Interview : « C’est très important de confronter son travail aux autres, pour savoir si on avance, si on recule ou si on est stable » : Joseph BANEM BIYONG

Par Sinotables 02/05/2017

Joseph  BANEM BIYONG, artiste peintre.jpg

Joseph BANEM BIYONG, artiste peintre.jpg


Prix de Meilleur Portraitiste national en 2003, Prix Engelbert MVENG pour la Jeunesse en 2004,  Prix GUINNESS Arts 2004,  Joseph BANEM BIYONG  plus connu pour son travail est sérigraphe (Servo Star) est pourtant un artiste peintre de grande réputation. Ses fresques murales dans les églises, les places publiques et les résidences,  et ses portraits en disent long sur le talent de celui qui a failli devenir mannequin.

Dans la cadre de la 131ème  édition de la Fête Internationale du Travail, notre journal est allé à sa rencontre. Notre reporter l’a rencontré dans son atelier de Mokolo, en face de SOREPCO. Joseph BANEM BIYON ; Avec lui nous parle de son travail, du métier de sérigraphe et de la politique gouvernementale en matière de la promotion des arts.

 

Cet entretien se tient à l’occasion de la fête du travail. Vos acticités de sérigraphe sont-elles prospères, Monsieur BANEM BIYONG ?

Ce que je peux dire s’agissant aux activités liées au 1er mai, c’est qu’au fil des ans, l’effervescence qu’on avait sur les commandes pour le 1er mai diminue. Avant on pouvait enregistrer 40 à 100 clients. Il y avait de grandes commandes ; ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. C’est rare de voir un cleint qui vous passe la commande de 500 tee shirt.

Comment expliquez-vous cette baisse de commandes ?

Je ne peux pas vous donner une explication standard. Mais peut-être c’est parce que les temps sont de plus en plus durs. Les petites  entreprises ne peuvent se permettre  le luxe de faire leur publicité à l’occasion de la fête du travail. De l’autre côté il y a que les grandes entreprises choisissent le pagne qu’elles trouvent plus luxueux, je ne peux pas le dire avec exactitude. Certaines entreprises ont abandonné la publicité pour se contenter des espaces  que leur offrent les médias.

A vous entendre nous avons envie de vous demander de nous dire si la sérigraphie nourrit son homme.

La sérigraphie est devenue vulgaire. Avec l’arrivée des nouvelles technologies n’importe qui peut faire de la sérigraphie. Avec des infographes qui s’installent de part et d’autre, il n’est plus question de talent pour être sérigraphe. Il suffit de passer chez l’infographe pour monter ses propres maquettes.  Et puis, il y a aussi des impressions numériques. Ce qui fait que quelqu’un peut partir du quartier pour un studio  numérique pour faire ses travaux, sans passer par un atelier de sérigraphie.

Comment vivez-vous donc, dès lors que ça ne marche plus ?

Bon mais quand on n’a pas autre chose à faire, on  est obligé de faire avec le peu que  nous gagnons de temps en temps. Le sérigraphe n’imprime pas seulement les tees shirt. Il réalise les panneaux publicitaires, les banderoles. Et tout cela se fait aujourd’hui dans les studios d’infographie. Ceux des infographes qui ont les moyens de s’offrir de grandes machines sont  à l’honneur. Nos voisins ne nous sollicitent plus, ils préfèrent les infographes. Ils vont là où nous même allons faire certains de nos travaux.  Ce n’est pas n’importe quel sérigraphe qui peut s’offrir le luxe d’acheter une machine à 12 millions de francs.

C’est dire que le métier de sérigraphe est appelé  à disparaître !

Déjà la sérigraphie artisanale n’existe plus.  Si  vous observez bien les plaques publicitaires affichées  dans les rues, vous conviendrez  avec moi que 80% sont numériques. Cela fait huit ans que je n’ai plus exécuté de banderoles selon la technique traditionnelle ou artisanale, c’est-à-dire avec le tampon et la peinture. Dès que j’ai une commande, je fais le montage et je vais faire flasher le reste chez l’infographe. La sérigraphie traditionnelle a fait son temps et est entrain de disparaître.

Mais en ce qui me concerne, en dehors de la sérigraphie, je suis portraitiste. Je ne suis pas seulement un portraitiste, je suis un bon portraitiste. J’ai remporté en 2003, vous le savez, le Prix du Meilleur Portrait du Chef de l’Etat.  Mais également je suis un artiste peintre et en dehors de ça je suis un paysagiste. Je fais des fresques et actuellement je suis entrain de décorer la chapelle de Nkolbisson. Je fais des fresques murales, je fais des décors staffs, c’est-à-dire les faux ciels, des faux marbres.  C’est vous dire que je ne me plains pas trop quand la sérigraphie ne se porte pas bien.

Dites-nous, comment est-ce que vous concevez les motifs qui vont servir à réaliser des fresques dans les chapelles ?

Que ce soit dans les chapelles, les lieux publics ou privés, il arrive que je fasse des propositions ; mais il arrive, pour les chapelles, qu’on me donne des thèmes que j’essaie de matérialiser. Si je prends le cas d’une église catholique, ce n’est pas souvent difficile. On va généralement vous demander de réaliser la sainte famille, la sainte scène, Marie, Joseph, Jésus. Il y a d’autres scènes bibliques qu’on va vous demander de représenter. Moïse, le berger,  Abraham, David, etc.  Ce n’est pas difficile. Dans les résidences privés vous pouvez avoir à ressortir les portraits des parents, les enfants, de la famille, des scènes de vie de cette famille, des paysages particulièrement aimé par la famille, mais il y a également des thèmes philosophiques, religieux qu’on associe pour sortir un décor, etc. Dans tous les cas, on réussit à concevoir quelque chose  de bien à partir d’un thème donné.

Vous avez parlé des chapelles et des résidences privées. Qu’en est-il des palais royaux ?

Je n’ai pas encore une à travailler directement pour une chefferie traditionnelle. Mais il m’arrive d’exécuter des commandes passées par des notables. Ce sont des tableaux à connotation traditionnelle. Dans ces autres cas ils donnent le thème et on essaye de trouver ensembles les différents éléments qu’il faut mettre ensemble pour réaliser la commande.

Je serais très honoré, d’ailleurs, si on m’invitait à travailler dans le cadre d’une chefferie traditionnelle ou d’un palais royal. Cela me permettrait non seulement de satisfaire à leurs attentes, mais également d’apprendre sur les cultures et les chefferies traditionnelles.

En quelques phrases, faisons le tour de votre carrière.

Déjà, je me retrouve dans le dessin sans savoir par où j’entre. Parce que je me rends simplement compte que je suis dessinateur. Je dessinais les modèles de coiffure que je proposais aux salons de coiffure.  Un monsieur qui aimait l’art est allé se coiffer dans un salon où il a découvert et aimé mes dessins. Il s’est battu pour me retrouver, parce qu’au bas de la page de chacun de mes dessins je situais mon petit atelier de sérigraphie. Ce monsieur, ELOUNDOU André, me rencontre et me parle des expositions. Il m’emmène à une exposition dans une galerie qu’on appelait Galerie Moyo. Je me rends compte que les choses exposées ne m’étaient pas étranges.  Ce n’étaient pas des choses que je ne pouvais pas faire. Et à la suite de cette exposition on avait parlé de la sélection d’artistes en vue d’une autre exposition à laquelle ce grand-frère m’a demandé de participer.  Je n’avais jamais ni tendu de toile ni peins sur une toile. Je n’avais jamais vu une toile de près. Et c’est comme ça que je décide de tendre quatre toiles que je vais proposer à cette sélection. Je ne sais pas si c’est par coup de chance, les quatre toiles ont été retenues pour l’exposition au Hilton Hôtel. C’était en 1996 ; Et pendant cette exposition j’ai eu à vendre une toile, et une autre a été vendue  après l’exposition.

A combien ?

Le premier tableau, 60 X 45 cm, vendu au cours de l’exposition est parti contre la somme de 80 000 Francs.  Et celui qu’on est venu chercher au quartier l’a été à 50 000 Francs. Les deux tableaux avaient les mêmes dimensions. Et du coup j’ai commencé à être intéressé, je participais à des expositions par-ci, à des festivals  par-là. Je suis même allé avec un certain TARMS MOMOKANA au Festival National des Arts et de la Culture (FESTAC) à Ebolowa  en 1998. On y a connu toutes sortes de galères. C’était difficile ; vraiment très difficile (éclats de rire). Après ce FNAC j’ai continué avec la peinture et à partir d’un moment j’ai commencé à participer à des concours.

En 2003, par exemple, j’ai remporté le Prix de meilleur Portraitiste national. C’était lors du 21e anniversaire du Renouveau. Sur les 209 candidats enregistrés, j’étais le premier parmi les trois retenus.  Par la suite j’ai eu, en mars 2004, le Prix Engelbert Nveng pour la Jeunesse. La même année j’ai remporté le  Prix GUINNESS Arts.

Ces prix ont changé votre vie !

Un million, 2 millions, 500 milles. Bon ça te permet de savoir situer ton travail par rapport aux  autres artistes. Ce qui est le plus important. C’est très important de confronter son travail aux autres. Ça ne sert à rien d’estimer qu’on est fort si on ne se frotte pas  aux autres. Il faut se frotter aux autres pour savoir à quel niveau on est avec son travail. Pour dire que l’argent n’est pas le plus important quand on participe à une compétition. Le plus important c’est de savoir si on avance, si on recule ou si on est stable.

A un moment vous vous plaigniez de ce que vous n’avez pas perçu l’argent qui vous était destiné en tant que vainqueur d’un concours.

Mais on a affaire aux hommes. Et on est dans un pays où malheureusement on ne reconnaît pas le travail artistique. Quand par exemple vous remportez un prix de 5 millions et que les gens qui sont dans les bureaux là estiment qu’un va nu pied comme vous…On va prendre un paquet de 5 millions et lui donner pour un truc qu’il a fait en une seule journée, en deux jours ou en une semaine. Ils ne connaissent pas la valeur. On va prendre 5 millions pour lui remettre, pour eux ça ne sonne  pas bien dans la tête. L’art, surtout l’art plastique est négligé, peut-être méconnu dans notre pays. C’est un prix que j’ai remporté. Maintenant pour me remettre de l’argent on m’a fait signer des documents. On m’a dit « on reconnait vous avez remporté le concours. On va vous appeler d’un moment à l’autre. Ne vous en faites pas. Votre dossier on le suit. Et finalement… est-ce que vous pensez qu’on va rentrer deux ans en arrière, Monsieur ? Bon vous n’avez qu’à faire une requête.  C’est comme ça que ça se passe. » Et puis finalement je n’ai rien reçu. 

Quel regard jetez-vous sur la gestion des artistes par le ministre  des arts et de la culture en poste ?

Le ministre en poste, je ne me suis pas encore personnellement frotté à lui. A mon avis il ne vient pas de loin. Il vient de la même maison. Il sort du même moule.  Et donc, les mêmes causes produisant les mêmes effets, je me dis que… Mais quand OYONO était venu tout le monde était content. Je me souviens, j’étais encore jeune et on disait voilà enfin un artiste qui va bien s’occuper de la culture et des artistes. Et puis le rêve n’a pas duré très longtemps. Mais il faut quand même reconnaitre que par rapport à celle qui a suivi (Ama TUTU MUNA, ndlr), OYONO avait beaucoup travaillé. Parce que celle qui est venue là, pour moi, elle n’a rien fait du tout. Le peu qu’elle a fait c’était pour gâter ce qui avait été fait avant elle. Le peu qu’elle a fait c’était pour saboter et pour insulter les artistes et l’art au Cameroun.  Celui qui est là est venu comme un soulagement. Mais personnellement je n’ai encore rien vu d’étrange dans tout ce qu’il a fait jusqu’ici. Le peu d’activités qu’il a organisé, je l’ai vu s’ériger en artiste. Il a dirigé lui-même les choses. Il a choisi qui il voulait. Pas de sélection. Rien et peut-être de cette manière les choses iront mieux. Il n’a rien organisé de spécial depuis qu’il est là, sauf aller de festivals en festival pour être vu à la télé.  Apparemment, on voit qu’il est entrain de revoir le statut des artistes. Il a fait les listes nationales. On se dit que d’un moment à l’autre les choses vont changer dans le sens positif. C’est ce que nous espérons tous et prions d’ailleurs dans ce sens.

Avez-vous une exposition en vue ?

Exposition d’art au pays…Nous sommes dans un pays où l’on ne parle pas d’œuvre d’art ; dans un pays qui n’a pas de musée véritable. Dans un pays où  quand on parle de l’art on voit directement un musicien. Mais nous autres artistes peintres ne renonçons pas face à cette ignorance généralisée. Nous peignons toujours. Mais si nous le faisons, c’est avant tout par passion, par amour. Ce n’est pas pour espérer gagner quelque chose.

J’ai une exposition en vue. Pour parler de mes 25 ans de carrière. Et ça se veut une grande exposition. Dans deux ans et pas plus. Je suis entrain de me préparer en vue de cela. Mais il faut aussi reconnaître que j’ai une famille aujourd’hui. Une femme et des enfants qu’il faut entretenir. Donc,  ça ne va pas vite, mais ça doit se passer quand même.

Parlez-nous de la fonction de l’art dans la société, vous qui reprochez aux Camerounais de ne pas le reconnaître.

L’une des fonctions essentielles de l’art, c’est de conserver, pérenniser, faire en sorte qu’on n’oublie pas. Qu’on n’oublie pas nos origines, qu’on n’oublie pas la vie passée, qu’on n’oublie pas notre histoire. Je pense que c’est d’abord ça ; et ensuite l’art consiste, pour chaque artiste d’exprimer sa façon de voir le monde, d’exprimer ce qu’il a au fond de lui, ce qu’il ressent au fond de lui, par rapport à la société dans laquelle il vit. Enfin, l’art consiste à sortir ce qu’il y a de plus beau en nous, ressortir ce qu’il y a de plus divin à l’intérieur de chacun de nous et dans notre société. Je crois que ces trois perspectives sont fondamentales pour parler de l’art dans une société. C’est-à-dire notre histoire, notre façon de voir  les choses, ce qu’il y a de plus beau et de divin en chacun de nous et dans la société. 

Comment, en tant que chef d’entreprise, avez-vous préparé la Fête de travail ?

La première fonction de mon entreprise consiste à faire la publicité des autres.  Mon souhait c’est que toutes les entreprises viennent me contacter pour faire leur publicité sous forme  de tee shirt, de polo, de casquettes, de gadgets publicitaires. Voilà ! C’est ça qui va faire la force de ma propre entreprise.  Je me  suis préparé les tees shirt et j’attends les commandes. J’ai même peur que je reste coincé là avec tous ces supports. Ça ne va pas. 

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA




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