Interview : « Nous pouvons copier ce qui est productif pour améliorer notre environnement » : Etienne TIOFACK.

Par Sinotables 25/04/2017

M. Etienne TIOFACK explique l'origine de l'initiative Batseng'La village vert.jpg

M. Etienne TIOFACK explique l'origine de l'initiative Batseng'La village vert.jpg


Etienne TIOFACK est originaire du village Batsing’La. Cet homme parcourt le monde. Et  à travers ses pérégrinations, il a découvert l’importance  que certaines civilisations accordent à l’environnement. Pour cela il a proposé l’idée de Batsing’La vert. L’idée a été favorablement accueillie et à l’occasion du Cinquantenaire du règne du chef du village  sa majesté FOSSOKENG SOLEFACK II Simon, a été lancée une opération de planting d’arbres. L’opération va durer cinq mois et consiste à planter des arbres aux bords de toutes les rues du village.

Le Député Odette MELAGA qui assistait  vendredi 21 avril 2017 à la cérémonie  du lancement des activités du Cinquantenaire  a pris la parole pour dire son émerveillement et son engagement à œuvrer, avec le maire de Nkong-Zem, pour que  l’initiative Batseng’La  vert soit dupliquée dans toute la commune.  

M. Etienne TIOFACK nous explique l’origine de son idée et nous donne la primeur d’autres idées proposées et retenues par le comité d’organisation du Cinquantenaire.

D’où vous est venue l’idée de faire de Batsing’La un village vert ?

Je vais vous le dire, en toute franchise,  que ce qui m’a animé c’est que quand je vais ailleurs notamment en Europe, je me rends compte que les rues sont bordées d’arbres. Les gens, là-bas, ne blaguent pas avec l’environnement, avec la verdure. Contrairement à eux,  ici chez nous, on détruit. J’ai rêvé, j’ai souhaité voir les rues de notre village bordées d’arbres tant ombrageux que fruitiers.

Pour quel objectif ?

L’idée principale c’est d’immortaliser l’événement, c’est-à-dire le cinquantenaire du règne de sa Majesté FOSSOKENG ; l’idée secondaire c’est de revitaliser notre village et notre environnement dans l’ensemble.

Comment vous sentez-vous en assistant à  la cérémonie de planting d’arbres à travers le village Batsing’La ?

C’est un sentiment de totale fierté. Parce qu’il  n’y a pas de raison de ne pas en être fier lorsque, dans une communauté de près de 22000 âmes, vous émettez une idée et que spontanément toute la communauté adhère à ce projet.  Il n’y a donc pas de raison de ne pas en être fier, surtout d’autant plus que le projet est communautaire.

Le député MELAGA Odette s’est engagée à faire dupliquer l’Opération Batseng’La vert dans toute la commune de Nkong-Zem. Cela est touchant, non ?

Cela fait 10 ans, aujourd’hui, que je plaide auprès des uns et des autres pour que l’eucalyptus soit remplacé dans le territoire du village par une espèce qui soit moins nocive. Et lorsque Honorable MELAGA prend la parole pour dire qu’elle va faire en sorte que Chaque naissance soit matérialisée par le planting d’un arbre, c’est très significatif. Vous savez, l’être humain doit régénérer la nature. Les êtres humains doivent régénérer l’essence  humaine à travers la préservation de l’environnement.  En vérité, les arbres viendront régénérer la nature que les gens détruisent sans ménagement.

Quels sont les différentes essences concernées par le projet ?

L’idée première était de planter des arbres qui peuvent apporter un certain décor aux ruelles de Batseng’La. De  sorte que, lorsque vous marchez dans les rues, vous ayez  de part et d’autre des arbres. Maintenant, comme on ne peut pas émettre l’idée et en être l’exécutant, c’est au comité d’organisation du Cinquantenaire qu’est revenue la mission de rechercher et de retenir les espèces ou essences  qui puissent  bien s’adapter au sol ici.  Vous savez, ici, on est en zone de montagne, et seuls les techniciens sont habilités pour savoir l’espèce appropriée. On ne peut pas prendre n’importe quelle essence.

Pour intéresser le village à mieux s’occuper des arbres plantés, le comité de développement  a annoncé le Concours du Meilleur Tronçon Vert.

Oui. Le concours vise à stimuler la préservation de l’acquis. Parce qu’il ne faudrait pas que le travail fait par toute la population soit à la longue perdu. Pour cela il faut une stimulation, il faut une émulation.  Et personnellement je suis prêt à donner ces prix.

L’expérience que vous apportez à votre village est donc quelque chose vécu ailleurs. Comment est-ce que les Camerounais peuvent-ils procéder pour s’arrimer à cette vision occidentale de l’environnement ?

J’ai copié cela, comme je vous l’ai dit plus haut, de mes voyages.  Je voudrais concourir à la préservation de la nature. Généralement quand je vais en Europe, je me rends compte que les rues non seulement sont bien construites, mais bordées d’arbres. Lorsque je vois cela je me demande si nous sommes incapables de cela chez-nous. Nous pouvons copier ce qui est productif pour améliorer notre environnement.  Cela est possible, il suffit d’avoir la volonté. Ceux qui l’ont fait ailleurs ne l’ont pas fait par un coup de baguette magique. Il s’agit d’une conviction.  En découvrant cela, je me suis dit que nous en sommes capables. Et j’ai émis l’idée chez moi. J’avais également proposé d’autres idées qui ont été retenues; et je vous en donne la primeur.

Allez-y !

Sur le plan culturel, nous devons choisir la meilleure danse du village ; Elle sera présentée lors de la clôture du Cinquantenaire. Autre chose,  le Chef du village, à l’occasion,  doit faire une parade avec toutes les personnes qui ont cinquante ans cette année.

Nous avons également prévu des prix pour stimuler la promotion de notre artisanat qui tend à disparaître.  A l’occasion du Cinquantenaire, des efforts sont entrepris pour revitaliser notre artisanat, notamment les paniers, les sacs, les chapeaux, etc.  Des prix sont prévus pour tout cela.

Batseng’La  se pose  deux défis : d’un côté les enjeux de la préservation de l’environnement et de l’autre les enjeux de revitalisation de l’artisanat. C’est un grand défi  dans la perspective de l’avenir de générations futures !

 La première chose que nous devons savoir c’est que la nature dans laquelle nous vivons doit être préservée. Elle est sacrée. Nous devons vivre en harmonie avec la nature, et comme je l’ai dit dans mon intervention, il y a des cours d’eau, nos ruisseaux  qui ont disparu parce que les gens ont coupé les arbres, détruisent les raphiales. Le problème du réchauffement climatique  ne se vit pas seulement ailleurs, il se vit  également chez nous. Dans nos plantations certaines cultures ne sont plus possibles. Les sols ont été appauvris du fait de la mauvaise gestion de l’environnement.

La deuxième chose, du côté artisanat, c’est que nous sommes entrain de perdre nos racines de manière totale. Aujourd’hui nous constatons que les produits fabriqués par nos parents ont disparu au profit des produits industriels. Vous allez vous rendre compte que les greniers jadis utilisés sont délaissés au profit de quoi je ne sais. Les sacs  en fibres, malgré leur beauté ont été délaissés au profit des sacs manufacturés.

Par ailleurs on parle de bio, mais de plus en plus on s’écarte de l’agriculture biologique véritable.  Vous comprenez donc que si nous préservons la nature, on peut revenir à cette culture du  bio. Si nous nous réapproprions notre artisanat, nous allons faire des économies sur nos dépenses.

Les gens détruisent les raphiales pour l’agriculture maraîchère.

Les gens s’amusent à détruire les raphiales au profit de la culture des maraîchers.  Je me réjouis cependant de l’existence dans ce village d’un projet de régénération de raphiales. L’existence des raphiales contribue à préserver le climat et à produire des richesses que beaucoup de personnes n’imaginent pas. Les ruisseaux ont disparu au profit des puits et des forages. Mais ce que je peux dire c’est que ces puits d’eau, ces  forages ne sont pas aussi potables que nos ruisseaux qui coulaient dans les raphiales. Allez voir dans les zones qui ont protégé leurs raphiales et vous comprendrez de quoi je parle.

Il vous arrive encore aujourd’hui d’avoir de la nostalgie des ruisseaux qui ont bercé votre enfance ?

Cela m’arrive, surtout quand je suis en présence d’une eau qui  ne répond pas aux qualités d’une eau de boisson. Je vais vous dire, le fait de détruire les raphiales au profit du maraîchage relève de l’égoïsme des hommes. Nous devons, si cela est possible, de remettre les raphiales.

Dans certaines localités du département des Bamboutos, vous avez les raphiales partout, y compris sur les montagnes. Cela se comprend. Les raphiales ne sont pas nuisibles. Ce sont des sources de productions économiques. Je n’ai pas voulu être encombrant en parlant des arbres et des raphiales en même temps.

Et quel message aux jeunes ou à toute personne qui, comme vous, pourrait avoir des idées pour faire avancer leur communauté ?

Ce que je peux dire, c’est que la jeunesse, sincèrement, doit travailler. Les gens ne doivent pas être égoïstes. Les gens ne doivent pas être égoïstes quant à proposer des idées car, tout projet naît d’une idée. C’est l’idée qui devient projet. Qu’elles soient bonnes ou mauvaises, il faut les émettre. Parfois vous croyez que votre idée est farfelue, pourtant il suffit de la retourner pour qu’elle devienne géniale. Les êtres humains n’émergent que des idées. Aujourd’hui, vous le constaté tout comme moi, je suis honoré de constater qu’une idée que j’ai émise  a fédéré tout le peuple Batsing’La. Pourquoi donc ne pas encourager les jeunes à émettre des idées pour la construction de leur communauté ou milieu !

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA

 




Par Sinotables 25/04/2017
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