...
...
Responsive image

Cameroun : Comment rompre avec la crise qui oppose les hommes en tenue à la citoyen civile ?

Spread the love

Usager ou citoyen civile ? Fonctionnaire ou agent de police ?

Toute personne, auteure des exactions contre les policiers s’expose à la rigueur de l’article 156 de la loi de 2016 portant Code pénal. Le ministre de l’Administration territoriale et le Délégué générale à la sureté nationale étaient face à la presse vendredi 10 septembre 2021.

« Faudrait-il le rappeler, la police est au service de la population, plus précisément au service de tous et de chacun », a indiqué d’entrée le Ministre Paul ATANGA NJI. Dénonçant ces « ces comportements irresponsables et méprisants à l’endroit de la police ».

Cet article a été rédigé par Augustin Roger MOMOKANA pour le compte du journal en ligne Sinotables. Date de la mise en ligne 13 septembre 2021.

Le Cameroun est en passe de devenir un État où les institutions ne représentent plus rien aux yeux des populations. Les hommes en tenue ont maille à partir avec les civiles.

De nombreuses bagarres ont opposé les civiles aux hommes en tenue. L’on peut se souvenir que cette crise ne date pas d’aujourd’hui. En regardant dans le rétroviseur, l’on voir les policiers et des avocats. Tous incarnent des institutions : l’exécutif et la justice.

Puis récemment il y a eu, à Bafoussam, cette altercation entre un député et des policiers. Deux institutions encore : l’exécutif et le législatif.

Enfin au mois d’août et en début septembre des policiers et un officier de l’armée maltraités par des civiles. Comment des citoyens ordinaires ont-ils pu s’en prendre aux éléments des forces du maintien de l’ordre et de défense, au point de les violenter ?

Ce phénomène qui n’est que la traduction d’une crise de confiance entre une institution de l’Etat et le peuple devrait préoccuper davantage les gouvernants. Et le ministre de l’Administration territoriale, par ailleurs secrétaire permanent du Conseil national de sécurité a fait une sortie le 10 septembre.

En compagnie du Délégué Général à la sûreté nationale, MBARGA NGUELE, Paul ATANGA NJI a survolé la crise, focalisant son argumentaire sur le dispositif légal qui fonde la protection du fonctionnaire.

Ainsi, a-t-il tempêté, les auteurs des exactions contre les policiers s’exposent à la rigueur de l’article 156 de la loi de 2016 portant Code pénal. L’article en question ne précise pas qu’il s’agisse d’un fonctionnaire de police. Un fonctionnaire un terme générique qui désigne toute personne qui exerce une fonction publique de l’Etat.

Pour ce des instructions sont données aux « Gouverneurs de Région pour gérer les cas des personnes qui s’en prennent aux agents de police dans l’exercice de leurs fonctions », menace le ministre. Les gouverneurs de région ont-ils remplacé la justice ?

Comment reconnaitre un policier dans l’exercice de ses fonctions ? Du simple fait qu’il arbore sa tenue ? Qu’il se trouver dans l’espace publique ? Que faire si un homme en tenue vient à violente un citoyen ? Quelle disposition le gouvernement prend-il pour sensibiliser les hommes en tenue sur le fait que certaines de leurs attitudes vis-à-vis des citoyens peuvent constituer des délits punis par loi? Quel rapport le citoyen entretient-il avec les institutions qui sont ses émanations ? Comment réconcilier la police et le civil ? Que se passera-t-il si un préfet boxe son garde de corps ? Que se passera-t-il si un procureur de la république crache sur le visage de son policier ? Que se passera-t-il si un policier bouscule au sol un usager imprudent de la route ? Que se passera-t-il si un policier exige au ministre lui paie 500 francs avant de franchir la barrière de police ? Que se passe-t-il si un policier ivre s’attaque un usager de la route ? La loi ne protège-t-elle que l’homme en tenue ? Que va-t-il se passer si un fonctionnaire de la police et un fonctionnaire de l’éducation ou de la santé s’étripent ?

Cette sortie du ministre soulève tellement de questions qu’il devient compliqué de penser que le phénomène que nous décrions aujourd’hui peut cesser du fait de cette sortie. Il faudrait tout un débat sur les causes de cette rupture qui a des conséquences fâcheuses sur la cohésion sociale, le vivre-ensemble, et la paix.

En attendant, les personnes qui ont affaires aux policiers doivent saisir la « hiérarchie de la police ». Deux numéros verts ont été communiqués à toute fin utile. Ainsi, le citoyen abusé pourra appeler le 1500 ou le 1550. Nul n’a le droit de se rendre justice. Même pas le policier.

Augustin Roger MOMOKANA