Interview : Guide de tourisme et guide touristique ?

Par Sinotables 03/03/2017

M. Yannick FOKAM NOULE, Guide de tourisme.jpg

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La journée du 21 février dans le monde est consacrée aux guides touristiques. Yannick Fokam Noule est guide de tourisme diplômé de l’Université de Dschang. Il a accepté de faire la différence entre un guide de tourisme et un guide touristique.

Monsieur Yannick Fokam Noule, c’est quoi un guide touristique?

Un guide touristique est un livre bien sûr, un document contenant des informations géographiques, naturelles  culturelles, sociales, économiques et même politiques, propre à une région et visant à aider le touriste ou les gens d’affaires qui souhaitent se rendre dans cette région soit pour une découverte soit pour nouer des contacts.

Vous êtes guide de tourisme !

En effet. Je suis un guide de tourisme. Et à ce titre je suis à même de remplir la même fonction qu’un guide touristique, avec cette plus-value qu’est la souplesse et l’adaptabilité qui me caractérise en tant que médiateur culturel. Le saviez-vous, le livre vous livre les informations enregistrées, tandis que l’homme que je suis module ces informations en fonction de son interlocuteur.  

Quelle est l'importance d'une journée comme celle-ci pour vous?

Il s’agit  de la journée internationale des guides touristiques et par extrapolation du guide du tourisme. On se ressemble par bien de traits.  C’est l'occasion pour le commun des mortels de connaitre qui est ce qu'on nomme guide de tourisme; quelle différence fait-on entre un guide de tourisme et un guide touristique.

Quel est l'impact du guide de tourisme sur le flux touristique vers le Cameroun ?

 dans toutes ses méandres et ses profondeurs et par ricochet l’importance économique du tourisme au Cameroun. De même, une journée comme celle-ci serait l'occasion idoine pour les décideurs de ce secteur d'accorder beaucoup plus d'importance et de considérations à ces " hommes de terrain" que sont les guides de tourisme, car ils sont en contact permanent avec le touriste (apporteur de devises) et par conséquent connaissent le mieux sur quels aspects il faudrait insister (marketing)  pour le faire revenir et aussi faire venir ses amis et connaissances

Parlez-nous du métier de guide de tourisme au Cameroun

Le guide de tourisme, sous d'autres cieux, est un ambassadeur; mais au Cameroun, il occupe la dernière place de la chaine des métiers de l’industrie du tourisme. Cela est-il anormal?

Dans un état touristiquement aussi riche que le Cameroun, on constate malheureusement que ce métier est exercé par n'importe qui. Vous verrez des mécaniciens exercer ce métier,  des chauffeurs aussi, des enseignants... Et tout ceci sans une réelle formation à la base et parfois sans autorisation.

Ils vous grignotent une bonne part de votre marché alors !

Très souvent je reçois des remarques de la part de certains chauffeurs : « tu crois que si j'ai des amis qui arrivent au Cameroun je vais faire appel à un guide? Jamais ! Moi-même je peux jouer ce rôle-là. Il suffit d'aller sur internet et apprendre tout de l'histoire, la géographie des lieux à visiter... »

Et que fait l'Etat camerounais  pour vous aider à bien exercer votre profession?

L’Etat fait comme il peut. Très souvent, suite à une plainte de touristes sur l'amateurisme de certains guides de tourisme camerounais l'État, à travers le ministère du Tourisme et des loisirs, essaye de faire des efforts. Tout d'abord, la mise en place d'une  nouvelle réglementation (loi n° 2016/006 du 18 Avril 2016 sur l'activité touristique au Cameroun) visant à aider les guides formés; de même que l'obtention de l'agrément de guide passe désormais par une audition. Seulement ces efforts restent encore très insuffisants.

Vous dites que des efforts sont faits pour éloigner les amateurs où l’on a nécessairement besoin d’une ressource humaine professionnelle. Mais cela fait-il du guide un acteur majeur du tourisme au Cameroun ? 

Il est important que le guide soit au centre, car c'est grâce à lui que les chambres d'hôtel sont remplies ; c’est grâce à lui que les restaurants sont satisfaits... C'est lui qui connait les préférences du touriste.

Le syndicat national des guides de tourisme a sa partition à jouer. Que lui soient accordés toute la considération et les moyens nécessaires pour mieux s'organiser et faire son travail.

Quelles sont les difficultés réelles que vous rencontrez dans la pratique, vous qui revendiquez le titre d'ambassadeurs du patrimoine?

La première difficulté est celle du mépris auquel nous faisons face de la part de certains protagonistes du secteur. La deuxième difficulté se rapporte aux moyens devant accompagner la mise en œuvre de certains projets (éductours). Ces moyens  sont très insuffisants, et parfois inexistants. Un autre point, le troisième, à ne pas négliger, demeure la non-prise en considération des doléances faites par ce corps de métier.

Vous parliez tantôt de certains protagonistes, à qui renvoyez-vous exactement?

Lorsque je parle du mépris, je fais référence ici à certains membres de l'administration et aux habitants. Tout ce monde faisant partie de la chaine touristique.

Comment contournez-vous ces multiples obstacles?

Pour contourner ces multiples obstacles, nous devons travailler ensemble. Certains d’entre nous le font déjà, mais une bonne majorité est encore réfractaire cet à appel. Nous devons travailler ensemble, et fixer le partenariat comme une solution très efficace.

Cela voudrait dire quoi concrètement?

Tout simplement, il s'agit de faire comprendre à l'autre que, d'une manière ou d'une autre, il est important de savoir que le monde ne peut effectivement bénéficier des retombées du tourisme que si et seulement si on agit ensemble; et chacun jouant le rôle qui est le sien.

Comment faire pour devenir guide de tourisme au Cameroun, si vous preniez votre cas pour renseigner notre lecteur?

Tout d'abord, il est important de préciser qu'un guide de tourisme ne peut être reconnu comme tel que si et seulement si il est détenteur d'un agrément dûment délivré par le ministre camerounais en charge du tourisme.

Par ailleurs, notons surtout que généralement dans cette profession on fait la différence entre le guide local, le guide régional et le guide national.

Un guide national doit être titulaire d’une licence professionnelle en tourisme, ou de tout autre diplôme professionnel de l'enseignement supérieur jugé équivalent. Par la suite, il doit solliciter un agrément  en déposant  un dossier  dont l’avis de la commission nationale est impératif pour l’obtention du titre de guide nationale du tourisme.

Le titulaire d'un BTS quant à lui, et selon les textes en vigueur au Cameroun, ne peut prétendre qu'au statut de guide régional de tourisme. Pour cela il doit constituer un dossier qu'il soumet à la commission nationale.

Le guide local, par contre, ne peut pas ou ne doit pas avoir de diplôme professionnel.  Mais il ne peut prétendre au statut  de guide de tourisme que si et seulement s’il bénéficie d'une forte expérience (preuves à l'appui) sur plusieurs années.

Le guide tourisme, dit-on, exerce une activité saisonnière. Vivez-vous de votre métier?

L'activité touristique peut être a priori considérée comme saisonnière. Mais du moment où on a des saisons hautes et basses, on peut changer d'appréciation. Supposons qu’il s’agisse d’une activité saisonnière. Si le guide de tourisme travaille correctement, avec trois sorties par an, il peut aisément vivre pendant toute une année, et ainsi mieux se préparer pour l'année suivante.

Avec trois sorties par an, vous pouvez aisément vivre pendant toute une année. Comment cela est-il possible?

Au regard du gain que je peux avoir au terme d'une sortie avec un groupe, en toute logique, si je le fait trois fois au cours de l’année, alors je n’ai rien à envier à un fonctionnaire de catégorie A.

Votre mot de fin, M. Fokam Noule ?

Le tourisme reste et demeure l'un des secteurs à même d'aider au développement d'un pays. Il est important, pour de lendemains meilleurs, que cette activité soit gérée par des professionnels en la matière et que chacun, ce qui le concerne, apporte du sien pour le rayonnement du pays à l'échelle international. Sur ce je vous remercié de l’opportunité que vous m’avez donné de m’exprimer sur ce sujet d’importance capitale.

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA




Par Sinotables 03/03/2017
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