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Cameroun : 6 avril 1984, le jour où le pouvoir a failli tomber entre les mains des putschistes.

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Le 4 novembre 1982, le président de la République, Ahmadou Ahidjo annonce sa démission dans un discours surprise. Par la même occasion, il fait savoir que la passation du pouvoir à son successeur constitutionnel, Paul Biya alors Premier ministre, se fera le 6 novembre.

Ahmadou Ahidjo parti de la présidence de la République conserve le poste de président de l’Union nationale camerounaise (UNC) qui est le parti d’État.

« Le nouveau président manifeste rapidement l'intention de gouverner seul. Pendant un congé en France, Ahidjo est forcé de quitter la direction de l'Union nationale camerounaise en septembre 1983. Biya consolide ensuite son pouvoir en renvoyant son premier ministre et des membres du cabinet proches d'Ahidjo. Candidat unique à la présidentielle de 1984, il fait amender la Constitution pour abolir le poste de premier ministre. La rivalité entre Ahidjo et Biya s'accentue en février 1984 alors que ce dernier fait condamner Ahidjo à mort, avant de le gracier. »

Le 6 avril 1984, des éléments de la garde présidentielle tentent de prendre le pouvoir. Leur commandant, le Colonel Ibrahim Salé, est originaire du Nord. Des points stratégiques dont le poste national de la radio diffusion sont pris en otage par ces hommes armés. Le capitaine Guérandi Mbara, 30 ans, originaire du Nord, spécialiste de l’artillerie sol-sol formé à l’école militaire interarmées de Yaoundé prend la tête de la mutinerie en 1984.

Dans la nuit du 5 au 6 avril 1984, Yaoundé est brusquement réveillée par des coups de feu. Les télécommunications sont coupées, et, la poste national diffuse de la musique militaire en continu. Jusqu’à ce qu’un message annonce la prise de pouvoir par le mouvement «J’ose!», qui s’insurge contre le «délabrement du pays et la situation pathétique de la gestion de l’Etat du Cameroun ».

Les autres corps de l’armée restés loyaux et sous le conduite du Général Pierre Semengue interviennent, puis réussissent à rétablir la paix. L’ancien président de la république, Ahamdou Ahidjo, est pointé du doigt. Et le colonel Salé Ibrahim accusé d’avoir voulu reprendre le pouvoir aux sudistes pour le restituer aux nordistes. La journée est sanglante. Plusieurs centaines de morts sont enregistrés.

7 avril au soir, le président de la République du Cameroun, S.E.M. Paul BIYA relativise : « La responsabilité du coup d’Etat manqué est celle d’une minorité d’ambitieux assoiffés de pouvoir et non celle de telle ou telle province, encore moins celle des Camerounais de telle ou telle religion.»

Mais une chasse à l’homme est lancée. De nombreux militaires, gendarmes, policiers de rangs et du commandement, ainsi que des cadres civiles de l’Etat sont interpelés et mis aux arrêts. Des condamnations à mort sont prononcées contre des centaines d’entre eux. Ahmadou Ahidjo qui se trouve en vacances en France est condamné à mort par contumace. Comme conséquence il ne peut plus rentrer au pays. Alors il s’établit à Dakar, au Sénégal où il résidera jusqu’à la mort le 30 novembre 1989.

« Le bilan de ce putsch manqué sera lourd : 48 condamnés à mort et exécutés ; 64 détenus condamnés à plus de cinq ans ; 122 détenus condamnés à cinq ans 16 détenus condamnés à moins de cinq ans ; 38 détenus sans jugement ; 25 personnes sont mortes d’inanition sévère, sous-alimentation plus défaut total de soins ; 3 personnes sont toujours en fuite ; 2 ont vu leur peine commuée en détention temporelle. » il a été établi le 12 avril 1984, soit deux jours après la dissolution par le président Paul Biya de la garde présidentielle.

Depuis son lancement le 14 avril 2011 , année où l’amnistie a été accordée aux putschistes, le Comité pour la restitution des dépouilles des personnes fusillées ou mortes en prison dans le cadre des événements du 6 avril 1984 qui a pour porte-parole le journaliste Guibai Gatama (L’Oeil du Sahel) demande toujours la restitutions aux familles les corps des personnes mortes dans le cadre de cette insurrection neutralisée par les forces loyales.

Message lu par les putschistes le 6 avril 1984.

Bon à savoir, les ondes de la radio nationale camerounaise avaient été cryptées par le technicien. De sorte que le message n’est pas sorti de la radio.

"Camerounaises, Camerounais,

L’armée nationale vient de libérer le peuple camerounais de la bande à Biya, de leur tyrannie, de leur escroquerie, et de leur rapine incalculable. Oui, l’armée a décidé de mettre fin à la politique criminelle de cet individu contre l’unité nationale de notre cher pays. En effet, le Cameroun vient de vivre au cours de ces quinze derniers mois qu’a duré le régime Biya les heures les plus noires de son histoire. Son unité mise en péril, la paix interne troublée, sa prospérité économique compromise, la réputation nationale ternie.

Chers compatriotes,

Vous avez tous été témoins de l’horrible comédie jouée par le pouvoir défunt qui se permettait de parler de libéralisme, de démocratie, d’intégration nationale, alors que, chaque jour, son action bafouait de façon scandaleuse ces hautes valeurs. Les libertés des citoyens telles que dénoncées par la Déclaration des droits de l’homme n’étaient jamais respectées.

La Constitution était ballottée au gré des considérations de la politique politicienne. Le gouvernement et ses agents propulsés à la tête des rouages de l’Etat, agissaient avec comme pour seule devise non de servir la nation, mais de se servir. Oui, tout se passait comme s’il fallait se remplir les poches le plus rapidement possible, avant qu’il ne soit trop tard.

Et, en effet, c’était bien de cela qu’il s’agissait. Enfin, vous pouvez juger du discrédit jeté sur le Cameroun par la parodie de justice que constitue le dernier procès. Aussi, il était temps de trancher le nœud gordien. C’était aujourd’hui. Aujourd’hui, grâce à Dieu, mes chers compatriotes, le cauchemar est terminé. L’armée, sous l’impulsion de jeunes officiers et sous-officiers prêts au sacrifice suprême pour la nation, regroupés au sein du Mouvement “ J’OSE ”, entend redonner sa pleine signification à l’unité nationale et rétablir la détente et la concorde entre les citoyens.

Le peuple camerounais et son armée viennent de remporter aujourd’hui une grande victoire sur les forces du mal et cette victoire sera célébrée par l’histoire avec l’honneur qui lui est dû. Dès maintenant, le Conseil militaire supérieur est amené à prendre un certain nombre de décisions au regard de la sécurité nationale. Et le Conseil militaire supérieur demande au peuple camerounais de le comprendre. En premier lieu, les liaisons aériennes, terrestres, maritimes et les télécommunications sont suspendues jusqu’à nouvel ordre. Le couvre-feu est institué sur l’ensemble du territoire national de 19 heures à 5 heures.

Par ailleurs, la Constitution est suspendue, l’Assemblée nationale est dissoute, le gouvernement est démis ; tous les partis politiques sont suspendus ; tous les gouverneurs de provinces sont relevés et, enfin, sur le plan militaire, les officiers supérieurs exerçant le commandement d’unités opérationnelles sont déchargés de leurs fonctions. L’officier subalterne le plus ancien dans le grade de plus élevé prend le commandement.

Vive les Forces armées nationales ! Vive le Cameroun !"

Source Message:Camer.be