Théophile Wouemenou à Sinotables : « Les gens vivent un changement climatique très dommageable. »

Publié le 22 Déc 2021 par Augustin Roger MOMOKANA

Théophile WOUEMENOU, agroécologiste de nationalité béninoise vient de séjourner à Dschang. C’était dans le cadre d’un atelier de transfert de compétences au profit du Groupement d’appui pour le développement durable (GADD). Il s’est agi de former le personnel du GADD à l’utilisation de l’outil EPRACC (Évaluation participative des risques liés au climat et aux catastrophes).
Nous vous invitons à découvrir l’interview que l’agroécologiste a accordée à Sinotables.com.

Nous vous remercions d’accepter de répondre aux questions de Sinotables. Dites-nous, qui êtes-vous ?

On m’appelle Théophile WOUEMENOU. Je suis ingénieur agronome, expert en agroécologie. Je viens du Benin.


Quel est l’objet de votre séjour à Dschang?

Je suis ici depuis le 6 décembre. Pour former le personnel du GADD sur un outil qu’on appelle EPRACC (Évaluation participative des risques liés au climat et aux catastrophes). Cet outil a été innové par un certain nombre de bailleurs tels que « Pain pour le Monde » et d’autres, pour pouvoir aider les communautés à analyser leurs situations dans le contexte du changement climatique ; sous l’accompagnement des Ong à l’instar du GADD, pour qu’elles puissent faire une planification qui tienne compte des aléas des changements climatiques.

Comment se fait concrètement ce transfert de compétences au GADD ?

La démarche c’est qu’on va sur le terrain pour faire l’analyse de terrain. Et pendant cette analyse de terrain on déploie tout l’outil, toutes les démarches, toutes les étapes avec les communautés. Ce sont les communautés qui connaissent leur village, leur milieu. Cela se passe avec le GADD qui est en apprentissage. Les communautés apportent les éléments pour la formation. Donc, on a fait l’analyse de terrain avec un village qu’on appelle Tawouan. Depuis l’étude du contexte, l’analyse des aléas climatiques qui les dérangent, les effets de ces aléas et leurs réactions. Qu’est-ce qu’ils font pour faire face à ça ?

Comment vous structurez votre accompagnement ?.

Ça se passe en deux phases : la première phase c’est ce que nous avons fait sur le terrain. La deuxième phase c’est la formation théorique.

Lorsque vous observez notre environnement, pouvez-vous expliquer l’impact des changements climatiques entre nos deux pays?

Ici on est en montagne. Si les gens ne tiennent pas compte des changements climatiques, reboiser par exemple les falaises, l’érosion va faire beaucoup de dégâts. Dans le milieu où nous sommes allés les gens parlent beaucoup d’inondation, les gens parlent beaucoup d’érosion, les gens parlent beaucoup de dégradation des terres. Les gens vivent un changement climatique très dommageable. La saison sèche est trop longue qu’avant, la saison des pluies se rétrécie. Les gens ne savent plus quand est-ce qu’il faut démarrer la campagne agricole. Un gars du village nous a dit : « Nous attendons la pluie, c’est le soleil que nous avons. On attend le soleil, et c’est les pluies que nous avons ».

Je voudrais vous demander de situer le GADD sur une échelle de 1 à 10.

Il y a des gens au GADD qui ont déjà des connaissances sur le sujet, c’est-à-dire les changements climatiques. Mais par rapport à l’outil le GADD est à zéro. Donc on voulait remonter le GADD par rapport à cet outil et on lui a donné une capacité pour pouvoir faire les planifications en tenant compte des changements climatiques. On ne peut pas faire une planification aujourd’hui sans tenir compte de ça.

Le GADD est pionnier au Cameroun ?

Le GADD est pionnier au Cameroun. Il va drainer les autres organisations de développement. Le GADD devient expert comme moi, et c’est lui qui va former les autres. Le GADD a la chance et en même temps la lourde responsabilité d’implémenter cet outil dans le Cameroun.

Regardez la montagne derrière le GADD. Un commentaire à propos, s’il vous plait !

Cette montagne est un défi pour la ville de Dschang. Si on n’entretient pas bien cette montagne… si on ne reboise pas cette montagne, elle présage un danger pour la ville. Il faut qu’il y ait un dispositif pour que les cavités ne se dégradent pas. Cette montagne est une figure de l’activité humaine sur la nature. Il faut une autre activité humaine pour la reboiser. Pour que son processus d’érosion soit stoppé. Si les montagnes ne sont pas protégées, si on ne leur prête pas beaucoup d’attention. Qu’il y ait des arbres, qu’il y ait une couverture végétale permanente sur les montagnes. La montagne est une source d’eau qu’on ne doit pas perdre. L’eau des rivières vient de la montagne, des hauteurs. Si la montagne est polluée, si la montagne a des problèmes, ça veut dire que tout ce qu’il y a en bas a des problèmes. Il faut qu’on puisse prendre soin des montagnes.

Une semaine au Cameroun… comment vous sentez-vous ici chez nous ?

Le Cameroun est bien. Surtout ici à Dschang où il fait moins chaud que chez moi au Benin. Moi j’habite le sud, et même jusqu’au nord il fait très chaud. Il fait bon climat ici.

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA