...
...
Responsive image

Université de Dschang – Honorable WA Mathurin Martial : Les temps forts du lancement d’une vaste campagne de restauration des Monts Bamboutos.

Spread the love

Cet article a été rédigé par Augustin Roger MOMOKANA pour le compte du journal en ligne Sinotables. Date de la mise en ligne 08 juin 2021.

Les conséquences de la dégradation de la biodiversité n’épargnent personne. Au niveau des Monts Bamboutos, le climat a changé, le château d’eau de l’Ouest se dessèche, et la production agricole connait une baisse vertigineuse. L’agroforesterie devient ainsi la solution idoine pour meubler les sols. Afin de stopper ou de limiter leur dégradation. Le bambou de Chine a cette particularité qu’il accroit l’infiltration de l’eau dans le sol et assure une prospérité économique au producteur. D’où toute l’attention accordée à l’initiative du député WA Mathurin Martial par l’Université de Dschang, l’International Bamboo and Ratan Organisation (INBAR) et le Ministère des Forêts et de la faune.

« La finalité de mon initiative est de contribuer à augmenter la durabilité des systèmes agricoles en place dans les Monts Bamboutos et ainsi des conditions de vie à long terme des populations riveraines, le tout en cherchant à préserver l’intégrité du Mont, à conserver sa biodiversité ainsi que les services écosystémiques. » L’Honorable WA Mathurin Martial est un député de la nation. Cet élu des Bamboutos est engagé dans la protection de l’environnement. Il s’agit pour lui d’intégrer le bambou de Chine aux pratiques culturales locales. De manière à doubler les revenus des producteurs, en assurant en même temps la durabilité des sols.

Avec cette initiative du député, la « Décennie des Nations Unies pour la Restauration des Ecosystèmes » a véritablement pris effet au niveau des Monts Bamboutos, arrondissement de Babadjou, département des Bamboutos, dans la région de l’Ouest Cameroun.

Le lancement samedi 5 juin 2021, Journée mondiale de l’environnement sous le thème : « Restauration des écosystèmes », d’une campagne de restauration des paysages des Monts Bamboutos participe de la volonté des parties prenantes de voler au secours de ce paysage qui représente , selon le sous-préfet de Babadjou, M. NDONGO Jean Mathieu Clément : « un important bassin hydrographique, l’un des points capitaux de la biodiversité en Afrique Centrale et de l’Ouest, la réserve des primates, des oiseaux, des amphibiens et des plantes (…) Ce projet s’inscrit en droite ligne de l’objectif n°4 de la politique camerounaise en matière des forêts et va contribuer à l’atteinte des engagements pris par le Cameroun afin de relever le défi de Born adopté à New York en 2014 lors du Sommet sur le Climat des Nations Unies et qui vise à restaurer 350 millions d’hectares d’ici 2030 ».

Exif_JPEG_420

Pour concrétiser son rêve l’Honorable WA Mathurin Martial a sollicité l’appui technique du département de Foresterie de la faculté d’Agronomie et des sciences agricoles (FASA) de l’Université de Dschang, et de l’Organisation internationale du bambou et rotin (INBAR). Cette opération a connu deux temps forts : d’abord la création d’une pépinière école suivie de l’initiation aux techniques de multiplication du bambou de Chine; et ensuite le planting de près de 500 plants de bambous de Chine dans un site situé à Bameloh, un village de Babadjou situé à plus de 2200 mètres d’altitude.

ANANFACK KENFACK Gilles Rolin est expert en bambou de Chine et Point focal du projet de Restauration des Monts Bamboutos. Il souligne l’enjeu du bambou: « Nous avons des bambous, mais nous ne savons quoi en faire. Comment donc profiter de cette ressource que la nature nous a offerte ? Grâce à l’initiative de l’Honorable WA Mathurin les populations de Babadjou sont les premiers au Cameroun qui vont apprendre à utiliser le bambou de Chine. Je peux vous dire que la ressource disponible dépasse déjà le potentiel envisagé. On a besoin de la semence, mais on n’en trouve pas. L’idée est que dans trois ou cinq ans les personnes que nous avons formées deviennent des fournisseurs de bambous. »

Pour faire concret, des élèves ingénieurs forestiers déployée par l’Université de Dschang ont sélectionné quatre variétés du bambou de Chine pour la création de la Pépinière agroforestière de Babadjou. Il s’agit du Dendrocalamus stritus, du Dendrocalamus Asper, du Bambousa Sp, et du Bambusa Vulgaris. Cette pépinière fait l’objet d’une attention particulière de l’International Bamboo and Ratan Organisation (INBAR) Afrique Centrale et du Ministère des Forêts et de la faune pour qui les enjeux de la restauration des massifs des Monts Bamboutos dépassent les préoccupations environnementales pour prendre en compte les besoins socioéconomiques des populations riveraines.

Une fois les espèces sélectionnées et le site aménagé, les experts ont lancé un appel à candidatures en direction des populations de Babadjou, en vue de la formation de pépiniéristes. L’engouement aura été tel que 64 personnes de tous âges ont bénéficié de cette formation initiale intensive de trois jours. Non seulement elles ont appris à préparer le terrain, à réaliser les bouturages, mais aussi à préparer les champs, à procéder au planting des plants et à suivre leur plantation. Un bambou de Chine pousse près d’un mètre par jour.

Sachant que pour avoir un kilogramme de semence de bambou il faut débourser jusqu’à 2 millions de francs CFA, la pépinière de Babadjou a opté pour la méthode par bouturage. Il s’agit de partir d’une tige de bambou sur laquelle on peut obtenir environ 10 boutures, desquels il serait possible d’avoir des milliers de tiges de bambous.

L’engouement la population de Babadjou, essentiellement paysanne, pour cette activité tient de sa prise de conscience de l’importance des Monts Bamboutos pour sa survie, son développement et son avenir. En s’investissant dans sa restauration, elle veut lutter contre la dégradation du couvert végétal et l’érosion des sols qui sont une réelle préoccupation dans ce paysage où l’effet de l’homme a causé des dommages inestimables aux plans des ressources hydrauliques, fauniques et végétales. En plus, les usages du bambou sont nombreux : on peut en faire des perches pour la construction de l’habitat, on peut les utiliser pour revêtir les sols, on peut les utiliser pour fabriquer des meubles, on peut les transformer pour fabriquer les portes et les fenêtres, il y en a qui l’exploitent aussi à un but médicinal, etc.

Conscient des perspectives qu’offre cette initiative « primordiale et louable qui concerne la protection de la biodiversité, la restauration du paysage forestier, la protection du bassin hydrographique et le développement socioéconomique », il est désormais évident que chaque famille de Babadjou aura sa propre plantation de bambous (bambouseraie) de Chine. Cela va de soi car, en plus de restaurer le sol, le bambou de Chine promet une portée économique indéniable à quelle que niveau que l’on veuille l’exploiter.

« Le commerce mondial du Bambou représente 60 milliards dollars US avec la Chine qui a pu capter 30 milliards et créer 8 millions d’emplois directs pour ses populations. Avec le bambou nous pouvons substituer le bois à 80% de ses applications, telles que le revêtement des sols, l’énergie renouvelable, le charbon, le textile, etc. Fort de ce constat le bambou a été identifié par l’Etat du Cameroun comme une spéculation dont la chaine de valeurs devra être relativement développée », explique M. Nkom, Directeur INBAR Afrique Centrale.

Après la mise en place de la pépinière, emphase sur la 47e Journée mondiale de l’environnement (#JME2021) avec la cérémonie de lancement de la campagne de planting de bambous de Chine sur les Monts Bamboutos. Les trois sites du village Bameloh sont entre 2130 m et 2230 m d’altitude. A cette occasion le premier site a reçu près de 500 plants. D’ailleurs le coup d’envoi de cette campagne a été donné par M. le Sous-préfet NDONGO Jean Mathieu Clément, suivi par madame la Maire TSANGUE Gisèle, de l’Honorable WA Mathurin Martial, du Professeur Alexandre DJIMELI, de M. le Directeur Afrique Central INBAR, du meilleur apprenant à l’issue de la formation des pépiniéristes. Puis la soixantaine des personnes formées et les étudiants de Niveau II de la FASA se sont mis à l’œuvre. Dans le respect de la trouaison, du piquetage préparé deux semaines plus tôt.

Au total, près de 1200 plants de bambous seront plantés sur 6 hectares. Ces bambous sont plantés de manière à être associés aux cultures vivrières.

Le professeur TCHAMBA Martin est Ingénieur général des Eaux, Forêts et Chasse, Chef de Département de Foresterie de la FASA et principale cheville ouvrière du projet initié par l’Honorable WA Mathurin Martial. Il ressort de son impériale expertise que : « Ce que avons voulu faire ici ce n’est pas des plantations de bambous en plein. Ça ne marchera pas ici où la pression foncière est trop forte. Si vous dites que vous allez faire dix hectares de bambous, vous ne trouverez aucun espace. Donc stratégiquement il s’agit d’intégrer le bambou aux pratiques culturales locales. C’est ce qu’a bien décidé de faire l’Honorable WA Mathurin. Mais sur les sommets où l’agriculture n’est pas pratiquée, sur des zones d’élevage, nous allons également introduire des bambous et pas nécessairement en plein. Parce que vous entreriez directement en conflit avec les éleveurs. Pour cela nous allons planter le bambou qui sera en harmonie avec les cultures fourragères. Nous allons leur apprendre à installer les cultures fourragères pour que ça stabilise l’élevage, pour que ça réduise les conflits avec les agriculteurs. Ce sera la prochaine étape », explique-t-il.

Devant les populations venues massivement assister au lancement de cette initiative d’une élite de la Commune , des discours ont été prononcés dont celui du maire de Babadjou, Madame TSANGUE Gisèle, Ingénieure générale des Eaux, Forêts et Chasse à la retraite, de l’honorable WA Mathurin Martial, et de Monsieur le sous-préfet de Babadjou, NDONGO Jean Mathieu Clément. Le représentant du Délégué régional du ministère des Forêts et de la faune pour l’Ouest, M. DONFACK Alain, le représentant permanent de INBAR Afrique Central, M. Nkom, et le représentant du Recteur de l’Université de Dschang, le professeur Alexandre DJIMELI ont également pris la parole.

Selon M. DONFACK Alain, l’initiative du député s’inscrit en droit ligne des objectifs de la décentralisation. A ce titre les populations, les autorités locales doivent la soutenir car, « On vit aujourd’hui et demain. On assure notre bien-être aujourd’hui et on met en place des mécanismes pour assurer le bien-être des générations futures. Pour cela chacun de nous a la responsabilité d’apporter sa pierre à la réussite de tous projets de restauration qui seront initiés dans ce massif, et particulièrement de celui de qui est mise en place par le député WA Mathurin Martial car, il est le symbole de la valeur de la décentralisation. Parce que dans ses projets de développement il a ciblé la restauration des sols, c’est dire qu’il a jugé utile que le moment était arrivé qu’on adresse cette question », soutient-il avant d’interpeller l’attention de l’Université de Dschang sur le vide juridique qui entenaille la question des paysages au Cameroun. Un appel qui mérite une attention particulière de la part de cette institution et du gouvernement si l’on veut durablement protéger nos écosystèmes.

Prenant acte de cette préoccupation le représentant du Recteur de l’Université de Dschang, le professeur Alexandre DJIMELI a décliné le slogan de cette institution. « La société est au cœur de l’Université. Chères populations de Bameloh, L’Université est avec vous, l’Université est à côté de vous, l’Université va travailler pour vous. Honorable WA, l’Université vous attend. L’Université est à vos côtés.» A la vérité, l’Université de Dschang se tient aux côtés de toutes les initiatives de développement, qu’elles soient publiques ou privées, pour lesquelles son expertise est sollicitée. Pour preuve d’innombrables travaux de recherches académiques et travaux de terrain ont été effectués sur les Monts Bamboutos dans diverses disciplines dont la sociologie, la foresterie, la botanique, la géographie, l’anthropologie, la production animale, la production agricole, etc.

Cet appel n’est pas tombé dans les oreilles des sourds. Mme TSANGUE Gisèle, la maire de la Commune de Babadjou, voudrait saisir cette main tendue de l’Université de Dschang pour mieux adresser les problèmes auxquels son territoire est confronté, notamment en termes de destruction de la végétation par les populations, de gestion de l’eau, de changements climatiques, de conflits entre agriculteurs et éleveurs, etc. Le développement durable de cette municipalité pourrait partir d’un partenariat avec l’Université de Dschang. Il serait ainsi question de « bénéficier des formations et des encadrements nécessaires dans le domaine de la foresterie », à titre d’exemple.

Pour mémoire, le bambou de Chine est une plante jadis envahissante au Mont Bamboutos. Les populations ont dû la détruire pour mettre en place des cultures maraîchères. Son retour est accueilli telle une aubaine. « Il y a moins de 50 pépinières de bambous au Cameroun, voire dans la sous-région. Et Babadjou a l’une des premières pépinières écoles qui va désormais servir de Centre de formation appliquée à la fois pour les communautés, mais aussi pour les étudiants de l’Université de Dschang qui viennent déjà ici dans le cadre de l’apprentissage. Derrière la pépinière il y a ce vaste projet de reboisement qui est mis en place dans le cadre de ce qu’on appelle les systèmes agroforestiers », soutient le professeur Martin TCHAMBA. Il souhaite d’ailleurs qu’après la formation initiale qu’ils ont acquise, quelques-uns des meilleurs pépiniéristes soient retenus pour trois semaines dans la pépinière de l’Université de Dschang où ils travailleront tous les jours aux côtés des étudiants en foresterie. Cela permettra de renforcer leurs capacités afin qu’ils deviennent de véritables porte-flambeaux de la culture du bambou. « Ainsi quand ils rentreront à Babadjou ils seront les porte-flambeaux de la culture du bambou. Ils pourront entretenir cette pépinière, la gérer sans avoir besoin de nous », précise-t-il.

Augustin Roger MOMOKANA