Comment peut-on être étudiants et déserter les lieux où se croisent les intelligences scientifiques et culturelles ? Comment est-il possible d’avoir un public aussi maigre dans une cité où la moitié de la population estudiantine (environ 12000 étudiants) court après le master ou le doctorat ? Peut-on imposer à ces étudiants un quota de participation à la vie culturelle extra-universitaire ?

Après la conférence, du professeur Mars Dufumier sur les déchets biodégradables, où il y avait eu un public de 15 personnes dans la salle des conférences et des spectacles de l’Université de Dschang, quand bien même la faculté d’agronomie avait annulé les cours de cette après-midi-là afin de permettre aux étudiants de venir à la rencontre du brillant scientifique ; l’alliance franco-camerounaise de Dschang vient d’accueillir des auteurs camerounais à l’occasion de la dédicace de « Écritures émergentes & Nouvelles marges au Cameroun ». Comme jadis à l’université les étudiants chercheurs ont boycotté cette occasion d’échanger avec les panélistes et les auteurs.

Malgré les ennemis de la science et de la culture, il y a eu, jeudi 14 mars 2019, conférence dédicace de « Écritures émergentes & Nouvelles marges au Cameroun ». Cette occasion a permis aux Professeurs Pierre Fandio et Yves Abel Feze, au Docteur Alexandre T. Djimeli, à Madame Nintidem de présenter l’ouvrage collectif qui est une première dans son domaine au Cameroun, et d’échanger avec la poignée de participants dont le Professeur Fotsing Mangoua représentant le recteur de l’Université de Dschang, le professeur Tsalefac Maurice, doyen de la Faculté des lettres et sciences humaines.

De l’avis du panel, le caractère émergent ou encore l’ « émergentisme » de la littérature camerounaise de l’heure tient de son décalage par rapport aux normes classiques, du fait qu’elle sort de l’écosystème qui est supposé servir de ferment pour la faire pousser. Autrement dit, cette littérature a pour ossature la variété d’écritures, de langues, d’horizons. Il s’agit des prémices pour la consécration d’un champ littéraire camerounais.

Par la voix du professeur Robert Fotsing Mangoua, le recteur de l’université de Dschang a salué l’avènement de cet ouvrage de 300 pages. Il est porté par l’Université de Buea, mais implique des enseignants d’autres universités d’État du Cameroun dont plusieurs de Dschang. Une preuve vivante de la mobilité au cœur de l’institution universitaire camerounaise, une preuve de la mutualisation des intelligences pour mieux cerner les problèmes, un signe de la valorisation des produits de la recherche.

Mais, à qui donc ces belles fleurs dont il parle, si ce n’est avant tout aux apprentis chercheurs dans son institution? Il va falloir que ces doctorants et autres apprennent à sortir de leur chambre pour répondre aux rendez-vous à l’instar de celui-ci où un auteur comme Kemadjou Njanke Marcel, ses « racontages » émeuvent, aurait souhaité discuter avec eux. Comment va-t-il s’y prendre ? Ce recteur sur cet autre plan a du pain sur la planche.

Augustin Roger MOMOKANA