Interview : « Nous disons aux parents de ne plus occuper les enfants aux travaux champêtres... » : Ymmata Fokou Aristide.

Par Sinotables 08/09/2017

Le proviseur du Lycée d'Atochi M. YMMATA FOKOU Aristide.jpg

Le proviseur du Lycée d'Atochi M. YMMATA FOKOU Aristide.jpg


Ymmata Fokou Aristide est le proviseur du Lycée d’Atochi. C’est dans le groupement Foréké-Dschang, commune de Dschang.  Notre reporter était dans son établissement lundi dernier, à l’occasion de la Rentrée scolaire 2017/2018.

Dites-moi, Monsieur le proviseur, comment s’est passé le démarrage de l’année scolaire 2018 au Lycée d’Atochi.

Bien. Merci de l’opportunité que vous nous offrez de parler du Lycée d’Atochi à vos lecteurs internautes. Comme vous pouvez le constater, la rentrée scolaire 2017/2018 est bel et bien effective dans notre structure.

Sur ce plan nous avons, dès le 28 août, pris des dispositions pour la préparation lointaine de la rentrée. Nous avons, entre autres, nettoyer le campus comme vous le constatez, nous avons repeint les tableaux en y mettant de l’ardoisine, nous avons apprêté les emplois de temps de chaque enseignant, nous avons acheté le petit matériel pour le démarrage de la rentrée. Et ce matin dès 8heures, nous avons procédé à la cérémonie de levée des couleurs au cours de laquelle nous avons sensibilisé les élèves sur l’effectivité des cours en leur rappelant que ce jour est le premier de la première séquence. Nous avons l’habitude d’évaluer après quatre à cinq semaines. Donc, aujourd’hui ils sont suffisamment avisés que l’école a effectivement commencée. Les enseignants sont là. Nous avons un taux de participation des élèves de l’ordre de 72%. Nous avons fait un tour dans les salles de classe pour compter selon les listes provisoires.

Nous avons participé, à Bafoussam,  à des réunions préparatoires de la rentrée. Le Délégué régional nous a instruits sur le thème de l’année, à savoir : « Les enseignements de seconde génération pour la formation des citoyens aptes à promouvoir le bilinguisme, le multiculturalisme et le vivre ensemble ».

Comment est-ce que vous allez implémenter le bilinguisme et le multiculturalisme dans votre établissement ?

Bien évidemment sur instruction de la haute hiérarchie les journées de mercredi sont consacrées au bilinguisme.  Nous essayons, au cours de cette journée, à communiquer en une autre langue que celle que nous adoptons pour enseigner. Et naturellement l’anglais pour ceux qui enseignent le français, et le français pour ceux qui enseignent l’anglais. C’est vrai que cela n’est pas facile, mais nous faisons des efforts pour que cela aille progressivement. Et, en plus, il y a la journée du bilinguisme au cours de laquelle nous accentuons l’apprentissage de l’anglais et du français ; et plus particulièrement l’anglais parce que nous sommes dans une zone francophone et vous comprenez bien que notre seconde langue ici c’est l’anglais. Il ne serait superfétatoire de vous rappeler que le jeu bilingue a été institué il y a quelques années et la hiérarchie nous demande de faire des efforts pour que les dix dernières minutes  de chaque cours soient consacrées au jeu bilingue. C’est difficile, mais nous ne baissons pas les bras.  Nous nous efforçons à ce que cela soit implémenté dans notre structure.

Quels sont les bons points que vous avez relevé pour cette rentrée scolaire 2018 ?

Je vais dire, pour m’en féliciter, que tout le personnel administratif est en place, que tous les enseignants qui ont déchargé leurs emplois de temps et qui devaient être là ce matin sont  là. Nous avons un taux de participation d’environ 72%, chez les élèves comme je vous l’ai dit. Vous comprenez que c’est un bon taux pour le démarrage de l’année scolaire. Les enseignants sont allés dans les salles de classe, ils ont discuté avec les élèves. Ils ont pris des contacts. Je leur ai demandé de commencer les cours afin que ceux qui sont restés à la maison comprennent qu’ils sont déjà en retard. Nous avons sensibilisé  ceux qui étaient là, parce que beaucoup vivent en famille, de dire à ceux qui n’étaient pas là qu’à partir de demain nous allons commencer avec l’appel dans les salles de classe ; et évidemment à plus de 30 heures d’absences l’élève n’est plus autorisé à fréquenter ici chez nous.

Monsieur le proviseur, tout n’est pas que rose !

Oui nous avons des difficultés c’est vrai ; notamment l’état de la route. Tout le personnel de cet établissement vit en ville, compte tenu de la proximité. Mais la route, vous êtes passé par là, la route n’est pas bonne. J’aimerais vraiment que vos images soient diffusées afin que l’on comprenne que malgré cela nous faisons des efforts pour être au poste. Nous nous battons ; et on en parlait au cours d’une réunion que nous avons tenue avec les surveillants généraux qu’il était nécessaire d’aller avec les élèves pour aménager ce qui est encore aménageable afin que nos enseignants ne soient pas découragés, surtout ceux qui sont vacataires. Que l’école trouve vraiment son rôle ici au lycée d’Atochi, malgré ces difficultés.

Et vous confirmez que cela se fera ?

Ça se fera. Nous vous le promettons.

Une autre difficulté c’est…quand vous n’avez pas la totalité des élèves, on a parfois quelques petites réticences. On se dit : « est-ce qu’il faut tout faire ? » Mais nous croyons que nous avons fait l’essentiel.

Et  que nous dites-vous, concernant les effectifs ?

Oui l’effectif ici, compte tenu des établissements qui ont été créés tout autour de nous, nos effectifs tournent autour de 250 élèves. On aura pu avoir, comme à la création de cet établissement les effectifs ont atteints 450 élèves. Donc le peu que nous avons, nous essayons de donner le maximum pour lui ; pour que les résultats soient améliorés au fur et à mesure.

Que doit-on retenir, en termes des résultats aux examens officiels ?

A l’issue de la session des examens 2017, nous sommes passés du simple au double, notamment au BEPC où nous sommes passés de 21% à 40% du taux de réussite. Au probatoire D, nous n’avions que le probatoire D, nous avons eu 10 admis sur 18 présentés. Cela nous a donné un taux de 55,55%, 30%  à la session précédente.

Quelles sont les mesures préconisées pour améliorer le score cette année ?   

Nous avons intensifié d’abord les acquis. Nous croyons que chacun de nous, dans la position qu’il occupe, s’il faisait preuve d’un maximum de professionnalisme… de cette pédagogie tant souhaitée par notre hiérarchie ;  nous entendons faire des descentes régulières dans les salles de classe. Nous allons préconiser des mesures telles que des dictées dans les 3èmes  tous les matins.

Tous les matins ?

Tous les matins. C’est faisable. Nous avons les personnels pour cela. Nous allons le faire dans le but d’améliorer le niveau de français  de nos élèves. Vous savez que nous sommes dans une zone rurale où les élèves passent  le clair de leur temps à causer en langue maternelle. D’ailleurs, nous avons fait des communiqués interdisant les communications en langue maternelle dans le campus. En développant ces stratégies-là, nous allons développer l’usage et les compétences en langue française chez nos élèves. Nous voulons que les élèves, en classe de 3ème plus précisément, aient des ressources suffisantes pour pallier aux difficultés qu’ils rencontrent en français. En mathématique, personnellement je m’engage à enseigner depuis deux ans en 3ème. Parce que je voulais connaître pour quoi le taux de réussite est bas.  Depuis l’année dernière, moi en tant chef de structure, j’ai pris en main cette classe et comme vous pouvez le constater les choses  vont en s’améliorant.

Vous arrive-t-il de rencontrer les parents d’élèves ? Quel langage leur tenez-vous par rapport à vos ambitions pour le Lycée d’Atochi ?

Nous disons aux parents de ne plus occuper les enfants aux travaux champêtres. Nous avons constaté qu’ici les élèves, quand ils rentrent de l’école, même sans se reposer immédiatement ils vont au champ.

Une autre difficulté avec les parents, et  nous allons être ferme dessus, c’est le retard dans le paiement des frais de scolarité des enfants. Parce qu’ils ont une habitude, malheureuse, d’émietter les frais de scolarité. Ça fait que régulièrement les enfants sont, parfois, mis dehors et ne reviennent que quand ils veulent.  Ce qui n’est pas bien. Au cours de la réunion de l’APEE qui est prévue le 13 septembre nous allons tout faire pour que  cet état d’esprit change.  Nous allons leur communiquer les instructions de la hiérarchie, les délais de la hiérarchie.

La collaboration avec l’APEE se passe de manière tout à fait sereine ?

Nous avons de très bonnes relations avec notre APEE. Nous négocions avec elle pour que la pédagogie passe avant. Notre délégué régional parle du P avant le F, le P comme pédagogie et le F comme finances. Nous négocions pour que l’APEE nous donne les moyens pour les cours de remise à niveau  pendant les deux congés. Nous négocions avec l’APEE pour que le campus soit toujours propre, pour que les salles de classe soient toujours propres, pour que les vacataires aient leurs salaires à temps et des salaires qui leur permettent de s’épanouir aussi. Nous n’appelons pas salaires, mais des motivations.

Pour quoi des cours de remise à niveau ?

Nous organisons des cours de remise à niveau pour mieux préparer nos enfants aux examens certificatifs. Vous allez voir qu’en ville les enfants font des cours de répétition. Ici les enfants n’ont pas cette possibilité. Ici, il n’y a pas un encadrement spécial après les cours, comme en ville où les enfants ont des répétiteurs dans presque toutes les matières. 

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA




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