Une foule impressionnante a pris part vendredi et samedi aux obsèques de l’ancien gardien des buts des Lions Indomptables juniors du Cameroun, Ebongue Mathias. Né vers 1959, celui que le public appelait affectueusement « 10 » était décédé le 26 mars 2019 à Dschang, des suites de longue maladie.

Après la levée de corps vendredi, les obsèques samedi, à l’esplanade de la chefferie Mingmeto, ont accueilli une foule d’anciens coéquipiers et de curieux. Deux groupes se sont particulièrement fait remarquer : les anciens joueurs de l’aigle royal de Dschang (Wamba Michel, Keutcha Honoré, Alongnonmo François, Benjamin Zebaze, Dieudonné Happy) conduits par Assonken Benoît le mythique capitaine qui devint plus tard le président de l’équipe, à l’instar de Tsopgni Kopa ; et les anciens du Racing de Bafoussam sous de houlette de Tasse Dieudonné.

L’aigle royal de la Menoua quant à lui était absent. Toutefois, relevons la présence de l’ex-président Samuel Dongmo qui, à notre reporter, a justifié sa présence par le fait qu’il avait été le dernier employeur de Ebongue Mathias –il s’occupait des gardiens de buts- et la fait que les deux avaient gardé de très bons contacts. « (…) de temps en temps il m’appelait pour me faire part de ses difficultés à acheter ses médicaments. Je ne pouvais ne pas réagir, en signe de reconnaissance pour tout ce qu’il a fait pour l’Aigle et pour le football camerounais », explique-t-il.

Dans son témoignage, le chef du village Mingmeto dont le défunt est un fils s’est incliné devant le cercueil de cet illustre fils qui «a fait rayonner le nom de sa famille, de Dschang, de la Menoua, du Cameroun à travers le monde. « Les héros ne meurent pas, dit-il, car ils ont inscrit leur nom au fronton de l’histoire.» Quoi de plus merveilleux que ce vieux maillot déchiré et raccommodé accroché prés du cercueil ! Il s’agit du maillot que le talentueux gardien de buts arborait pour garder les filets de l’équipe nationale de football junior du Cameroun –Lionceaux à l’époque.

Ebongue Mathias a totalisé cinq sélections avec les Lionceaux du Cameroun avec à son actif une demi finale de la Coupe du Monde junior(1981). A l’époque, l’axe central était composé essentiellement des éléments de l’Aigle royal de Dschang : Ebongue Mathias (gardien des buts), Alongnonmo François (Stoppeur), Kingue Hermann (Libéro), Zimy Mekongue (milieu de terrain), et Wamba Michel (Avant Centre). Ils étaient tous des joueurs de El Pacha, et titulaires à l’équipe nationale junior. Ils sont médaillés d’argent à l’issue de cette compétition.

Au plan national, Ebongue Mathias a évolué au sein trois clubs : d’abord l’Aigle royal de Dschang dès 1977. Puis le Racing de Bafoussam, et enfin le Bamboutos de Mbouda. Ebongue Mathias avait rejetés les offres du Canon sportif de Yaoundé et Union de Douala. Sans doute il n’avait pas souhaité rester dans l’ombre de Thomas Nkono. De 1996 à 2012, Ebongue Mathias rentre dans le staff technique de l’Aigle royal en qualité d’entraineur des gardiens de buts.

Lors de cette cérémonie, Wamba Michel (Petit MI) a confié à note reporter que la prime olympique à Sidney était de 2000 FCFA par joueur. Elle nous était payée par un Camerounais. Par contre en Russie, on nous payait 140 Francs Français (14000 FCFA). C’est une dame russe qui nous versait notre prime chaque matin.

Une anecdote qui nous a été servie : après la coupe du monde junior, Ebongue et les autres sont approché par un agent qui veut les emballer pour une aventure professionnelle. Mais ces footballeurs ont pour seul ambition de regagner le village pour revoir leurs parents. Ainsi ils ont manqué de saisir l’opportunité de leur vie. Wamba Michel corrige. « On était arrivé à Paris. Monsieur Jean Paul Djoumessi qui était le président des Etudiant Camerounais en France. Le chef supérieur Baleveng était arrivé en France. Nous sommes allés le saluer. M. Djoumessi Jean Paul m’a sérieusement parlé. Il voulait que je reste là-bas car il allait me trouver un club professionnel. J’ai d’abord accepté sa proposition, mais dans la nuit j’ai décidé autrement. Il fallait que je retourne au Cameroun pour voir ma mère. Il m’en veut toujours pour cela.»

Assonken Benoit a saisi l’opportunité pour présenter au public l’Association des anciens de l’Aigle Royal de la Menoua (AROM). Elle intègre aussi bien les anciens joueurs que les anciens dirigeants et techniciens. Pendant leur carrière ils ont crée une famille, et ce vivre ensemble doit se poursuivre après l’aigle.

Augustin Roger MOMOKANA