L’association HAPPY ZILLY est engagée depuis 04 ans dans la lutte contre la pauvreté dans les zones rurales. Forte de cette expérience qui s’épaissit de jour en jour, elle se saisit de l’occasion de la tenue du Grand Dialogue National pour présenter sa proposition phare pour achever la décentralisation et améliorer les conditions de vie des populations: Transformer tous nos villages et quartiers en communes! Certains retoqueraient sûrement ces villages et quartiers appartiennent déjà à des communes. Ils ont raison. Mais pour nous, il faut aller plus plus, ces villages et quartiers doivent être des collectivités territoriales décentralisées AUTONOMES ! Et les raisons sont les suivantes :

1. RAPPROCHER L’ADMINISTRATION DES ADMINISTRÉS

Le Cameroun souffre d’un problème criard de sous-encadrement des citoyens par les agents publics. Les études économiques montrent que pour être émergent, un pays doit avoir un taux de 1 agent public pour 25 habitants, soit au moins 10% de sa population travaillant comme agent public (fonctionnaire, contractuel d’administration ou agent de collectivité territoriale décentralisée). Pour l’instant moins de 1% de la population est un agent public. C’est sûrement pour cela qu’un ancien candidat à la présidentielle en 2018, Cabral Libii, avait proposé (contre une forte adversité) que s’il était élu, dans les 5 premières années, il recruterait environ 500 000 agents publics.

Le faible encadrement de la population par les agents publics est encore plus criard dans les zones rurales et les quartiers difficiles. La gendarmerie de Nguelemendouka à l’Est du Cameroun compte en ce moment 3 gendarmes, dont un est en arrêt maladie et le commandant de brigade est à quelques mois de la retraite. La majorité d’écoles de cette commune n’ont pas d’enseignants. La mairie est l’unique centre d’État civil. Résultat : Les populations se sentent en insécurité, 80% d’enfants n’ont pas d’actes de naissance et 90% des couples n’ont pas d’actes de mariages, 75% des populations n’ont pas de cartes d’identité et de cartes électorales, 95% des villageois qui décèdent n’ont pas d’actes de décès.

Et pourtant, si chaque village se transformait en commune, ça changerait tout! Le village, ou un groupe de village ne serait plus sous la responsabilité d’un chef de village qui n’a qu’une autorité morale, mais d’un maire qui est un agent public! Un maire de proximité qui veillerait à la situation de l’état civil (acte de naissance, de mariage ou de décès) de chaque habitant qu’il connaît presque par cœur, un maire du village doté de la force publique et du pouvoir de coercition sur des questions comme l’aménagement du village, l’hygiène et la salubrité, le prélèvement fiscal, Etc… Un maire du village investit du pouvoir pour engager légalement les actions de développement de son village : Lobbying, plaidoyer, coopération, jumelage, … pour obtenir des routes, écoles, hôpitaux, aides sociales, dons, ressources humaines publiques (enseignants, personnels de santé, forces de l’ordre, Etc…).

Si par ailleurs, les 25 000 villages et quartiers du Cameroun devenaient des communes, on obtiendrait par conséquent au moins 50 000 agents publics supplémentaires, si on ne tient compte que des maires et leurs adjoints, comme nouveaux agents publics. Cela contribuerait à relever le taux d’encadrement (actuellement faible) des citoyens par les agents publics. Si on ajoute d’autres ressources humaines qui s’ajouteraient aux édiles municipaux (pour l’établissement des pièces administratives, le service social ou la police municipale, Etc…), le taux d’agents publics pourrait encore grimper. Pour le nombre d’habitants couvert par ces “petites” communes, ce n’est pas un problème. En France il existe des communes de moins de 500, voir moins de 100 habitants qui fonctionnement parfaitement. Le modèle africain de chefferie du village semble dépassé, suranné. Il faut peut être qu’on ait le courage de passer à autre chose…

2. RENFORCER LA DÉMOCRATIE

Le Cameroun compte en ce moment plus de 300 partis politiques et les élections sont toujours aussi contestées. Ça veut dire que le besoin de démocratie n’est toujours pas assouvi. A l’évidence plus la taille du corps électoral est grande (élection présidentielle, législatives), plus il est facile d’avoir des élections qui ne reflètent pas complètement la volonté du peuple. Si les villages étaient des communes indépendantes, cela améliorait la situation de la démocratie (locale) dans notre pays au moins pour 2 raisons:
– Lors d’une élection municipale, la taille du corps électoral est très petite. Toutes les voix peuvent donc facilement être identifiées et comptées et le vote mieux surveillé. Ce qui générerait moins de contestations post électorales.

– Lors d’une élection municipale, Tous les 300 partis politiques légalisés au Cameroun ont TOUTES des chances d’avoir au moins un conseiller municipal, voire gagner des mairies entières. Il suffit de se concentrer politiquement dans un village, d’y battre efficacement campagne, même avec des moyens réduits et de gagner une (petite) commune. Un petit parti (qui n’a pas une grande exposition médiatique ou un leader charismatique ou populaire) pour solliciter plus de victoires électorales et l’extension territoriale dans l’avenir, pourrait par exemple mettre en exergue son bilan élogieux à la tête d’une ou plusieurs petite(s) commune(s) dont elle a eu la charge pendant un ou plusieurs mandats.

Par ailleurs, Si les villages devenaient des communes, ce sont les maires des villages ou des groupes de villages qui constitueraient le conseil municipal des communes d’arrondissement actuelles. Et les maires des communes d’arrondissement qui constitueraient le conseil municipal des collectivités intercommunales rurales ou des communautés urbaines ou cette fois le dirigeant ne serait plus nommé par le pouvoir central, comme c’est le cas actuellement, mais élu parmi ses pairs. On pourrait donc parfaitement avoir un magistrat d’une grande agglomération intercommunale rurale ou d’une communauté urbaine qui provient d’un profond village ou d’un quartier. Ce qui renforcerait sa légitimité et ferait triompher la démocratie !

Vive le Grand Dialogue National
Vive le Cameroun!

Dr Roger Etoa

Président de l’association HAPPY ZILLY