(07/25/14) Politique : La Banque mondiale ne vient pas pour vos beaux yeux, mais parce que vous avez besoin d’argent

Joseph Marie Eloundou  par Photo Momokana / www.sinotables.com

"La Banque mondiale ne vient pas pour vos beaux yeux, mais parce que vous avez besoin d’argent".

Corruption, détournement des deniers publics, hausse des prix de carburants, revalorisation de 5% des salaires des agents de l’Etat, inflation,  financements de Bretton Woods, autant de questions  qui alimentent l’actualité dominée par le séjour au Cameroun du Vice Président de la Banque Mondiale, Mokhtar Diop.

Joseph Marie Eloundou est un ancien  journaliste  reconverti dans la lutte contre la corruption et l’incivisme au Cameroun.  Il dirige le magazine Anti…Corruption consacré à ces fléaux et bien d’autres.

Commençons par la lutte contre la corruption qui est l’un de vos chevaux de batailles. Quelle lecture faites-vous de la  façon dont cette lutte  est menée pour éradiquer ce fléau social ?

Une chose est certaine, la lutte contre la corruption a du plomb dans l’aile. Notre société fonctionne sur la base d’une corruption généralisée. On la retrouve à tous les niveaux  parce qu’on arrête le ministre, on arrête le Directeur général, etc. Pour cela nous disons que la corruption est tellement présente que toutes les couches de la société en sont plus ou moins imprégnées.

C’est ce qui justifie le magazine Anti Corruption dont vous êtes le Directeur de publication ?

Oui notre combat est un combat de longue haleine. Notre magazine existe depuis 2010, et nous avons lancé ce magazine justement pour apporter  notre modeste contribution. Mais ce qui se passe aujourd’hui,  c’est que la lutte contre la corruption a été prise en charge par le gouvernement et de manière assez solitaire, c’est-à-dire que vous avez le gouvernement qui a créé un certain nombre d’organismes parmi lesquels la CONAC (Commission nationale anti-corruption, ndlr), l’ANIF (Agence nationale d’investigation financière, ndlr), le Contrôle supérieur de l'Etat (CONSUPE, ndlr), sans compter la justice qui est là et qui réprime la corruption. Mais le corps social n’arrive pas à s’imprégner de la lutte, parce qu’il y a comme une paroi entre les méthodes de lutte  des institutions et le regard que le corps social pose sur  la question.

Toute chose qu’il faudrait dire, c’est que dans sa lutte contre la corruption le gouvernement s’embourbe. Il s’embourbe parce qu’effectivement dès le départ on avait l’impression que c’était une lutte contre des personnes qui voulaient s’attaquer au pouvoir. On avait également l’impression que c’était une lutte à tête chercheuse. Et les dernières impressions ces derniers temps, c’est que ce n’est même pas une lutte du tout puisque certaines personnes convaincues de corruption ou tout au moins accusées de l’être ont été tout simplement relaxées et acquittées… et le dernier constat, c’est cette bataille entre les institutions elles-mêmes.

Votre lecture de cette bataille entre le CONSUPE et la CONAC ?

C’est une mauvaise bataille. C’est une bataille intestine qui ne peut pas faire prospérer la lutte, qui installe le doute entre les acteurs, qui installe comme une sorte de peur entre les acteurs, comme une sorte de confrontation qui peut être sibylline et qui peut même devenir une confrontation visible entre les personnes; et donc de toute façon, n’a pas pour objectif de renforcer la lutte contre la corruption.

Donc, moi je pense qu’il faut recommencer. Il faut recommencer en mettant en place une loi contre la corruption. Cette loi-là avec la possibilité pour les magistrats de traquer l’enrichissement sans causes, c’est-à-dire que le juge d’instruction qui estime que vous vous êtes enrichis trop vite peut ouvrir une enquête sur vous. Il faut mettre en mouvement l’Article 66 de la Constitution. Moi je pense que si on prenait ce minimum, et qu’on resserre les effectifs gouvernementaux pour que l’éventail ne soit pas trop grand, qu’effectivement  les possibilités de détournements et de corruption soient moins fortes, moins élargies, élever les salaires des fonctionnaires de façon à ce que…rendre le secteur productif très fort…

Les salaires viennent d’être réévalués de 5%, Monsieur Eloundou.

Le problème du gouvernement c’est que le diagnostic qui a été fait est un mauvais diagnostic. Au Cameroun la question du pouvoir d’achat est liée au déficit de production, c’est-à-dire que notre économie n’est pas une économie qui produit, c’est une économie qui consomme énormément et elle consomme les produits des autres. Et une économie qui consomme les produits des autres ne peut pas être une économie performante.

Il est donc question de faire en sorte que notre économie retrouve une certaine vigueur. Cette vigueur-là va permettre effectivement  à l’Etat d’avoir une capacité de financement, une capacité d’endettement également. Notre économie a un problème, c’est qu’elle est envahie par la brocante, par la friperie, par la pacotille chinoise qui sont de véritables poisons, de véritable virus pour l’économie camerounaise.

Pour dire que tout l’argent que l’on va réinvestir aujourd’hui, si on donne 5%  aux agents de l’Etat, cet argent ne va contribuer qu’à exporter davantage  les devises, puisque dès qu’ils reçoivent cet argent ils vont acheter le crédit de communication, ils vont acheter le téléphone portable dernier cri, ils vont acheter le réfrigérateur, ils vont acheter un téléviseur importé… en tout cas les augmentations de salaires au Cameroun ne profitent pas à l’économie, ça s’apparente à des illusions monétaires, c’est des artifices gouvernementaux qui sont là pour calmer momentanément le jeu. En tout cas cela ne peut pas durer. C’est un jeu… c’est comme le serpent qui se mord la queue. Nous sommes dans un cercle vicieux dangereux qui peut à terme déboucher sur un chao violent, c’est-à-dire qu’on peut se retrouver en cessation de paiement parce que notre balance commerciale étant largement déficitaire, parce que nous avons des problèmes d’investissement à l’intérieur donc des problèmes de création d’emplois bien entendu. Nous avons des problèmes  s’approvisionner sur le marché en équipements parce que nous n’avons pas de devises.  Cela fait partie de ce que je crois être les problèmes d’aujourd’hui.

Si le gouvernement est humble, il faut qu’il sache que tout ce qui se fait aujourd’hui,  la hausse des prix de carburants par exemple, a un impact très très négatif non seulement sur la psychologie générale du consommateur mais également sur l’économie car pour ainsi dire il y a inflation, parce que c’est fait de manière désordonnée. Vous savez que le carburant est l’un de ces secteurs qui touchent directement tout le monde.

Les institutions de Bretton Woods ont finalement eu raison sur le Cameroun ?

Joseph Marie Eloundou vu le 09 juillet 2014 par Photo Momokana / www.sinotables.com

Bretton Woods, j’ai écrit un article en son temps et j’ai appelé ça bouc-émissaires. Vous savez les institutions de Bretton Woods n’ont pas été créées pour le Cameroun. Elles l’ont été pour le globe, donc pour tous les Etats. Cela dit chaque Etat doit avoir une certaine capacité de réactivité. Chaque Etat doit avoir une réflexion interne et stratégique qui lui permette de faire face à ses problèmes et de faire des propositions pertinentes à ces gars-là qui arrivent ici et qui n’ont qu’une lecture très très partiale des réalités, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas jouer sur l’informel au Cameroun, ils ne peuvent pas jouer sur le vendeur d’escargots ou de chenilles ; donc ils ne jouent que sur les éléments qui sont visibles : le carburant par exemple. C’est à nous de leur dire écoutez ! nous on produit du carburant ; ce que nous nous proposons de faire c’est d’installer une chaîne à la SONARA  qui raffine ne serait-ce qu’une petite quantité de notre pétrole pour nous permettre une  meilleure plus value, recruter des gens, avoir les devises beaucoup plus forte nous permettant d’investir. Si vous les emmenez vers cette pistes, c’est-à-dire voilà les problèmes et voici nos solutions… est-ce que cela est fait ? On n’a pas l’impression. Il ne faudrait pas toujours accuser les gars de Bretton Woods.

Un pays quelconque pourrait-il se développer en marge de ces institutions ?

Oui bien sûr ! Les institutions de Bretton Woods ne sont pas là pour développer les Etats. Ces institutions s’adressent aux Etats justement qui ont des problèmes à se développer, qui ont des problèmes de financements, qui ont des problèmes de gestion de gouvernance globale, c’est-à-dire qu’elles ne viennent pas s’imposer chez vous. Quand vous les appelez, comme vous êtes membres des Nations Unies-un des systèmes de Bretton Woods justement- donc vous êtes associés à la Banque Mondiale, au Fonds Monétaire International et à toutes les institutions autour,  évidemment lorsque vous avez cette position vous devez faire appel à eux, sinon vous allez mettre du désordre dans le système monétaire mondial. Donc, c’est une obligation à la limite technique que de les essayer. Maintenant quand vous n’avez pas la riposte vous les appelez et ils viennent avec leur médication, c’est-à-dire qu’ils ne viennent pas pour vos beaux yeux, mais parce que vous avez besoin d’argent. Ça s’est passé en Grèce. Ça s’est passé en Irlande. Ça s’est passé en Italie. Ça s’est passé partout en Europe, sauf que là-bas l’Union européenne était derrière avec sa capacité à refinancer et sa capacité à s’opposer aux propositions trop drastiques et trop draconiennes des bailleurs de fonds.  La Grèce, l’Irlande, l’Espagne, L’Italie, tous ces pays ont pour parrain l’Union européenne. La Cameroun par contre n’a personne. L’Union africaine sert à quoi donc ?

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