Interview : « Lorsque nous voyageons hors de notre pays, nous sommes considérés comme des princes »: Gaston NGUEKEU.

Par Sinotables 10/07/2017

M. Gaston NGUEKEU est le vice-président du CAPEC BINAM.jpg

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Gaston NGUEKEU est le vice-président du Club des artistes polyvalents d’expression contemporaine (CAPEC BINAM) dont le siège est à Dschang. Cette organisation dont l’objectif phare est la promotion des danses patrimoniales excelle dans son domaine. Ce qui lui a valu d’être, à plusieurs reprises  le champion du Cameroun et d’être invité dans plus d’une demi-dizaine de pays dans plusieurs continent. Le CAPEC BINAM qui était jadis sous les ordres de Doudou PAJETO reprend  vie, après une crise qui l’a plombée suite à la rupture d’avec ce président.

Commençons par la création du CAPEC BINAM ?

Le club existe depuis l’an 2000. Il a donc dix-sept ans aujourd’hui. Il a été créé par un certain Doudou PAJETO qui, aujourd’hui, est enseignant au Lycée de Mimboman, à Yaoundé. Il était avec nous, mais ses obligations professionnelles l’ont emmené à Yaoundé.

Dans quelle circonstance créez-vous ce club ?

Nous créons le CAPEC BINAM quand nous constatons que la culture est entrain de mourir. Le modernisme envahit la culture traditionnelle. Lorsqu’il y a une compétition ce que vous voyez c’est le battle, le rock, entre autres. Raison pour laquelle nous nous sommes décidés de mettre sur pied un club de danses patrimoniales.

Quel bilan, dix-sept ans après ?

Dix-sept ans après, nous pouvons dire que nous avons effectué beaucoup de tournées. D’abord, en 2010 nous sommes champions du Cameroun en danse patrimoniale. C’est à l’issue d’un concours organisé par le ministère des Arts et de la Culture. Il était organisé par le ministre AMA TUTU MUNA. Nous étions 30 groupes sur la ligne de départ, à raison de trois groupes par région.  Ensuite nous avons effectué un déplacement en Chine. Nous sommes allés au Japon ; Nous sommes allés à Sidney en Australie. Nous sommes allés en Afrique du sud. Voilà les petits voyages que nous avons effectués.

Nous avons quatre albums et le cinquième est en gestation.

Quelles leçons avez-vous tirées de ces divers voyages ?

Je dois vous répondre que, par exemple, en Chine nous avons constaté que la culture est très précieuse et valorisée. Ce qui n’est pas le cas au Cameroun. Nous demandons au ministère des arts et de la culture d’accorder une attention plus soutenue à la promotion de la culture patrimoniale. Lorsque nous voyageons nous sommes considérés, à l’extérieur du pays, comme des princes. Nous apprenons également beaucoup des cultures des pays que nous visitons. Nous avons beaucoup appris de la culture chinoise, de la culture japonaise, etc.

Est-ce à dire qu’au cours de ces différents voyages vous avez eu à prendre part à des ateliers animés par d’autres groupes notamment issue du pays d’accueil ?

Il y a toujours eu des ateliers. Malheureusement, parfois, le temps pour nous est très limité et nous ne pouvons pas y assister jusqu’à la fin. Parfois ce sont des interviews, des sciences de travail mais le temps. Il n’y a pas le temps nécessaire.

Doudou PAJETO parti, qui a pris la tête du club ?

Doudou PAJETO était le moteur du groupe. Heureusement en partant il a laissé votre humble serviteur, et je me bats corps et âme pour travailler et les instruments, la musique, la chanson. Je forme aussi à la danse.

Vous parlez de danses patrimoniales. Quelles sont les spécificités du club CAPEC BINAM ?

Comme danses patrimoniales nous avons d’abord le jimassa, le samali, le medzon, le gou’ fô, le zeng, le nkui’fô, le laling, le ben skin.

Lorsqu’on assiste habituellement à vos prestations, ou lorsqu’on évoque le nom de votre groupe, on se demande qu’elle est votre identité.

Notre identité ou danse phare c’est le samali que les autres rythmes viennent tout simplement soutenir ou accompagner. N’oubliez pas que nous avons pour dénomination Club des artistes polyvalents. Je vais vous dire que, par exemple, à Yaoundé, nous avons travaillé avec le Ballet National du Cameroun. Lorsque nous nous retrouvons à Yaoundé, nous sommes obligés de travailler avec un groupe qui nous est imposé par le ministère. Et ce faisant nous adoptons leur culture.

Est-ce qu’il vous arrive d’avoir des invitations ? SI oui pour quels genres de cérémonies ?

Nous recevons plus d’invitations que nous ne pouvons honorer. L’année dernière, nous avons reçu un groupe venant de l’Italie. Ils nous ont surpris en pleine séance de travail. On ne savait pas que c’était un groupe qui venait là pour nous visiter. C’est à la fin du travail que nous avons appris qu’ils étaient là pour vous visiter.

Quel message véhiculez-vous aux publics qui assistent à vos spectacles ?

Nous demandons aux jeunes de laisser la culture des autres pour maintenir la leur. Nous formons un groupe essentiellement de jeunes. Nous luttons, aussi, à travers nos prestations, contre les fléaux qui minent notre société, contre les fléaux qui sont entrain de déchiqueter la culture africaine.

Qui sont-ils vos membres ? D’où viennent-ils ? Que font-ils dans la vie, en dehors de la danse ?

Moi, je suis dans le domaine des travaux publics. Je suis topographe. Mon président est enseignant. Il y a des élèves et étudiants. Nous ne faisons pas seulement de la danse, mais nous encadrons aussi des élèves, et étudiants si possible.

Depuis quelque temps on a du mal à faire la différence entre votre groupe et un autre qui s’habille et danse exactement la même chose.

Ce groupe qui ressemble est un groupe créé récemment et est né du CAPEC BINAM. Ce sont les membres dissidents de notre club.

Pour quoi est-ce qu’ils sont partis ?

Je ne peux vraiment pas répondre à votre question. Chacun fait son temps et s’en va.

Quelles sont les perspectives pour le CAPEC BINAM ?

Au CAPEC BINAM, comme je vous l’ai dit tantôt, nous sommes entrain de travailler sur notre nouvel album. Parce que Doudou PAJETO est parti avec BINAM International, et nous avons mis sur pied BINAM NEW GENERATION. Nous voulons mettre un CD sur le marché. Il sera l’œuvre de la nouvelle génération que nous sommes entrain de former. Voilà le projet que nous avons, pour le moment.

Comment s’appelle le président en exercice de votre club ?

Le président s’appelle ZEUDONG Remi Carlos.

Doudou PAJETO a-t-il rompu définitivement avec le groupe ?

Doudou PAJETO certes a été un bon encadreur, mais en partant il a tué le groupe. Raison pour laquelle nous parlons de CAPEC BINAM NEW GENERATION. Nous avons relevé le groupe de nouveau, nous avons relancé de nouveau ; c’est-à-dire que l’enfant est entrain de ramper avant de marcher. Cela à cause de Doudou PAJETO qui est parti avec tous les fonds, le matériel ou les instruments. Les instruments que vous  avez vus sont des instruments que nous avons achetés après le départ de Doudou PAJETO.

Le groupe est-il ouvert, que faire pour l’intégrer ?

Le CAPEC BINAM est un groupe ouvert. Nous acceptons les étudiants, les élèves et les non élèves. Bref, nous acceptions tout le monde. Les conditions sont très simples. Vous venez à l’Alliance Franco-Camerounaise de Dschang le dimanche à 5heures du matin. Nous commençons tous les dimanches à 5h30 par le sport. On va faire le sport ensemble et pendant la réunion vous allez vous présenter et on va vous donner les ce qu’il y a lieu de faire pour devenir membre. Vous devez payer 7000 francs comme inscription pour la première année, vous devez payer 5000 francs de frais d’assurance. Vous ne versez pas les 12000 francs tout d’un coup. Le jour que vous avez 500 francs vous versez, le jour que vous avez 1000 francs vous les versez au trésorier. Quelles que soient les difficultés de l’enfant qui vient à nous, nous l’accueillons à bras ouverts et nous l’encadrons au point d’en faire un grand danseur.

A ce rythme, combien de membres compte ce club ?

Actuellement nous sommes 25 membres.

Vous considérez la danse comme une école de la vie ou juste comme une distraction ?

D’abord la danse, c’est une passion. Mais la  danse peut nous ouvrir beaucoup de portes. Je peux comme ça vous citer l’exemple de l’une de nos membres qui est aujourd’hui en service au ministère des Enseignements secondaires. Nous étions à Bamenda pour l’ouverture d’une banque et c’est là que quelqu’un a admiré ses pas de danse, l’a approché pour savoir son niveau d’études. Et voilà comment elle a décroché son emploi dans ce pays. Il y en a qui sont partis en France, en Allemagne et ailleurs, grâce à la danse qui leur a facilité l’obtention de visa.

Vous semblez dire à ce niveau que la danse est un tremplin pour quitter le pays.

Cela peut arriver et c’est d’ailleurs arrivé qu’un membre qui souhaite aller vivre à l’étranger trouve les facilités à cause de son  statut d’artiste. Je vais vous citer un autre cas. Nous étions allés en France  et le ministère de la culture française a retenu cinq membres pour les utiliser comme des formateurs là-bas. Donc il y a des ouvertures, mais ce n’est pas cela qui importe. L’essentiel c’est la passion de la danse et l’engagement qu’on prend de contribuer à la valorisation de nos danses patrimoniales.

Outre la danse et le sport, que faites-vous d’autre ?

Comme je vous l’ai dit nous formons les membres à danser, à chanter, à jouer des instruments tels le balafon, le tam-tam, les castagnettes, etc.  Nous façonnons les artistes.

Le message que vous voudrez lancer à l’attention de tous ceux qui vous liront ?

Le message c’est de dire aux parents et aux jeunes que le CAPEC BINAM est ouvert à tous, sans distinction de sexe et d’origine. Venez regardez et vous y resterez ! Nous devons d’être nombreux pour défendre notre culture. Elle est ce qui devra nous rester lorsque nous perdrons tout.

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA




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