Réforme des programmes scolaires : Le MINESEC met la charrue avant les bœufs.

Publié le 27 Août 2018 par Augustin Roger MOMOKANA

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Propulsée à la tête du ministère des Enseignements secondaires du Cameroun par la faveur du décret présidentiel N° 2018/191 du 02 mars 2018 portant réaménagement du gouvernement, Mme Nalova Lyonga a surpris toute la communauté éducative par la signature de l’arrêté N°227/18/MINESEC/IGE portant redéfinition des séries et des disciplines des classes du second cycle d’enseignement général.

Cet important texte rendu public le 23 Aout 2018, à quelques jours de la rentrée scolaire 2018/2019,  a donné aux apprenants des nouveaux domaines d’apprentissage. Notons, entre autres, la création des séries Arts Cinématographiques (AC) et Sciences Humaines (SH) qui s’ajoutent aux séries déjà connues : Séries Littéraires (A1, A2, A3, A4, et A5) et séries scientifiques (C, D et TI). Notons également que cet arrêté exclu certaines matières dans certaines séries ; ce qui ne fait pas du tout l’unanimité au sein de l’opinion publique.

Bien que cette nouvelle soit bien accueillie par certains membres de la scène éducative, elle subit cependant de vives critiques de la part des enseignants et de certains syndicalistes. Le syndicaliste Fouetlefack Jocelin s’indigne de la suppression de la discipline histoire en série D. il écrit sur son mur Facebook, « on ne peut pas former un citoyen détaché de l’histoire ». Un point de vue réfuté par plusieurs autres personnes qui félicitent plutôt Mme la MINESEC car, « une histoire écrite et racontée par les autres, n’est pas utile pour nos scientifiques. On devrait d’ailleurs supprimer cette discipline des programmes scolaires, à défaut de concevoir un programme d’histoire propre à nos réalités. »

Bien plus, on se demandons pourquoi le MINESEC annule subitement les disciplines Physique, Chimie, et SVT dans les classes de 2nde et Premières littéraires alors que, tout récemment, le même ministère avait sélectionné des livres au programme pour ces mêmes disciplines. Sans doute prépare-t-elle il y aura des textes particuliers pour éclairer la lanterne du public.  Quoi qu’il en soit le MINESEC a mis la charrue avant les bœufs.

Une autre curiosité de ce texte est la série AC (Arts Cinématographiques). Elle draine beaucoup d’interrogations car il n’existe pas encore de PLEG Arts Cinématographiques. Il se dit de façon ironique dans l’opinion que, ce sont les brillants cinéastes camerounais à l’instar de MINTOUMBA, MAN NO LAP, EDOUDOUA NON GLACE… qui se chargeront de l’enseignement des Arts Cinématographiques. A défaut d’eux, ce sont les lauréats des instituts des beaux-arts (qui n’ont jamais reçu un cours de pédagogie et de didactique) qui se chargeront de transmettre les connaissances dans la série AC.

Il est également opportun de se demander si ces nouvelles séries seront opérationnelles d’ici septembre 2018 pour les classes de 2nde. Toujours est-il que nous comptons sur cette spécialité pour le grand décollage de l’industrie cinématographique du Cameroun qui donnera à coup sûr naissance à une industrie cinématographique locale comparable à Nollywood ou à Hollywood.

En ce qui concerne les séries littéraires, nous félicitons l’insertion de la discipline Langues et Cultures Nationales qui aurait dû être aussi inscrite au programme des scientifiques. Rappelons que l’une des épreuves facultatives du BEPC 2018 était langues et cultures nationales. A ce niveau, l’opinion espère que cette discipline sera désormais une discipline obligatoire aux examens BEPC, Probatoire et baccalauréat. En effet, sa présence à ces examens lui donnera une importance capitale aux yeux des apprenants.

Au même moment, nous nous demandons quelle est l’opportunité de l’enseignement du Grec et du Latin dans notre actuel contexte socioéconomique. Pour des raisons économiques et stratégiques, l’on gagnerait beaucoup à inscrire la langue chinoise dans nos programmes scolaires, de la 6ème en Terminales toutes séries confondues (enseignement général, technique et aussi dans le sous-système anglophone), au détriment de ces langues dites mortes.

Malgré le fait que nous considérons cet arrêté ministériel comme la charrue avant les bœufs, nous saluons tout de même l’initiative. Nous croyons que dans les années à venir, il y aura plus d’explications, ou à défaut les universitaires (didacticiens et pédagogues) rédigeront des mémoires et des thèses qui faciliteront à coup sûr la conception des programmes et du matériel didactique pour combler les vides.

Ivan AGUEGUIA KEUMEZE