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TU PEUX NE PAS ME COMPRENDRE SI JE TE DIS QUE LE CAMEROUN N’A JAMAIS ÉTÉ UN ÉTAT FÉDÉRAL.

Ma personne,

Tu peux ne pas me comprendre si je te dis que le Cameroun n’a jamais été un État Fédéral. Le deal établit le 1er octobre 1961 entre le Cameroun Occidental (800.000 habitants) et la République du Cameroun (3.200.000 habitants) était une pure corruption morale. Ces effectifs, au regard de l’article 40 de la Constitution, donnaient droit respectivement à une assemblée législative de 37 députés pour le premier, et 100 députés pour le second. Évitons de retomber dans ça aujourd’hui.

J’ai lu quelque part, sur les réseaux sociaux, que « Le Cameroun a la chance d'avoir à être fédérés avant la décentralisation, qui est venue faire place au fédéralisme expérimenté pendant plus de dix (10) ans et après quarante-sept (47) ans nous voulons danser en reculant (danse bafia). »

Antoine De Padou sait très bien qu’il ne s’est jamais agi du fédéralisme, mais d’une réunification qui fait un privilégié et un défavorisé. Ahidjo avait trouvé en ce rapprochement avec les peuples anglophones une opportunité pour mater les velléités démocratiques qui bouillonnaient chez les peuples Bamiléké et Bassa.

Le fédéralisme est un système politique dont le gouvernement central ou fédéral assure la régulation des pouvoirs à lui délégués par les États Fédérés devant qui il est responsable. Ces pouvoirs sont d’ordre administratif, judiciaire, législatif, militaire. Contrairement à la décentralisation qui est un système de délégation volontaire, partielle et partiale de pouvoirs aux collectivités locales dont le contrôle est assurée par le gouvernement ou l’administration centrale.

Tu l’as sans doute compris, les États Fédérés ont un droit de contrôle absolu sur l’État Fédéral ou central qui est le fruit de leur émanation. Ce qui est le contraire en décentralisation où les individualités sont mangées par le pouvoir central qui affirme son pouvoir absolu sur les régions et les collectivités locales.

Dans l’esprit de ces définitions, le Cameroun n’a jamais été un État Fédéral. En 1961, un pacte est signé qui permet à deux entités linguistiques de cohabiter dans une espèce de cacophonie où le plus important en terme numérique est de fait le décideur. La République du Cameroun prend l’appellation « Cameroun Oriental», tandis que le Cameroun méridional dirigé par la Grande-Bretagne est baptisé « Cameroun Occidental ». Curieusement, la constitution du premier est révisée et devient la loi fédérale. Cette dernier fixe l’existence de deux Premiers Ministres, mais fait du président du Cameroun Oriental le chef de l’État Fédéral et Chef du Gouvernement Fédéral. Il nomme le Premier Ministre (issu du rang de la majorité à l’assemblée) investi par l’assemblée législative. Comment comprendre que cette constitution fixe que pour être député il faut, en plus d’être de nationalité camerounaise, être âgé de 21 ans, ne pas être frappé d’une incapacité électorale, savoir lire et écrire le français qui est la langue officielle ? Où avait-on laissé l’anglais ?
Lis un peu ça pour yaa le goût de la mafia : « (…) La Constitution ainsi révisée sera publié en français et en anglais, le texte en français faisant foi » (Article 59).

Bien plus, le Premier Ministre n’a ni le pouvoir de décréter l’état d’exception ou l’état d’urgence, ni de promulguer les lois. Ces compétences essentielles ont sont du ressort du chef de l’État fédéral. Ainsi le Premier Ministre n’est rien d’autre qu’un animateur de l’administration qui peut nommer à certaines fonctions et pas à d’autres.

Ainsi Ahidjo, qui dispose d’un « pouvoir discrétionnaire » consacré par la constitution, peut ainsi prendre sur lui de fusionner (1966) tous les partis politiques pour donner naissance à l’Union Camerounaise (UC) qu’il rebaptisera par la suite Union Nationale Camerounaise (UNC). Déjà en 1964, au nom de l’ « unité nationale » il fait arrêter et jeter en prison des partisans de l’opposition politique réunie au sein du Parti Démocrate Camerounais (PDC) vainqueur des élections. De même, il n’a pas besoin de l’avis de l’assemblée législative pour nommer les ministres conformément à la proposition du Premier Ministre ou à sa volonté.

Je te donne u gros bonbon caramel que j’ai ramassé dans la constitution de 1er septembre 1961. « Le président de la République fédérale et le Vice-président, qui ne peuvent être originaire d’un même État fédéré, sont élus sur une même liste au suffrage universel direct et secret. » Le goût dessa nooor ? Et si j’ajoute à çala que « le Président de la République nomme le premier ministre de chaque État Fédéré. Il nomme les Secrétaires d’État, membres du Gouvernement sur proposition du Premier Ministre. (Article 39) Hihihi. Et ce n’est pas tout hein. La constitution-là dit que «Si les circonstances l’exigent, le Président de la République peut dissoudre l’Assemblée législative (…) la dissolution de l’Assemblée entraine automatiquement la démission du gouvernement » (article 44). Ceci donne les pleins pouvoirs au Président de la République de se débarrasser du Premier Ministre et de le remplacer par un intérimaire.

Ma personne, dis-moi ci avec ce que tu viens de lire-là nkenkun peut venir chez toi te dire que l’affaire-là était simple. C’est comme si John Ngu Foncha là dormait avant qu’on lui a fait signer le papier nooor ?

Momokana