Interview : « A partir de maintenant, commencez-vous aussi à rêver ! » : Dr Pierre-Marie Metangmo

Par Sinotables 16/12/2016

Dr Pierre-Marie METANGMO, président de TOCKEM à l'inauguration du Scan Water Folewi-Baletet.jpg

Dr Pierre-Marie METANGMO, président de TOCKEM à l'inauguration du Scan Water Folewi-Baletet.jpg


Tockem et Elans, deux associations sœurs viennent d’offrir de l’eau potable à plus de 7000 personnes réparties sur trois villages (Batsenglah, Baletet et Baghonto) du groupement Bafou, commune de Nkong-Zem.

Dr Pierre-Marie Metangmo est médecin et par ailleurs président de Tockem. Cette association  est  engagée, depuis plus d’une dizaine d’années,  dans l’amélioration  des conditions  de vie et du bien-être des populations. Ses domaines d'intervention sont le tourisme, l'éducation,  la santé et l'environnement. 

Notre reporter a s’est entretenu avec cet acteur de développement local,  en marche de la cérémonie d’inauguration du système Scan Water de Folewi-Baletet mardi 13 décembre 2016. Lisez plutôt !

Dr Pierre-Marie Metangmo, c’est un jour particulier pour votre association et pour vous-même, non ?

C’est un rêve qui devient une réalité. Il y a un an et demi aujourd’hui, nous étions ici pour lancer ce projet. Mais comme l’a dit le sous-préfet les promesses sont une chose, et les réalisations une autre.  Voilà le résultat que nous avons.  C’est une joie absolument immense. Donc, nous sommes heureux de savoir que ces populations-là ont de l’eau potable à Folewi, à Batsenglah, à Baletet, etc.

Vous prenez des éléments essentiels telle la terre, l’eau et le feu pour vous faire comprendre !

Quand ont fait des choses, il faut toujours se poser la question quel est le sens, quelle est la vision. Il faut regarder un peu plus loin ; voir d’où l’on vient et où on veut aller. Je ramène toujours les gens à ces choses essentielles, en disant que quand on regarde notre monde  il y a un certain nombre d’éléments qui sont essentiels et qui participent  à la symbolique et à la dynamique  de la plupart des choses.

 La terre. Souvent on dit « on naît terre et on redeviendra terre », pour montrer que la terre c’est vraiment l’origine. Et je vous ai dit, l’un des premiers projets par lesquels on est parti c’est l’agriculture.  Actuellement on fait l’agriculture bio.  On fait beaucoup de choses qui permettent de domestiquer cette terre et de faire quelle produise. 

Le deuxième élément. Beaucoup de gens parlent du feu. Le feu doit être vu comme lumière, comme éclairage. Si vous regardez une étoile, elle vous donne une direction. Le feu contribue à éduquer, à donner la lumière, à indiquer une direction, à réchauffer. Il permet de réchauffer tout ce qui est amitié, solidarité, etc. 

Et j’ai dit que le dernier et le plus important c’est l’eau. L’eau c’est la vie. Sans l’eau il n’y a pas de fertilisation. Si nous sommes entrain de promouvoir des idées nouvelles, de nouveaux comportements il est important d’y mettre un peu de l’eau.  Et je suis tellement heureux ici de pouvoir amener de l’eau qui va chasser beaucoup de maladies hydriques et permettre aux populations de féconder la plupart de leurs projets.

Pour cela vous avez tenu à saluer  et faire l’éloge de vos partenaires !

Oui cela était nécessaire. Vous savez pour faire ça ce n’est pas possible de faire avec des gens individuellement.  Au nord on a l’association ELANS qui est la structure qui dépose tous les dossiers, qui négocie. Il y a de grands partenaires financiers. On a parlé du SEDIF, de l’AIMF, de la Mairie de Paris, de Veolia pour ceux qui font les déchets. Tout à l’heure, à la chefferie, j’étais avec deux Américains. On va commencer, petit à petit, à actionner le levier américain.   On aura des partenaires qui pourront nous aider aussi à faire des choses dans la Menoua d’ici peu.

Quel est l’impact attendu de la réhabilitation du Scan Water de Folewi-Baletet ?

En fait on a une population d’à peu près 7000 habitants, on a déjà des collèges, des écoles ;  et c’est quand même grand comme population. Toute cette population a besoin d’avoir de l’eau potable. L’impact sera dans le rendement scolaire, dans la santé la réduction d’un certain nombre de maladies,  et nous espérons aussi le confort qu’on a dans les maisons.  Les mamans faisaient des distances pour descendre à la rivière chercher l’eau qui  quelque fois n’est pas potable, on espère qu’avec les bornes fontaines  et l’eau, il y aura des gens qui vont faire des branchements individuels. Pour nous c’est un jour absolument de rêve. Je suis tellement content de ce jour parce qu’on a quelque chose qui est utile aux populations. 

 L’OMS (Organisation mondiale de la santé, ndlr) peut vous le dire, ça devrait avoir même déjà un centre de santé que cette population mérite d’avoir son centre de santé. 

Vous avez opté pour la réhabilitation d’une infrastructure à l’abandon, au lieu de créer un nouveau réseau !

Voilà ! Je dis  qu’au lieu de tout le temps inventer la roue, pourquoi ne pas prendre des choses comme celles-là qui ont été faites,  ont besoin d’être maintenues et développées.  C’est pourquoi nous avons pris cette infrastructure qui a été entièrement remise en marche. On a deux projets similaires à Bafou chefferie et Baleveng. 

 A la Mairie de Penka-Michel on a un gros projet de déchets. Si on a de la chance, il sera soutenu.  Nous essayons de montrer que l’action de Tockem ne se limite pas seulement à Nkong-Zem. Les gens ne le savent pas,  j’ai choisi d’avoir notre siège dans un village symboliquement. Pour que les gens comprennent que, comme disait Julius Nyéréré, quand les gens essayent d’aller à la lune, il essaie d’aller jusqu’au village. Parce que au village se trouve une essence, des racines. C’est le point de départ. 

Arrêtons-nous un instant sur le projet de gestion des déchets avec Penka-Michel. En quoi consistera-t-il exactement, vous qui êtes déjà à Dschang pour les déchets ?

En fait, le projet de Penka-Michel est simple. C’est qu’en réalité  je peux dire qu’on a pris un peu l’exemple de Dschang. Le projet de Dschang, nous avions la chance d’avoir un très grand partenaire,  avec pratiquement le ministère de la coopération. C’est ainsi qu’on a pu avoir les gros camions à compaction, les poubelles et tout ce que vous avez pu voir. Penka-Michel, c’est modeste. On pourra faire des choses très simples. Non seulement la mairie est visée, mais aussi les élèves  et les habitants pourront apprendre des choses. On va mettre un accent sur le compostage. La transformation des déchets qu’on aura collectés, et puis pouvoir faire de l’agriculture. Ce sera quelque chose qui s’enrichira de ce que Dschang fait en ce moment, c’est-à-dire le Précopar (Pré-collecte participative, ndlr).  Pour les zones enclavées, on va leur montrer comment transformer et réutiliser leurs déchets.  On va leur apprendre à créer de la richesse à partir des déchets.  

Après la réhabilitation du système Scan Water  de Folewi-Baletet. Quel sera le prochain chantier de Tockem?

On a un certain nombre de chose sous la main.  Dans le domaine de l’éducation professionnelle, on n’a pas fait assez.  Il y a beaucoup de choses que nous critiquons. Les jeunes sont sans emploi. En réalité, pour créer des entreprises il faut d’abord créer des entrepreneurs.  En fait nous éduquons les enfants, c’est l’instruction qu’on leur donne.  On ne leur apprend pas à devenir entrepreneur. On ne leur apprend pas à saisir les opportunités.  Parce qu’un entrepreneur voit les opportunités, il les saisies et il les développe. Il prend de l’avance sur les autres et il découvre que dans telle chose, il y a des opportunités.

Et quand je parle de l’agriculture bio, actuellement beaucoup de gens ne voient pas.  Mais il faut donc des entrepreneurs pour comprendre que dans quelques années l’agriculture biologique sera quelque chose d’absolument formidable.  Autour de ça, nous pensons que développer une structure qui prendra des jeunes qui ont  déjà un bagage et qui leur dira au lieu d’aller chômer, de vous contenter des métiers comme celui de moto taximan, il serait bien de venir chez Tockem qui va vous former en entreprenariat . On espère qu’avec cette formation vous pourrez avoir des capacités de créer vous-même vos entreprises.

Ce sera dans la cadre de l’institut ou il s’agit d’un nouveau centre de formation ?

Nous pensons rattacher ça à l’institut. Beaucoup de gens racontent des choses sans avoir été formées : les guides touristiques. Quels sont les points basiques pour avoir un centre ou une structure d’accueil de touriste ? Il faut un centre où les gens peuvent apprendre ces éléments basiques. Nous voulons pouvoir mettre cela en place dans les années à venir.

Vous avez parlé de l’agriculture Biologique qui serait une  réalité à Ntingbeu. Tockem a-t-il envisagé un label maison dans le marché de Dschang ?

C’est une très bonne idée. En réalité, c’est  l’une des choses auxquelles je pense.  Mais il faut encore les travailler. C’est un appel que je fais aux jeunes ingénieurs, je n’ai pas un salaire pour les payer, mais j’ai un rêve.  On peut se mettre dans ce rêve et on va bâtir ensemble.

Quand on parle du label Tockem, il faut quelque chose qui équivaut pratiquement à une certification. C’est dire qu’en réalité, quand on dira que ce légume a été produit à Tockem  soit suffisant pour que les gens sachent qu’on a suivi toutes les caractéristiques, tous les critères, toutes les exigences nécessaires. On peut le faire. On a besoin que des jeunes voient déjà au loin l’intérêt pour cela, se joignent à nous pour qu’on le fasse. Et le marché, petit à petit, va commencer à faire confiance à Tockem.  Petit à petit cela deviendra une structure non seulement de production, mais aussi de certification des standards du biologique. 

Un message aux bénéficiaires des ouvrages hydrauliques que vous venez de faire inaugurer  par Monsieur le Sous-préfet de l’arrondissement de Nkong-Ni?

Les américains disent souvent,  « The sky is the limit ». Mais  je dirai pour ma part  que, pour ceux qui comme nous ont tellement voyagé, sont montés en haut pour regarder la terre du ciel ; je leur dit que le ciel n’est que le début. Parce qu’il y a des galaxies. L’univers est vaste. En réalité ne vous limitez jamais. Vous qui recevez cette eau, occupez-vous-en, soignez les structures, les bornes fontaines  comme une perle. Mais à partir de maintenant, commencez-vous aussi à rêver !  Dites-vous que si vos enfants vous voient vous en occuper convenablement, ils diront à leur tour que tout est possible.  Et j’espère que des gens comme moi, il y en aura des centaines qui sortiront de Batsenglah.

Nous avons constaté qu’il existe déjà des clubs hygiène dans les écoles primaires de Batsengla. Cela vous a certainement ému !

Ces enfants nous ont émus. Que leur chant, leur récitation soient reprises et que ce coin de notre terre, que l’espoir, le futur commencent à se dessiner là-bas. En regardant dans les yeux de ces enfants, je voyais ce rêve, cette joie.  Et je me suis dit qu’il ne faut jamais se décourager. Continuons ! Après l’eau il y aura autre chose.

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA




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