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DU FOND DE SA CELLULE DE KONDENGUI, LE PRISONNIER POLITIQUE ANTOINE TAKAFO REAGIT A LA LETTRE DE MAURICE KAMTO.

Prison centrale de yaoundé, le 20 avril 2019

Takafo Antoine (entrain d'être habillé par Dr Christian Fouelefack sur notre image).

Objet: accusé de réception

Au professeur Maurice Kamto, président national du mouvement pour la renaissance du Cameroun

MONSIEUR le président,
La semaine dernière, nous, militants du MRC, arrêtés à Dschang, Douala, Bafang, Bangangté, Bafoussam, déportés et incarcérés à la prison centrale de Yaoundé, avons reçu votre message d'encouragements. En réaction à ce message, je voudrais vous dire que ce moral que nous avons, se justifie par le caractère noble de ce combat que nous avons le privilège de mener à vos cotés, vous qui avez été capable (par un discours cohérent et votre volonté manifeste de faire don de votre personne,) de mettre fin à la désaffection des camerounais vis à vis de la politique, en suscitant chez ces derniers l'envie de s'y engager. La fébrilité qu'on observe chez ceux qui nous gouvernent contre notre volonté est la preuve irréfutable que vous entrain de faire bouger les lignes. Aujourd’hui, seuls les bénéficiaires de ce système qui nous a conduit dans l'abime, sont nos adversaires. Cela est d'autant plus compréhensible que, celui qui gagne honnêtement sa vie ne peut craindre le changement de régime.

Seuls les tricheurs paniquent. Notre emprisonnement en marge des règles de l'Art s'inscrit dans cette logique: la préservation des privilèges indus. Lorsque vous placez des lampadaires à un endroit où les malfrats se retrouvent une fois la nuit tombée pour commettre des forfaits, ce n'est pas pour vous faire des amis dans leurs rangs.

Malgré les multiples atteintes à notre dignité, nous tenons bon parce que nous défendons une cause juste et les résultats profiterons aussi à certains de nos bourreaux d'aujourd'hui. Plus le péril est grand, plus doux en est le fruit. Rien de bien ni de beau ne se trouve à portée de la main. La preuve, la plus belle des fleurs c'est la rose. Pour en récolter, il faut prendre le risque de se faire piquer par les épines. Le miel a des vertus thérapeutiques. Pour le récolter, il faut affronter les abeilles. Si la libération définitive du Cameroun passe par le sacrifice de nos vies, nous ne le regretterons pas.

À l’abri du besoin, vous auriez pu, comme certains, être indifférent face aux injustices et à la gestion du Cameroun à la petite semaine par les patriotes du dimanche. Vous avez choisis de vous investir, de mouiller le maillot pour nous sortir de cette misère ambiante en prenant le contrôle de ce bateau (Cameroun) qui prend de l'eau. Cela nous vaut aujourd’hui d'être privé de liberté à l'initiative des responsables de la décrépitude de notre société.

Nos bourreaux qui se servent des magistrats (dont la plupart sont dans une logique carriériste) pour assouvir leurs ambitions de s'éterniser au pouvoir, n'échapperont pas, j'en suis convaincu, au tribunal de l'histoire, de la conscience, car les faits sont têtus et opiniâtres. La conscience est impartiale et incorruptible. Elle nous juge en tout temps et en tout lieu et ses sentences ne sont susceptibles d'aucun recours. Cette confidence d'un patient à un proche est assez évocatrice. << D'après le médecin, mes jours sont comptés. Mais ce n'est pas pour cela que je suis angoissé. Âgé de 70 ans, j'ai vécu. Le problème est que je ne trouve plus le sommeil. Ma conscience me soumet à une torture permanente à cause du mal que j'ai fais aux autres. Je n'ai malheureusement pas la possibilité de rencontrer ces personnes pour demander pardon >>. Avis à ceux qui s'y retrouvent.

Monsieur le président, lorsque la réussite est proche, les obstacles se multiplient. Nous vous sauront gré de transmettre nos salutations les plus distinguées à vos alliés.
Bon courage.

Admirablement Antoine Takafo