Interview : « On veut prouver aux gars que c’est possible de gagner sa vie grâce à l’art » : Sévérin Mboueng.

Par Sinotables 18/09/2017

Sévérin MBOUENG est manager culturel et leader du Collectif Bantou Jeun'Art.jpg

Sévérin MBOUENG est manager culturel et leader du Collectif Bantou Jeun'Art.jpg


Un coup merveilleux se trame à Dschang qui fera date. Une bande de jeunes gens-ils sont pour le moment au nombre de 15- qui veulent entrer dans le monde de l’art par la grande porte est né ici. Sévérin Mboueng est le leader du groupe Bantou Jeun’Art. Bantou Jeun’Art est à la fois  le nom du groupe,  une vision et  la philosophie d’un groupe qui, à sa naissance il y a quelques mois seulement, a déjà un agenda très chargé: Cameroun, Gabon et pour clôturer par le MASA en Côte d’Ivoire en mars 2018. Entretien avec Sévérin Mboueng. Il est entrepreneur culturel et project manager de Bantou Jeun’Art.  Il a annoncé vendredi 15 septembre, au cours d’une conférence de presse à l’Alliance franco-camerounaise de Dschang, la sortie officielle le 21 septembre de « Emotion immortelle ». Ce sera dans la même de l’AFC. 

Monsieur Sévérin Mboueng, salut !

Salut,  Sinotables

Donnez-nous quelques éléments de votre biographie ?

Mon nom est Sévérin Mboueng. Je suis licencié en Finances et comptabilité. J’ai suivi une formation internationale qui m’a donné la possibilité d’être un project manager.  Et j’ai des attestations qui me permettent de manager des activités culturelles et artistiques. Au lieu de chercher une carrière selon mon cursus académique, j’ai décidé de vivre ma passion qui est la culture et de produire les entreprises culturelles.

Vous êtes ici dans votre première expérience, ou bien ?

Dans ce cas précis, oui.   Auparavant j’ai fait des concerts, des soirées, des mariages. Mais s’agissant de spectacle à partir d’une œuvre culturelle il faut dire que c’est mon premier coup.

Dites-nous, c’est quoi le Bantou Jeun’Art ?

Le Bantou Jeun’Art est une petite compagnie culturelle qui engage 15 jeunes artistes. En fait, comprenez Bantu comme Afrique centrale, jeun’ comme  jeunesse et art comme artistes. Donc, nous sommes un collectif de jeunes artistes originaire d’Afrique centrale.  Nous avons formulé ces trois mots pour former non seulement un groupe, mais également la philosophie de ce groupe.

Quel est l’objectif du Bantou Jeun’Art ?

Notre objectif principal c’est de créer et de produire des spectacles pour véhiculer des messages symboliques. Le premier message est véhiculé à travers le spectacle « Emotion immortelle ». A travers ce spectacle nous faisons la promotion du vivre ensemble tout en préservant le patrimoine culturel de chacun d’entre nous.  A travers chacune de nos pièces, de nos créations nous allons véhiculer un message spécifique.

Quel est le langage que vous, project manager, tenez aux membres du Bantou Jeun’Art ?

Deux langages essentiels : le premier langage que je leur tiens c’est que nous sommes tous des associés. Nous devons nous entraider, d’observer le jeu des autres parce que parfois quand les uns jouent les autres sont distraits. Je dis  non ! Il faut être ensemble pour avancer ; même si ce n’est pas vous qui faites la scène il faut être ensemble, s’observer, s’entraider, échanger les idées et les porter. Le second langage, je suis économiste, c’est celui de la rentabilité. On veut prouver aux gars que c’est possible de faire dans la culture et de gagner sa vie grâce à l’art. Ça c’est mon combat. Mon travail c’est de les encadrer, de leur donner un travail, de leur donner la possibilité de rentabiliser leur démarche. Et je pense que nous sommes sur la bonne voie.

Parlons à présent du tout premier spectacle de votre collectif. « Emotion immortelle » est une sorte de café-théâtre à l’africaine, n’est-ce pas ?

Oui. Il s’agit d’un mélange de tout. Parce que dans le spectacle on va utiliser les instruments européens. Vous avez aussi les instruments typiquement africains. Maintenant, le décor a été pensé plus africain, plus bantou. Tout au long du spectacle vous aurez la possibilité de vous rendre compte que c’est un mélange de tout. On retrouve un téléphone androïde dans une forêt. On retrouve une caméra dans une forêt. En fait c’est ce mélange de culture que nous voulons prôner. Blanc, Noir, Chinois, Jaune, donnons-nous la main et avançons. Sans pour autant devenir l’autre. Enfin vous avez de la musique, du théâtre, de la danse, le chant, la peinture, etc. Il s’agit d’un bon mélange de toutes les disciplines artistiques que nous réunissons au sein du collectif.

Qu’est-ce qui va faire la force du collectif, au regard des autres compagnies déjà connues  qui font dans le même domaine que Bantou Jeun’Art ?

Notre particularité c’est la diversité des acteurs. C’est des acteurs de compétences différentes, mais qui travaillent à se compléter. Et le deuxième élément de notre force, c’est la structuration. Il est rare de voir des entreprises culturelles qui font attention à la fois au côté économique, au côté communication, au côté artistique.  C’est souvent un micmac. Mais ici vous avez quatre départements : juridique, économique, marketing et artistique. Chaque jeune ici doit apporter un résultat optimal.

Vous déclamez que le vivre ensemble est le fonds de commerce de votre collectif, du moins pour ce qui concerne  son lancement.

Exactement. Vous savez, nous ne vivons pas en dehors de notre pays. Nous avons vu Bamenda. Nous avons vu Buea. Nous voyons ce qui se passe dans les deux régions anglophones de notre pays. Cela ne peut pas nous laisser indifférents. Moi je pense que si on réussissait à s’accepter, à vivre en harmonie malgré nos différences, ce serait une bonne chose. Et c’est ce que nous recherchons. Il faut pouvoir dire : « tu es anglophone, je suis francophone. Mais nous sommes tous Camerounais. » Etre camerounais ce doit être notre objectif de tous les jours. Cela pourrait être transposé sur un champ beaucoup plus grand. « Tu es européen. Je suis camerounais. Mais nous sommes tous des citoyens de ce monde ».

Ne seriez-vous pas des opportunistes qui cherchent à captiver de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme ?

Il faut aussi apprendre des aînés. Où serait le problème si nous sommes convaincants dans notre démarche ? Mais comme je l’ai dit plus haut, nous voulons montrer aux artistes que l’industrie culturelle est possible aussi chez nous. Pour que l’art nourrisse son homme et fasse rentrer des devises, il faut qu’il soit sérieux. Et quand nous parlons de sérieux, c’est à la fois les sujets par rapport à l’actualité, la qualité des acteurs par rapport à leur créativité et à leur compétences techniques, la gestion du collectif et la vision qu’il se projette pour l’avenir.

Vous  résumez, en quelques mots, le spectacle dont vous annoncez la sortie officielle le 21 septembre. Ce sera ici-même à l’Alliance franco-camerounaise de Dschang ?

Oui ! Dans cette même salle Manu Dibango. Le spectacle est bâti à partir de la rencontre de deux personnes de cultures différentes. Ces personnes qui, ne parlent pas la même langue, mais qui vont finir par communiquer et se comprendre grâce à la musique qui est un langage universel. Ils tombent sur les terres d’un chef  méchant qui les capturent puis les torturent. Un des personnages va réussir à trouver l’amour dans ce contexte. La suite… Nous gardons le suspense.

Rendez-vous le…

Nous donnons rendez-vous au public de Dschang le jeudi le 21 octobre 2017, à 17heures très précises, à l’Alliance franco-camerounaise de Dschang.

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA




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