos concitoyens se faire tuer jour après jour.

Nous ne resterons pas les bras croisés devant la destruction de notre pays par une poignée de personnes égoïstes, corrompues et violentes dont le seul objectif est de rester au pouvoir.

Nous vous demandons de vous joindre à nous, pour qu’ensemble nous agissons pour :

ARRÊTER la violence, les meurtres et les assassinats!
Nous exigeons une solution à la crise dans les régions du Nord – Ouest et du Sud – Ouest. Nous voulons nous attaquer aux causes profondes qui ont permis à Boko Haram de s’implanter dans notre pays.
Nous exigeons une solution pour les enlèvements dans l’Adamaoua, au Nord et à l’Est.

La cause profonde des violents conflits observés dans l’ensemble du pays trouve sa source dans la mal gouvernance. Cette mal gouvernance ne nous a pas permis de vaincre notre passé colonial et a marginalisé la population anglophone, au point où nous avons été incapables de bâtir une véritable identité nationale et postcoloniale.

L’Armée à elle seule ne peut résoudre aucun de ces conflits à travers le pays. Nous demandons aujourd’hui que des mécanismes de cessez – le – feu et de dialogue soient mis en place immédiatement.

ARRÊTER la violation de nos droits et libertés fondamentales !

La Constitution du Cameroun nous garantit des libertés politiques, le droit à l’information, la liberté d’expression, le droit de rassemblement et le droit de manifester.

Nous ne pouvons pas permettre que ces libertés fondamentales pour lesquelles se sont battus ceux qui nous ont précédés soient anéanties aujourd’hui.

• Nous exigeons aujourd’hui que tous ceux qui ont été arrêtés alors qu’ils exerçaient leurs droits fondamentaux, soient libérés. #FreeAllArrested.

La libération de ces personnes est une mesure d’apaisement qui réduira significativement les tensions dans les régions anglophones, réduira considérablement les tensions dans l’espace politique et nous permettra d’avoir un dialogue constructif sur :

La façon de redéfinir la forme de notre État, comment reconstruire nos systèmes de justice, pour des élections crédibles et pour la démocratie dans son ensemble.

• Nous exigeons aujourd’hui que des mesures viables soient mises en place pour les plus de 15 millions de Camerounais qui font face à une sévère insécurité alimentaire, notamment :

• Un système national d’enregistrement des personnes déplacées à l’intérieur du pays, ce qui permettra de leur fournir les produits de première nécessité pour leur survie, leurs soins de santé et leur réinsertion.
• Un système permettant le retour des camerounais réfugiés au Nigéria. Leur assurer l’accès aux services sociaux de base pour leur survie, les soins de santé et la réinsertion.

•Une stratégie nationale pour garantir de la nutrition à tous ceux, victimes de conflits, qui se retrouvent dans une précarité alimentaire.

• Un Programme de soins en traumatologie, de réadaptation et de réinsertion pour toutes les personnes touchées par ces diverses crises.

Pour obtenir ces exigences, nous procéderons désormais ensemble à diverses actions non – violentes et nous demandons à toutes les Camerounaises et tous les Camerounais, ici et à l’étranger, de se joindre à nous.

Nous devons tous nous unir et sauver notre Nation.

Nous communiquerons diverses mesures au fur et à mesure qu’elles seront mises en œuvre. Cependant, il y a des choses que vous pouvez et devez faire immédiatement :

Partagez ce message à grande échelle dans les médias sociaux et médias traditionnels. Utilisez cette méthode pour défendre nos intérêts auprès des institutions africaines, des pays partenaires et des institutions multilatérales mondiales.

Alertez immédiatement si un militant ou un acteur politique est menacé par ce régime.

Ne répandez pas de fausses nouvelles ou de discours haineux et tribalistes. Les deux sont très dangereux pour notre mouvement alors que nous luttons pour nos droits.

Vérifiez vos informations avant de les publier ou de les transmettre.
Mettez – vous en noir chaque Vendredi comme premier pas pour signifier votre engagement pour la liberté, la paix, la justice et donc, la fin des crises actuelles.

Contactez-nous et joignez-vous au Mouvement.
Le Cameroun a besoin de toutes ses filles et de tous ses fils aujourd’hui !
En tant que citoyens camerounais déterminés à AGIR MAINTENANT pour mettre fin à la violence dans notre pays,
Nous exigeons de nos gouvernants, d’une part, la libération immédiate et sans conditions de tous ceux qui ont été injustement arrêtés et d’autre part, une résolution définitive du conflit opposant nos compatriotes dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest.

Ont signé :
Alice Kom
Ludovic Lado
Jean Pierre Bekolo
Société Civile
Sylvie Ndongmo, WILPF Cameroon Section
Sam Mbaka Cyrille
Chumchoua Penda
Leaders Politique
Achille Kotto, Cocitel
Jean Gènestar Priso, Cameroon Patriotic Diaspora
Philip Nanga, Un Monde Avenir
Félix Nkongho Agbor Balla, CHRDA
Jean Marc Bikolo, Dynamique des Forces Progressistes
Édith Kahbang Walla,Cameroon People’s Party
Youssouf Mefire, Stand Up For Cameroon
Élizabeth Nkwah, Mothers of the Nations
Olivier Ekoka, Mouvement AGIR.
Paul Ayah (PAP)
AFM (Association des Femmes mineurs)
Hilaire Kamga (Offre Orange)