La chasse au curé

Dimanche, de bonne heure, tous les hommes du quartier se rendirent à la paroisse. Pour neutraliser le messager de Dieu. Ils sont déterminés d’en découdre avec ce prêtre qui leur cause plutôt du mal que de fortifier leur foi en Dieu.

Pendant qu’ils attendaient que le curée s’amène pour la messe quelques femmes, discrètement, s’éclipsèrent. Elles se sont rendues au presbytère pour jeter la puce à l’oreille de ce prélat qui a découvert quelque chose d’extraordinaire dans la concession de papa Djiodjio, le catéchiste qu’il a expulsé de la paroisse Saint Maximilien Kolbe.
– Mon père ! le village gronde. Il est rassemblé à la paroisse à l’heure où je vous parle. Pardon ne vous laissez pas lyncher, dit la dame de tête à Monsieur l’abbé.
– Il n’y a pas moyen de les calmer, mes enfants ? Sont-ils armés ?
– Rien à faire. Il y en a qui ont le gourdin, d’autre le domo domo, mon père.
– Merci, mes enfants. Retourner m’attendre à la paroisse car, nulle ne s’attaquera au fils de l’Homme.

Comme les deux femmes s’étaient retirées, le prêtre retourna dans la maison. Il ramassa son téléphone sur la table. Il fit quelques aller-retour, avant de composer un numéro qu’il lança :
-Tu es où ? Je t’attends au niveau de la piste derrière le presbytère. Retrouve-moi rapidement. Je dois me rendre à Baleveng. Aussitôt dit, il se dirigea vers sa chambre d’où il revient quelques minutes après portant une petite malette. Discrètement il tira la porte du presbytère et tourna la clé. Puis il disparut dans le champ.

Depuis quelques instants, un jeune homme, attendait assis sur la moto. C’est un conducteur de moto taxi. Il est venu transporter l’abbé POUOKAM Jean Baptiste pour l’aider à sortir du village. Les voilà partis.

Les hommes qui attendaient devant l’église n’ont eu qu’un bref écho du vrombissement de moto, pour se rendre compte qu’ils n’attraperont pas l’abbé. L’abbé venait se sauver. Un groupe de jeunes se rendit au presbytère. Il constata que plus âme ne vit en ce lieu. Lorsque l’information fut portée au village, chacun regagna sa concession. Triste d’avoir manqué d’écraser le gibier.

Le même dimanche, dans l’après-midi à 14heures, au milieu d’autres prêtres surveillés par quelques gendarmes, le prêtre fit son apparition au presbytère. Personne ne pouvait s’approcher de lui. Il ouvrit la porte et s’engouffra dans la maison. Seul. Quelques temps après il revint chargé de quelques effets personnels dans deux grands sacs de voyage. Il se fit Aider par un gendarme et un autre prêtre, le plus jeune; puis ils repartirent, abandonnant, une fois de plus, sa voiture de marque Toyota dans le garage. On dit qu’il est depuis lors accueilli à l’évêché, à Bafoussam.

(à suivre)