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Ma vie sous la Covid-19 : Témoignage de André Takou Saa, artiste.

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André Takou Saa fait partie des artistes qui font la fierté du Cameroun. Il est à la fois danseur-chorégraphe, metteur en scène, et directeur artistique de la Compagnie Mook. Il est installé à Yaoundé, mais intervient dans l’ensemble du triangle national.

Dame Corona est venue asphyxier tous mes moyens de production et d'exploitation. Du coup plus de possibilités de donner les cours, de répondre à des invitations de prestations, de mener des actions sur le terrain !!! Il faut rester à la maison. Moi qui suis habitué à aller vers autres.

De quoi encore serait fait l'aujourd'hui ? Voilà la question que me je suis posée à chaque levée du jour. En fait au bout d'une semaine je n'avais plus de réserve à la maison, pas d'argent aussi, il fallait bien pouvoir manger, et nourrir les bouches asséchées et les ventres creux. Que faire donc ? Ça été vraiment difficile. Heureusement que le boutiquier du coin nous avait ouvert un cahier.

Chaque matin on pouvait prendre du pain et pour la pitance du jour emprunter aussi quelques kilos de riz très régulièrement. Après s'être mis à son aise le matin, la meilleure des choses était de dormir puisqu'on ne pouvait aller nulle part. Et puis on cherche encore de quoi manger. La majeure partie de temps était de faire intrusion dans l'univers des autres à travers les réseaux sociaux, internet pour échanges et communication. La radio et la télévision ont aussi meublé l'espace temps. Je ne regarde généralement pas la télé, mais là n’avait pas d’autre choix que de rester scotcher devant le petit écran. Au bout de la première quinzaine de confinement, l'ennui s'est vraiment installé. Et plus tard le mal d'actions a fait que je me suis redéployé autrement en passant la plus part de mon temps à cogiter sur les projets à venir. Ainsi je me suis accommodé de la situation où j'ai commencé à développer d'autres réflexes de vie. L'instinct de survie et la capacité d'adaptation ont davantage nourri l'attitude de résilience que je vis déjà dans mon quotidien d'artiste. N'eut été un geste de cœur de deux amies, je n'aurais pu respirer à un certain moment. C'est d'ailleurs l'occasion de les témoigner toute ma gratitude. J'ai connu la faim, la soif, la maladie, le désespoir, ..... Mais aussi les instants d'espérance, de partage. Donc à chaque jour a suffi sa peine.

MON CORPS ME DÉMANGE

Comment passer trois à quatre mois sans réellement pratiquer son art dans la mesure où nous avons plus ou moins observé les règles édictées et les mesures barrières ?

Ce moment m'a vraiment permis d'écrire un nouveau spectacle pour jeunes publics : * 1 - 2 - 3 - PLANÈTE. * une autre aventure de Kocorabo et Amio. qui est déjà invité au festival FATEJ en novembre 2020. C'est vraiment une invitation à la préservation et protection de la planète y compris des humains qui y vivent. Toujours dans une approche d'un conte théâtralisée qui fait la part belle à la pluridisciplinarité.

Nous espérons au travers d'allègements des mesures barrières, nous mettre en atelier de création.

Sur un autre plan, la résidence de création qui devrait se tenir en avril à Ndjamena est repoussée à une date ultérieure a connu un travail de recherche personnelle autour de la problématique, discours, démarche artistique, documentation, exploitation des mouvements au cours de cette période. Il ne me reste plus que le temps de l'action.

Sur le plan d'éventuelles interventions pédagogiques, une bonne préparation a été faite. Puisse les occasions être offertes. Pour la professionnalisation, nous avons initié des actions de réflexion sur la condition de l'artiste et notamment son statut.

J'ai participé aussi a des téléconférences sur la danse à l'occasion de la célébration de la Journée internationale de la danse en avril sous le thème : Danse et multimédia.

Malheureusement je n'ai pas pu m'arrimer au boum du multimédia sur internet comme support d’expressions. Car ne disposant de matériels et logistique adéquat pour vendre mes services à distance.

VOUS AVEZ DIT: PERSONNES VULNÉRABLES ?

Au cours d'un échange sur les réseaux sociaux, on s'indignait tous du fait que notre secteur n'est pas pris en compte dans le programme de lutte contre le COVID-19. On a cité et mené des actions en direction des commerçants, transporteurs, hôteliers, barmen, restaurant, personnels de santé, collectivités, populations .... Mais en aucun cas une action est menée en direction des artistes. Or sachant l'état de précarité en grande majorité de ces artistes, et malgré des propositions faites à la tutelle, rien n'a été entrepris pour venir en aide aux artistes ci durement éprouvée par cette pandémie. Force est de croire que dans cette dynamique d'aide aux mesures barrière, nous sommes les damnés de la terre.

Désormais nous apprenons à vivre avec la COVID-19 qui a été révélatrice des gros mensonges sur nos conditions de vie. Ça va davantage être dur pour les praticiens de l'art. Surtout ceux que leurs disciplines ne peuvent se passer de l'apport de l'autre tels le théâtre, la danse, etc.

Comment pouvoir danser sans faire corps? Sans violer son territoire corporel ou sa kinesphère ? Nous sommes en train d'intégrer les mesures barrières en dépit de notre culturalité. Qu'adviendront nos cours de danse par exemple ? Nos concerts de musique, de danses, de théâtre ??? Oui nous aussi sommes des personnes vulnérables sur qui ont besoin d'être traité avec tous les égards.

André Takou Saa
Danseur-chorégraphe,
Metteur en scène
Directeur artistique de la Cie Mook

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