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LE RITE DU ‘ METSAH ‘ CHEZ LES BAMILEKE.

Le Metsah' est le rite qui ouvre les funérailles d'une femme chez les Bamiléké. Précisons: les funérailles sont une fête, pas un deuil - puisque les funérailles élèvent le défunt au rang d'Ancêtre.

Le Metsah' est le rite d'ouverture des funérailles pour toute femme Bamiléké qui a été mariée. Ce rite commence souvent au coucher du soleil, vers 19 heures, un jour avant les autres cérémonies. Les amies de la défunte, les femmes du quartier, celles qui avaient connu la défunte et qui avaient à peu près son âge, vont planter dans la cour, des bananiers comme sur ces images prises à Baleveng ce weekend, et pendant la soirée, elles vont danser et chanter autour, en évoquant la place des femmes dans la société bamiléké, en évoquant les actes posés par leurs braves maris.

Il arrive souvent qu'au moment des funérailles, toutes les personnes qui étaient du clan d'âge de la défunte soient décédées; puisque les funérailles se font parfois 20 ans, 30 ans après la mort d'une personne. Dans ce cas, les successeures des femmes qui ont connu la défunte et qui étaient ses amies sont invitées à faire le rite.

Pendant le rite, les enfants de la défunte sont invités à entrer dans le cercle des femmes, près du bananier, avec une houe, et à imiter les gestes de leur maman en train de cultiver la terre.

Les chansons du Metsah' sont connues. Elles ont un ordre. Il y a des chansons pour commencer, et il y a " le chant de l'igname " par exemple, pour clôturer le rite. Les chansons du Metsah' se transmettent d'une génération à une autre. Elles évoquent le prestige d'être une femme Bamiléké; elles ne considèrent pas le travail de la terre comme une punition ou une marginalisation, puisque la femme a toujours été au centre de l'industrie et des transformations chez les Bamiléké.

Ces chansons évoquent aussi les sujets comme l'amour, l'amitié, le sexe, l'adultère etc... qu'elles célèbrent comme des actes de bravoure. Il n'y a pas d'instruments tels que les tamtams pour danser le Metsah'. C'est l'un des rares rites de la cour familiale qui n'utilise pas d'instruments particuliers. Toute l'animation est faite avec les voix des femmes. Tout le long du rite, les femmes citent la défunte, évoquent des choses qu'elle faisait, des endroits qu'elle aimait visiter, les gens qu'elle fréquentait...

Le bananier planté dans la cour sera là pendant toute la durée des funérailles et les gens danseront autour le lendemain. Lorsque les funérailles seront terminées, les femmes du Metsa'h reviendront enlever le bananier.

L'enlèvement des bananiers dans la cour d'un Bamiléké marque la FIN de toute chose pour la personne décédée. Le bananier est sa dernière présence physique au milieu des vivants. Lorsqu'on enlève le bananier, c'est pour dire que tout est fini. Que la personne a finalement traversé le voile. L'enlèvement du bananier est souvent un moment triste, surtout que le bananier est jeté la plupart du temps au bord de la route. L'enlèvement de ce bananier qui a assisté à toutes les danses des funérailles marque la fin des funérailles de cette personne.

Après les funérailles, la personne qu'on vient de 'pleurer' (oui, même si c'est une fête, les Bamiléké utilisent le terme 'Pleurer' pour désigner l'organisation des funérailles), cette personne devient un Ancêtre. Et les gens peuvent désormais adresser leurs prières à SI, Dieu, à travers cet Ancêtre. C'est un peu ce que les chrétiens appellent les saints.

Les chants du Metsah' sont festifs, guerriers, parfois tristes, mais toujours avec beaucoup d'humour. Après le rite, bien sûr, il y a le mangement - le Metsah' étant célébration de la Terre.

© Raoul DJIMELI