Décédé à Londres, en Angleterre, le 15 mai dernier de suites de longue maladie, la vie de Jean-Noël Djeukem a été célébrée par les siens samedi 29 juin 2019, à Zem-Tsinfou, dans le groupement Bafou, Commune de Nkong-Zem ; soit cinq jours seulement après son inhumation à Londres.

Une poignée de fidèles

« Jean-Noël était tout simplement un mystère (…) il était un personnage exceptionnel. Jean-Noël a eu des amis partout : dans Bafou, dans le Cameroun, dans le monde entier ».
Ce n’était pas la marrée des personnalités, comme l’on se serait attendue, de la haute société que Jean-Noël a fréquenté assidûment pendant ses 62 années de vie passées sur terre. Seul les Fosso- le père, le fils Christian, l’équipe de Kunatitude conduite par sa présidente ont cru devoir effectuer le déplacement. Pourtant ses obsèques ont été courues par l’homme ordinaire et quelques notables Bafou.

Jean-Noël, un mystère mystérieux.

De la douzaine des témoignages par les membres de la famille, les épouses et les amis, Jean-Noël Djeukem est un véritable mystère. Malgré les uns pour qui il était plutôt à ranger du côté des « gens de Douala », certains, la majorité s’est accordée sur un fait : Jean-Noël avait le cœur sur la main. Il n’aimait pas donner de son argent, à moins que ce ne fût pour une cause raisonnable. Il a aidé les gens à trouver du travail. Il a aidé certains à embrasser une carrière militaire. Un fils spirituel, actuellement à l’école, a envoyé lui dire qu’il deviendra accomplira son vœu.

Oui ! La guitare d’Oscar Mawo

Cela est vrai. Lorsque l’artiste musicien Oscar Mawo était gravement malade et que As’a Telong avait décidé de mettre en vente sa vieille guitare et le tableau de peinture de sa pochette de son album, le l’internaute qui avait demandé le retrait de cette guitare du marché, contre la somme de 40 000 FCFA, était bien Jean-Noël Djeukem. De Londres il avait fait parvenir la somme en question, parce que, avait-il dit « comment concevoir un artiste sans son instrument de travail ? » Et ce n’est qu’un pan du grand cœur. « Je ne peux compter le nombre d’étudiants à qui Jean-Noël a payé la scolarité à l’université de Dschang et même à l’université de Douala. A qui il a trouvé le travail. Il avait une relation particulière avec les enfants. Et disait quand dans leur regard on lit ce qu’ils ressentent ».

Un amoureux du patrimoine.

Lorsque vous êtes devant la maison de campagne de Jean-Noël Djeukem, un détail vous frappe aussitôt : pourquoi a-t-il incrusté un mur en briques de terre de la vieille case de sa grand-mère dans un mur en parpaings ? La réponse est simple : il avait la nostalgie de ses gens, de cette case qui lui a manqué pendant près d’un demi-siècle. Jean-Noël Djeukem n’a pas quitté son village dans la joie, comme ses amis. Il est parti à l’âge de 11 ans, déjà orphelin de père depuis l’âge de 4 ans, parce qu’il n’avait plus rien à faire ici.
Bien plus, Jean-Noël Djeukem a repris à son compte un concept de raillerie, « Dschang Kouna », pour en faire une valeur que la Menoua toute entière pourra en tirer profit. La Kunatitude est devenu tout une philosophie, un état d’esprit pour les Dschang.
« C’est un autre Dschang avec Un autre Esprit, celui d’autrefois, solidaire, entreprenant, inclusif et constructif… Je vous donne a tous rendez vous a KUNAland, Dschang chez moi en Novembre 2019. The goût of ça nooor? » Lance-t-il à l’humanité avant de s’en aller.


« J’avoue que j’ai vécu ».

L’écrivain chilien Pablo Neruda publia ses mémoires sous le titre « J’avoue que j’ai vécu ». Comme lui Jean-Noël Djeukem aura vécu. Il a « war », pour parler comme les jeunes de notre temps. Il a fait la rue à une époque qu’on ne connaissait pas la rue à Dschang. Heureusement pour lui, Madame Sauliere, ou encore Madame Centre, la directrice du Centre Climatique qui avait pris la peine de bien l’étudier résolu de l’envoyer en Europe. Jean Noël y passera plus de 30 ans avant de revenir dans son pays d’origine.

Un amour infini de ses origines.


Jean-Noel Djeukem avait la nationalité américaine, ou britannique, ou française. Il a d’ailleurs planté son arbre là-bas chez les Blancs et cet arbre a suffisamment enfoncé ses racines dans le sol. Mais il n’a pas oublié qu’un jour il rencontrera ses parents, ses ancêtres dans l’au-delà. Sa famille et ses amis ne se sont pas du tout gênés. En l’absence de ses deux premiers fils restés en Europe. Elle a fait le deuil en s’appuyant sur les arbrisseaux présents.

Faire de ses obsèques une opportunité de réconciliation.

De ce qui a été dit, Jean-Noël a battu le record de longetivité de sa mère ou de son père. Le père meurt à 36 ans, la mère à 58 ans, et lui à 62 ans. Non seulement cela, lorsqu’on vous raconte cette famille, vous versez de grosses larmes. Il y a un problème et le chef du quartier, Mo’oh Tegue a demandé à Mo’oh Teka et ses enfants de s’asseoir après le deuil, pour taire les querelles et accorder leurs violons. Ce n’est pas la seule famille qui connait des divisions.


Kunatitude : le bien est vraiment bien.

Jean-Noël Djeukem avait créé l’association Kunatitude dans l’objectif de promouvoir les valeurs culturelles de la Menoua autour du Kuna (porc).
Les Kunanais sont venus en nombre dire adieu à leur inspirateur. Non seulement ils ont fait le deuil comme ça se doit, mais aussi ils ont posé une geste en direction de la Chorale de la Paroisse de Ntsingbeu dont la chorale animait la messe de requiem. Madame le présidente Esther Fosso a remis à cette chorale une enveloppe de 30 000 FCFA pour l’achat de tambour puisqu’ils en ont exprimé le besoin. Saluant au passage la discrétion, l’humour et la générosité, l’altruisme et la résilience qui ont caractérisé cet homme qui a donné la fierté à tout un département. « Nous allons porter haut l’étendard de kunatitude, bien au-delà des frontières nationales », a témoigné la présidente, donnant rendez-vous en novembre prochain, à Dschang, pour la 2e édition du Kuna Day.

Repose en paix, PereU !

Ndi Jean-Noël Djeukem repose en paix. Il n’avait pas d’horizon. Voilà pour quoi « la terre est terre partout dans le monde entier. Que je sois enterré à Londres, aux États-Unis ou au Cameroun, la terre est terre partout». Mais sa famille, qui a vu la vidéo de son inhumation à Londres, est particulièrement fière de ce fils du pays qui s’est courbé pour ramasser un caillou ou une pierre avant que la terre ne se retourne définitivement sur le défunt. C’est cette pierre-là qu’elle attend ici au village. Pour faire comme ce frère-là connait.


Augustin Roger MOMOKANA