INTERVIEW : « Le marché de Moka était aussi une sorte de point de retrouvailles pour des voyous » : Le patriarche MOMO Etienne.

Par Sinotables 31/07/2017

Le regretté MOMO Etienne.jpg

Le regretté MOMO Etienne.jpg


Découvrez l’une des dernières interviews du patriarche MOMO Etienne à notre journal. Dans cette édition spéciale de La Voie, explorez le mystère du commerce des esclaves, sous la conduite de notre patriarche qui désormais coule paisiblement au pays des Hommes heureux.

Je vais commencer par te demander de nous expliquer ce que signifie « woutè » (langue yemba). Prenons comme exemple « A woutè mbou ».

« A Woutè » est une expression de notre langue maternelle (yemba) qui signifie lieu de détente, de loisir. Lorsque les blancs sont arrivés avec leur école, cette expression a été remplacée par celle de « bar », et feutro (factory). C’est ainsi qu’on a connu, par exemple, « bar gentil ».  L’expression « Woutè Mbou » est apparue lorsque Tégni Macxi, dont la concession se trouve au carrefour Mbou, a commencé à préparer de la nourriture pour vendre.  Il tenait en quelque sorte une sorte de restaurant à domicile, en bordure de la route.

On dit que Moka avait créé son marché. Tu as connu le marché en question ?

J’ai vu le marché, mais il ne représentait plus grand-chose, par rapport à celui qu’on nous racontait. Il avait une grande. Si tu vas à Fongo-Tongo, les anciens peuvent te parler de Saha Nko’ Moka.  Saha nko’ parce que pour y accéder il fallait gravir l’échelle. On y vendait un peu de tout : Des animaux, des vivres, mais aussi et surtout des esclaves. Des hommes d’affaires y venaient pour vendre des gens kidnappés on ne sait où. On y rencontrait également des acheteurs qui venaient d’où on ne peut savoir. Grâce à ce marché, certaines personnes sont devenues riches et puissantes. Les banwa l’ont connu pour son rôle dans le commerce de l’être humain et celui de l’huile de palme.

A quoi renvoie l’expression « gens de nwa » ?

Après Fongo-tongo, les peuples qui suivent sont, pour nous autres, les banwa. Ce sont en principe les peuples des contrées lointains.

A combien pouvait-on vendre un être humain ?

Ce ne devait pas représenter grand-chose. C’était à cause de la famine. On ne cultivait pas la terre comme on le fait de nos jours. La monnaie n’était pas celle d’aujourd’hui.

Le sais-tu, il arrivait que quelqu’un se sépare de son épouse, de sa propre femme, en l’envoyant en mariage chez quelqu’un d’autre, contre un bien ou de l’argent. Juste si sa femme a été à l’origine d’un acte marginal (crime, insolence, vol, adultère, etc.) Le roi pouvait demander que la personne soit enterrée. Mais les gens chargés d’exécuter la sentence, une fois en route, pouvaient se concerter et décider de ne pas appliquer pareille décision contre le fils ou la fille de tel dignitaire. C’est alors qu’ils vendaient la victime loin du royaume.

Toi, tu appelles l’esclave comment en langue yemba ?

Notre langue dsigne l’esclave par « Mpouh » ou « n’kwa », c’est-à-dire une personne sans droit et soumise à toutes les volontés de celui qui l’a achetée. « Mpouh » ou « Nkwa » renvoie à esclave ; celui qu’on a acheté. Généralement, l’esclave ignorait son village. C’est de par sa langue qu’on identifiait le royaume de provenance d’une esclave.  La femme à l’origine de votre famille maternelle était venue de Bansoa, vendue à un notables Baleveng (Tchueleveng) qui était un notable. C’est le père de votre nteinkap qui l’avait achetée. Le rite de vente se concluait par le jet d’un tubercule de macabo (taro) contre l’objet vendu pour signifier que la vente est conclue définitivement. L’acheteur devenait ainsi le dépositaire de tous les droits sur sa marchandise.

Extrait d’une interview à paraître dans La Voie




Par Sinotables 31/07/2017
Culture - Communautés - Services - Chroniques - Magazine - Sports - Economie - Politique - Monde - Cameroun - Dschang - Actualités

Voir aussi


Medias


Chroniques


Carnet