Interview : « La gestion de la mine ne doit pas nous conduire où la gestion des mines a conduit la République démocratique du Congo » : Fotie Lélé

Par Sinotables 19/05/2017

M. Fotié Lélé Rodrique, Ingénieur géologue.jpg

M. Fotié Lélé Rodrique, Ingénieur géologue.jpg


Rodrigue Fotie Lélé est ingénieur géologue. Il est le leader d’une organisation de la société civile basée à Bafoussam. C’est à ce titre qu’il a pris part le 17 mai 2017, en tant membre du panel, à la Grande Conférence mensuelle organisée par l’Université de Dschang sur « L’exploitation minière au Cameroun : état des savoirs, enjeux techniques pour le développement des projets structurants ». M. Fotié Lélé revient sur les conditions pour une exploitation utile des mines au Cameroun, et sur l’importance des mines sur l’atteinte de l’émergence à l’horizon 2017.

Que doit-on retenir de votre intervention  qui a porté sur « Les perspectives du développement  du secteur minier  pour la réalisation des projets structurants  au Cameroun » ?

Ce que l’on peut retenir de mon exposé c’est que, globalement, les mines ont développé les pays comme le Canada et l’Australie. La mine a créé des guerres au Libéria, en République démocratique du Congo. Tout simplement parce que d’un côté on a maitrisé la mine et de l’autre on  n’a pas maitrisé la mine. Vous avez vu un projet comme celui de M’balam qui malheureusement n’a pas été exécuté à cause de la crise intervenue pendant qu’on signait la convention en 2009. Ce projet devrait générer, si on regarde les parts du gouvernement,  près de 250 milliards de francs, si on prend environ 40% de taxes, redevances et autres. Donc nous avons pensé que si un projet pareil peut générer environ 250 milliards au bout de deux ou trois ans, nous pouvons construire l’autoroute Douala-Yaoundé dont la première phase est estimée à  près de 550 milliards. Si nous gérons bien cette ressource pendant son exploitation nous pourrions construire notre pays et atteindre l’émergence facilement.

Qu’est-ce qui ne va donc pas ?

Pour l’instant, nous sommes à une phase embryonnaire. Vous savez, Paris n’a pas été construit en un seul jour. On va progressivement.

On vous a demandé qu’est-ce qui, des projets structurants et de l’exploitation minier doit venir avant l’autre ?

J’ai parlé de l’œuf et de la poule. Qu’est-ce qui vient avant l’autre ?  Nous sommes dans un cercle où, quel que soit le point où on commence, on peut avancer. Pour démarrer les activités minières tel que le projet de M’balam nous avons besoin de l’énergie. La capacité énergétique du Cameroun ne pouvait pas, jusqu’à ce que le barrage de Lom Pangar soit mis en eau, ne pouvait pas alimenter les ménages. Vous connaissez les problèmes de délestage. Du moment où ce projet est entrain d’être mis en place, nous pensons que c’est une plaque tournante pour le démarrage des mines. Si la mine a démarré nous pouvons facilement prendre de l’argent de M’balam pour financer d’autres projets.  

Votre exposé à relevé une autre carence qui est celle du management… de  gouvernance.

On ne fait pas entrevoir  un problème de management, mais on tire l’attention sur les problèmes de gouvernance car,  comme nous le savons tous, aujourd’hui il y a beaucoup de gestionnaires en prison. La gestion de la mine ne doit pas nous conduire où la gestion des mines a conduit la République démocratique du Congo, là où la mine a conduit le Libéria…tous ces pays qui ont été les théâtres de la guerre à cause de la non maitrise de l’exploitation des mines. Si nous n’avons pas la maturité dans la gouvernance, ce serait mieux que ces mines attendent encore quelques années, le temps pour nous de nous ajuster.

Peut-on compter sur l’exploitation minière pour atteindre l’émergence en 2035 ?

M’balam était la première exploitation  minière industrielle  au Cameroun. Malheureusement quand la crise a commencé,  la Chine a décidé depuis 2008 de ne plus acheter à l’international, cela a créé toute une crise  dont le monde entier en souffre aujourd’hui. Si ce projet avait été exécuté, nous aurions de quoi construire plus d’une autoroute Douala-Yaoundé. Parce que le projet, pour sa deuxième phase, devait durer douze ans.  Vous imaginez qu’en trois ans on peut mobiliser des ressources pour construire une autoroute colle celle-là. 

De vous écouter on a l’impression que nous dirigeant n’ont pas conscience de l’apport que l’exploitation minière pourrait apporter au développement du Cameroun !

J’ai dit tantôt que Paris n’a pas été construit en un jour. Progressivement les efforts sont entrain d’être faits. Mais beaucoup reste à faire. Le gouvernement, par l’entremise du ministère des mines, recrute de nouveaux ingénieurs conscients du travail à faire et lesquels sont à pied d’œuvre.

Quel est le message que vous avez passé aux jeunes étudiants en mines qui sont venus vous écouter ?

Le message c’est d’être compétents. Parce que avec de la compétence ils seront à l’abri de la corruption, à l’abri de la malversation. Je sais que dans le futur il y en aura des députés, des ministres, il y aura en tout cas des décideurs de ce pays. Tout part de la compétence et j’attire beaucoup l’attention des étudiants sur la notion de compétence car, il faut commencer par être compétent pour comprendre, à la limite, ce qu’il faut faire.

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA

 




Par Sinotables 19/05/2017
Culture - Communautés - Services - Chroniques - Magazine - Sports - Economie - Politique - Monde - Cameroun - Dschang - Actualités

Voir aussi


Medias


Chroniques


Carnet