Interview : « Si je réussis à former ceux-là sur les épaules de qui les lourdes charges reposeront… » : Sa Majesté Fossokeng Solefack II Simon.

Par Sinotables 14/08/2017

Sa Majesté FOSSOKENG SOLEFACK II Simon lors de la cérémonie de clôture de son Cinquantenaire au trône de Batseng'La.jpg

Sa Majesté FOSSOKENG SOLEFACK II Simon lors de la cérémonie de clôture de son Cinquantenaire au trône de Batseng'La.jpg


Cinquante années au trône, c’est un fait rarissime. Pourtant Sa Majesté Fossokeng Solefack II Simon a accompli 50 ans à la tête du village Batseng’La. La cérémonie du cinquantenaire commencée en mars dernier par la plantation d’arbres sur toutes les artères du village s’est achevée dimanche 13 août par une grande fête populaire à laquelle ont pris par les préfets de la Menoua et Wouri, le recteur de l’université de Dschang, le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine d’Edéa, le chef supérieur Bafou et quatre de ses homologues, entre autres.

A l’issue de cette célébration, Sa Majesté Fossokeng Solefack II Simon s’est confié à notre  journal.

Sa Majesté Fossokeng Solefack II Simon, après les préparatifs et le lancement, voilà la célébration de votre cinquantenaire au trône de Batseng’La rentré dans l’histoire. Pour quel sentiment alors ?

Nous avons préparé cet événement pendant plus de deux ans. Et les préparatifs intenses ont commencé à partir du mois de janvier 2017. Le lancement a eu lieu le 22 avril à l’esplanade de l’hôpital des sœurs, par la plantation de l’arbre du cinquantenaire.

S’il faut parler de ce que je ressens à ce jour de l’apothéose, je dirais que mes impressions sont très très bonnes. Je remercie d’abord tous ceux qui, de près ou de loin, ont pu mettre la main à la pâte pour que cette fête connaisse le succès que nous sommes entrain de vivre aujourd’hui.

Quel symbole particulier cette célébration revêt-elle pour Sa Majesté Fossonkeng Solefack II,

Je crois qu’à votre question je dirai qu’elle a un impact particulier sur moi-même et sur la communauté entière. Vous avez seulement planté le sabre dans la plaie béante. Alors je ressens aujourd’hui qu’il s’agit d’une victoire. Ce n’est pas donné à un être humain de fêter ses noces d’or pour une charge si lourde qui m’avait été confiée depuis 1958. Je ne peux que glorifier Dieu et mes ancêtres. Je leur rends beaucoup, beaucoup de grâce. Je crois que le Seigneur a accepté que je gère ce village, qui compte plus de 25 000 âmes, des mains de maître jusqu’à ce jour. 58 ans ce n’est pas 58 jours. C’est une œuvre immense.

Dites-nous, Sa Majesté, quel aura été l’élément le plus marquant de ces cinquante ans à la tête de la chefferie Batseng’La ?

S’il faut faire une rétrospective, on verra qu’au cours de mon règne beaucoup de choses ont été réalisées dans ce village. Je ne pourrai parler que de trois choses qui m’ont beaucoup marqué. D’abord le fait que j’ai œuvré, par la grâce de Dieu, pour que beaucoup d’école soient créées dans ce village. A mon accession au trône, il y avait très peu de diplômés dans ce village. Aujourd’hui, je remarque qu’on doit utiliser la calculatrice pour dénombrer nos diplômés.

Et le bijou, le joyau architectural que les sœurs espagnoles ont installé dans mon village leur a coûté près de 2 milliards. Cet hôpital des Sœurs Servantes de Marie. Les négociations avaient duré près de trois ans. Nous y voilà aujourd’hui. Dieu a voulu que ce soit à Batseng’La.

Vous avez dans votre discours du cinquantenaire au trône fait une diatribe contre la jeunesse. Est-ce à dire que les enfants de votre village se détournent de l’école pour l’activité de moto taxi ?

Enseignant de mon état, et après toute analyse faite, je pense qu’au lieu que les enfants prennent la moto taxi comme métier ils devraient apprendre un métier qui puisse les nourrir et nourrir leur famille. La moto n’a pas de carrosserie. Le travail de moto  taxi vous ne pouvez pas l’exercer pendant 10 ou 15 ans. Au bout de 10 ans il sera fatigué. Et une fois qu’il rentre à la maison, est-ce qu’il a encore les moyens de gagner sa vie. S’il apprenait un métier quelconque, il est certain qu’il gagnerait sa vie en préservant sa bonne santé et même sa vie.

18 août 1973-13 août 2017. Vous avez baptisé le congrès organisé par le Comité de Développement du village Batseng’La Apeu'the. Quelle connotation revêt cette appellation ?

Nous sommes des humains ; Nous sommes comme engagés dans un car de transport. S’il arrive que ce car de transport fasse l’accident, si vous trouvez un traumatisé qui se débat pour sortir de là, et que vous lui portez pas secours  c’est que vous l’avez aidé à mourir. Apeu'the, pour moi, c’est sortir quelqu’un de la voie de la perdition où il allait sombrer pour le remettre sur le droit chemin. On ne peut peu'the que quelque chose qui s’est tordue. Lorsque quelqu’un laisse la route pour entrer en brousse, vous allez lui dire « attention ! Ne continuez pas, sinon vous allez vous retrouver dans un ravin. Revenez donc par ici! » Quand il revient sur le chemin et poursuit sa route jusqu’à destination, vous l’avez redressé. Peu'the veut dire redresser. Voilà la signification du nom que j’ai donné au congrès, il y a de cela 44 ans aujourd’hui.

Sa majesté, au moment où on sort du cinquantenaire, quelles sont les perspectives d’avenir pour votre règne ?

A partir d’aujourd’hui, aux jeunes générations qui sont là, il faudrait que nous commencions à leur apprendre la responsabilité qui sera la leur quand nous serons déjà trop fatigué ou lorsque le seigneur nous aura rappelé à lui. Pour moi, si je réussis à former ceux-là sur les épaules de qui les lourdes charges… Heureux est celui qui a pu aider un enfant à pouvoir assurer la relève des générations anciennes. Le président Paul Biya est là. Il a plus de 80 ans. S’il dit « ça suffit pour moi, je vais me retirer pour me reposer » ; et si les Camerounais n’ont pas quelqu’un qui va lui ressembler, lui-même dira que c’est un échec. Si en passant le relai aux générations futures il le donne aux personnes capables de poursuivre son œuvre, pourquoi ne même pas le dépasser, il sera très content. Le jour où le seigneur le rappellera, il s’en ira en disant « ouf ! J’ai fait ma part ».

Sa Majesté deux choses ont marqué les esprits à cette fête. D’abord l’hymne national en langue yemba. Puis, les diplômes décernés à ceux que vous avez ennoblis sont également en langue yemba. Comment justifiez-vous cette forte option pour la langue maternelle ?

D’abord, pour quelqu’un qui cherche à mieux parler une langue étrangère, à maîtriser les rouages d’une langue étrangère, il est important qu’il commence d’abord par maitriser sa langue maternelle. A notre époque, quand on posait un problème nous le ramenions en patois, nous trouvions le résultat avant de le transcrire en français. Si nous ne maîtrisions pas notre langue maternelle, on ne se serait pas comporté de la sorte. C’est cette philosophie qui nous a inspiré à instituer dans ce village les universités yemba. Parce que quand je sors d’ici et que j’arrive dans les métropoles, et que je dis bonjour en notre langue maternelle à certains de mes enfants ils répondent : « Qu’est-ce que le père là dit ? » Ce qui est malheureux. C’est pourquoi j’ai sensibilisé les forces vives qui sont dans les villes à m’envoyer, pendant les vacances, ces enfants-là. Il faut que pendant qu’ils grandissent, que bien que vivant en ville ils maitrisent les traditions de leurs origines. C’est une richesse, une fortune que si nous ne prenons elle disparaîtra. Les personnes avisées sont censés adopter ce système de formation.

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA




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