Déjà 135 ans que le Traité de 1884 ou encore Traité Germano-Douala a été signé entre les rois Duala et les Allemands Edouard Schmidt et Johannes Voss. Les premiers (Ndumbé Lobè Bell et Akwa Dika Mpondo) agissaient au nom des peuples autochtones, tandis que Édouard Schmidt le faisait pour la firme C. Woermann, et Johannes Voss pour le compte de Jantzen et Thormählen.

Le Traité de 1884 a donné lieu à une annexion coloniale pacifique. Mais très vite la partie allemande cesse de remplir ses obligations. Ce qui naturellement laisse s’installer un rapport de forces dont les autochtones payeront le prix que tous connaissons.

En effet, a partie allemande qui s’était engagée à payer un impôt prélevé sur l’activité économique. Cette clause qui marque l’obligation de la partie européenne cesse de remplie cette obligation en 1887. Cette rupture laisse entrevoir qu’en réalité le traité était commercial derrière laquelle se cache des velléités expansionnistes qui finiront par dévorer la souveraineté des territoires camerounais.

Nous soussignés, rois et chefs du territoire nommé Cameroun, situé le long du fleuve Cameroun, entre les fleuves Bimbia au nord et Kwakwa au sud, et jusqu’au 4° 10’, degré de longitude nord, avons aujourd’hui au cours d’une assemblée tenue en la factorerie allemande sur le rivage du roi Akwa, volontairement décidé que: Nous abandonnons totalement aujourd’hui nos droits concernant la souveraineté, la législation et l’administration de notre territoire à MM. Edouard Schmidt, agissant pour le compte de la firme C. Woermann, et Johannes Voss, agissant pour le compte de la firme Jantzen et Thormählen, tous deux à Hambourg, et commerçant depuis des années dans ces fleuves.

Nous avons transféré nos droits de souveraineté, de législation et d’administration de notre territoire aux firmes sus-mentionnés avec les réserves suivantes :
1. Le territoire ne peut être cédé à une tierce personne.
2. Tous les traités d’amitié et de commerce qui ont été conclus avec d’autres Gouvernements étrangers doivent rester pleinement valables.
3. Les terrains cultivés par nous, et les emplacements sur lesquels se trouvent des villages, doivent rester la propriété des possesseurs actuels et de leurs descendants.
4. Les péages [impôt versé par les commerçants aux monarques locaux pour l’exploitation des terres] doivent être payés annuellement, comme par le passé, aux rois et aux chefs.
5. Pendant les premiers temps de l’établissement d’une administration ici, nos coutumes locales et nos usages doivent être respectés.

L’année 1884 marque le début de la Conférence de Berlin (1884-1885) qui reconfigure les frontières des pays africains. Mettant officiellement en cause l’ « indépendance des peuplades barbares et […] leur souveraineté rudimentaires », rapporte Rodrigue Ngando Sandje, citant François de Vitoria.

Dans tous les cas, bien avant le traité de 1884, plusieurs autres traités avaient déjà été signés entre les chefs douala et les anglais. Nous pensons notamment au contrat anglo-douala du 10 juin 1840, au traité anglo-douala du 7mai 1841 et au traité anglo-douala du 29 avril 1852. Tous, tous visaient à mettre un terme à la vente et au transfert des esclaves.
Augustin Roger MOMOKANA

Source : Rodrigue Ngando Sandjè